Forum RPG médiéval-fantastique inspiré de la série Les Chevaliers d'Émeraude d'Anne Robillard
 

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 Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.

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MessageSujet: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Mer 4 Mar - 12:04

Il était onze heures du matin quand les derniers conseillers sortirent de la salle du trône. Cela faisait déjà plusieurs heures que la jeune reine travaillait. Après le conseil matinal – qui d’après ses ministres avaient lieu chaque matin et non tous les trois jours – Aren avait dû pendant deux heures débattre avec son premier ministre d’un nouveau traité commercial avec Zénor. Il prévoyait l’instauration d’une route plus sûre pour acheminer les marchandises et pour fêter ce nouveau traité le ministre avait conseillé la jeune reine de faire une importante commande de poisson, denrée qu’elle n’appréciait guère.

Après cette matinée chargée et particulièrement ennuyante, la jeune fille avait espéré pouvoir aller se reposer quelques heures et surtout retirer ses vêtements d’apparats.

Aren s’apprêtait à s’en aller quand un soldat entra dans la grande pièce pour la prévenir qu’un messager venu de Zénor souhaitait la voir. L’homme semblait paniquait, comme s’il avait rencontré un monstre, pourtant c’était un des hommes les plus fières du château. Il transpirait à grosses goûtes et était essoufflé, il avait surement dû courir. La jeune femme trouvait cela amusant de voir le soldat dans cet état, au fond d’elle-même le mystérieux inconnu montait dans son estime. Mais le simple souvenir du travail en plus qu’elle allait devoir faire, le reléguât dans la case des indésirables.  Aren dit au garde qu’elle faisait une pause et qu’elle recevrait l’homme dans l’après-midi, mais le soldat lui rétorquât que c’était une nouvelle urgente.

Satanés gardes, ils ne sont jamais là quand on a besoins d’eux, mais sont toujours en poste pour annoncer de mauvaises nouvelles !

La jeune reine soupira bruyamment pour montrer son mécontentement puis se rassis sur son trône. Elle demanda aussi à une servante qu’on lui apporte sa couronne. Aren ne la portait que quand elle voulait intimider son interlocuteur. Ce messager allait lui raccourcir sa pause pour des broutilles, il méritait bien qu’on se moque un peu de lui.
Quand sa couronne fût bien sur sa tête elle prit son air le plus dur et dit au garde :

« Faites entrer ce messager qu’on en finisse ! »
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Mer 4 Mar - 14:03

Masa finalisait ses préparatifs en vue d’un départ hâtif vers ce que l’on ventait très souvent comme étant le centre du monde. Qu’amènerait-il dans ce périple? Avec qui voyagerait-il? Combien de temps mettrait-il avant de revenir aux ports? Car bien que cette journée fut mouvementée par cet événement surprenant, le capitaine se disait souvent qu’il n’avait pas fait gain de liberté en s’attachant à un royaume de telle façon. Les responsabilités le liaient à une entreprise qui n’était selon lui pas à la hauteur de ce qu’il pouvait s’offrir, de ce qu’il pouvait offrir au monde.

Ces pensées s’étaient agitées dans son esprit préoccupé au point où il décida simplement de quitter tout ce qui le rattachait à Zénor. Personne ne fut averti alors que la nuit tombait mais déjà Maünh avait rédigé une lettre à son grand-père pour l’informer de sa décision. Le Za recommandait l’un de ses plus fidèles amis sur sa lettre pour prendre sa place sur la flotte, mais sur ce point il ne pouvait que conseiller son ancêtre puisque c’est celui-ci qui était en charge du moment où Masa déciderait de se retirer. Il prépara donc son sac et le voyage débuta à peine quelques minutes plus tard en compagnie de deux gardes. Le petit groupe voyagerait à dos de cheval (le guerrier avait sa propre monture depuis un bon moment déjà); connaissant le chef de fil, les deux jeunes gens savaient qu’ils ne prendraient que des pauses devant l’urgence de la situation, car rien ne le ferait arrêter sinon.

Émeraude

Et voilà qu’arrivèrent épuisés les voyageurs du Sud. Masa n’avait pas offert de discussion à son escorte qui trouvait le temps long et pénible en compagnie du guerrier endurci qui les dirigeait. Ils savaient cependant que celui-ci payait bien et qu’un simple contact avec lui les mènerait peut-être à une meilleure compréhension de ce qu’il fallait pour devenir une personne influente de retour à Zénor. Évidemment, cette pensée magique ne les mènerait pas très loin et Maünh ne désirait aucune leur enseigner quoique ce soit à l’instant. Un sentiment de devoir l’avait mené sur les routes du continent mais quelque chose d’autre s’était dessiné sur son chemin : un désir de s’inscrire dans l’Histoire et ce en marquant la capitale du monde de quelque façon possible.

Aux portes du château Masa salua ceux qui l’avaient accompagné sur sa route. Il les remercia d’un montant satisfaisant de pièces d’or et ils s’en retournèrent par la voie qu’ils avaient plus tôt emprunté. Le guerrier se contenta d’ajuster ses habits : ses cheveux étaient à peine coiffés, un peu tirés vers l’arrière. Sinon, il portait une tenue de cérémonie traditionnelle du désert : une sorte de toge ouverte avec une capuche dont les broderies dorées rappelaient la mythologie du sud dans toute sa mysticité. Dans ses mains se trouvait un magnifique petit sac et sur son dos reposait sa naginata, Miüne. On bloqua tout de suite l’accès à son approche car après tout, il était armé. L’étranger fit savoir d’un geste de la main qu’il venait en paix : « J’apporte avec moi un important message pour la reine d’Émeraude. Il me faudrait pouvoir lui communiquer directement cette information. Oh et je suis Maünh Za, capitaine de la plus importante flotte de Zénor.  »

Évidemment on ne le laissa pas passer ainsi : il n’avait aucun ordre de la royauté de Zénor, il ne connaissait pas la reine. Ces gens ne faisaient que leur travail. Comment pourrait-il leur faire comprendre que cette information les dépassait complètement sans devoir la révéler? Masa songea rapidement et l’idée vint à lui : son grand-père l’avait informé que des discussions entre Zénor et Émeraude avaient lieu afin de favoriser les échanges entre ces royaumes. Ainsi, sans trop de réfléxion, Maünh sortit de son sac un poisson et sans que l’on puisse voir ce qu’il faisait, il dessina à l’aide de saleté une ligne noire sous chaque œil de la bête puis le montra au garde qui s’était avancé, désormais à quelques pas seulement du métèque : « Regardez, c’est un poisson des rives de Zénor. Il me faut m’entretenir avec la reine, je vous pris. »

Devant ce constat les gardes ne purent qu’acquiescer et laissèrent entrer le bel homme que l’âge avait fait fleurir. Ils déambulèrent dans les corridors du palais sous les regards intrigués des quelques curieux, souvent de jeunes âmes mais quelques fois les vieux fantômes de la royauté qui ne vivaient qu’à travers les folies de leur descendance. Masa ne prêta son regard qu’aux plus belles demoiselles qu’il croisait, non pas que c’était volontaire mais bien que le désir flamboyant qu’animait l’être du danseur ne pouvait daigner s’éteindre; c’est donc dire qu’il s’allumait avec ce que les sens du Za lui offrait.

On le présenta donc comme un messager : il était vrai qu’il portait avec lui un message, mais il amenait autre chose qui ne ferait peut-être pas l’objet de leur conversation. Cependant, Masa avait déjà la chance d’entendre la voix de la reine, une jeune voix douce qui ferait s’incliner les plus insensibles passants. La conversation serait sans doute bien intéressante. C’est devant la reine qu’il montrerait à la cours entière qu’il était la goutte d’encre et eux, le bol d’eau. Sa présence insoupçonnée ne laisserait personne de marbre. Alors qu’il entra dans l’importante pièce, il entendit celui qui l’avait déjà annoncé commencer à parler du poisson. D’un simple mouvement de main dans les airs il fit taire l’homme bienveillant au profit de sa propre parole qui s’avérerait sûrement un peu plus intéressante pour celle qui semblait ennuyée :  « Les poissons se portent bien, mais pour entrer ici il faut, semble-t-il, plus qu’un simple titre de capitaine et des regards perçants. Je suis Maünh Za, capitaine de l’Eidos, navire premier de la flotte marchande de Zénor et des environs. Avant tout je voulais vous remercier de votre accueil avec quelques merveilles du sud. »

Masa fit quelques pas vers la reine et déjà on l’avertissait à voix basse de ne pas s’avancer davantage, surtout pas avec une lance à portée de main. Il ne dérogea cependant pas de son itinéraire en fixant sans y déroger les yeux prudents de sa Majesté. La tension était soudainement devenue palpable dans la cours et pour y remédier, d’un geste habile, sans hésitation, Masa sortit de son sac un pot de miel doré, un sachet de romarin, un sachet de thym ainsi qu’une boîte de dattes fraîches, ou enfin, comme elles pouvaient l’être. L’étranger déposa la somme de ses objets près de son interlocutrice, sur une petite table qui les séparait d’au maximum un mètre. Il put alors sentir les différents parfums que dégageait la personne la plus influente du continent et n’en put qu’être ravi. Il regarda rapidement les gardes de façon à ce qu’ils comprennent qu’il ne désirait aucune hostilité mais que si c’était le cas, ils feraient mieux d’aller alerter la garde complète.

Ainsi, Maünh recula de nouveau afin de s’entretenir avec la reine de l’événement qui l’avait mené à cet endroit avant tout : « Madame je ne ferai pas plus désirer; je sais votre patience aux limites de la diplomatie et je vous avouerai que ces royales circonstances me font sentir quelque peu ridicule. C’est que voyez-vous, mon équipage et moi avons vu un groupe de bêtes il y a quelques jours alors que nous allions rejoindre les côtes pour terminer la journée comme à l’habitude. D’abord nous avons pensé à des oiseaux, mais la taille de ces êtres vivants ne pouvait qu’infirmer cette hypothèse; il semblait impossible qu’en cette saison sèche nous trouvions des condors aussi près du continent. Tout devint clair après le changement de cap : ces magnifiques bêtes étaient dotées d’écailles et leurs puissantes ailes n’étaient qu’une autre démonstration de force et d’Histoire qui ne pouvait être comprise que par les mythes et légendes de nos ancêtres. Madame, ce jour-là ce sont des dragons que nous avons vu. Vous n’allez peut-être pas me croire, mais d’autres... « messagers »viendront cogner et vous devrez être prête à cette éventualité. »

Soudain les discussions éclatèrent et dans ce chaos Masa fixait continuellement les yeux de la reine. Il désirait la comprendre, il désirait lire en elle ce qu’il fallait pour la saisir.
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Mer 4 Mar - 15:33

On annonça alors à la jeune femme que le messager était venu pour lui apprendre que les poissons qu’on avait prévu de commander étaient malades. Enfin une bonne nouvelle, elle n’aurait pas à manger de poissons pendant une semaine. De plus, cette question serait vite réglée et elle pourrait vaquait à ses occupations en paix. Néanmoins Aren était quelque peu amère qu’on l’ait obligé à rester plus longtemps pour quelques choses d’aussi futile, de plus pourquoi ce messager voulait-il autant la rencontrer. Ce genre de nouvelle était d’habitude prit en considération par un ministre mineur.

« Les poissons se portent bien, mais pour entrer ici il faut, semble-t-il, plus qu’un simple titre de capitaine et des regards perçants. Je suis Maünh Za, capitaine de l’Eidos, navire premier de la flotte marchande de Zénor et des environs. Avant tout je voulais vous remercier de votre accueil avec quelques merveilles du sud. »

L’homme qui avait parlé était pour le moins impressionnant avec sa carrure robuste, sa taille imposante et surtout son regard transperçant. La jeune femme eue du mal à ne pas montrer son intimidation. De plus ce n’était qu’un capitaine de navire, elle n’avait pas à être impressionné.
Elle ne put s’empêcher de réprimer un sourire à la critique des gardes du palais, enfin quelqu’un qui comprenait ses propres critiques. Néanmoins la jeune demoiselle reprit contenance rapidement, elle devait se montrer imposante comme tout souverain digne de ce nom.

L’homme s’avança alors vers elle et malgré les personnes qui l’exhortait de rester loin. Il portait une arme des plus étranges que la jeune reine n’avait jamais vus dans les livres, ce qui piqua sa curiosité. C’était peut-être une arme d’apparat, beaucoup de nobles utilisaient ses fausses armes pour parader à la cours. Néanmoins Aren doutait de cette hypothèse il ne semblait pas être le genre d’homme à parader avec un jouet. Bien au contraire, il n’avait pas peur de sa garde rapprochée chose rare quand on sait que ceux sont les meilleurs soldats du palais.

Il déposa alors sur la table, différents mets orientaux, c’était bien jolie mais ça n’expliquait toujours pas sa présence dans cette salle. Malgré tous ces efforts, Aren ne put s’empêcher de laisser transparaitre son impatience. Elle avait vraiment besoins de sortir de cette salle, qu’elle trouvait étouffante.

Quand Maünh se recula, Aren décida de mettre un terme à cet échange qui n’aboutissait à rien. Elle fût néanmoins prise de cours par la prise de parole de l’homme :

« Madame je ne ferai pas plus désirer; je sais votre patience aux limites de la diplomatie et je vous avouerai que ces royales circonstances me font sentir quelque peu ridicule. C’est que voyez-vous, mon équipage et moi avons vu un groupe de bêtes il y a quelques jours alors que nous allions rejoindre les côtes pour terminer la journée comme à l’habitude. D’abord nous avons pensé à des oiseaux, mais la taille de ces êtres vivants ne pouvait qu’infirmer cette hypothèse; il semblait impossible qu’en cette saison sèche nous trouvions des condors aussi près du continent. Tout devint clair après le changement de cap : ces magnifiques bêtes étaient dotées d’écailles et leurs puissantes ailes n’étaient qu’une autre démonstration de force et d’Histoire qui ne pouvait être comprise que par les mythes et légendes de nos ancêtres. Madame, ce jour-là ce sont des dragons que nous avons vu. Vous n’allez peut-être pas me croire, mais d’autres... « messagers »viendront cogner et vous devrez être prête à cette éventualité. »

La salle s’anima aussitôt d’un brouhaha assourdissant, tous les courtisans se laisser aller à un commentaire. Il était presque impossible de déchiffrer une parole audible.
Aren resta muette pendant une bonne minute, son regard était plongé dans celui de son interlocuteur. Ce moquait-il d’elle ? Si oui, il était vraiment culoté ! C’était une blague de très mauvais goût, mais la jeune reine trouvait que c’était les plus drôle.

Pourtant le regard perçant et extrêmement sérieux de l’homme semblait dire qu’il ne blaguait pas.
Aren fût prit de tremblements aux mains, pourtant elle ne devait pas montrer sa peur. Elle cacha donc ses mains dans les plis de sa large robe, inspira un bon coup et dit d’une voix forte :

« SILENCE ! Je ne m’entends même plus réfléchir, et vous savez tous qu’entre vos voix et mes pensées. Mes pensées me sont bien plus plaisantes ! »

Petit à petit le silence se fit dans la salle, quelques personnes continuaient de parler mais se turent rapidement quand ils aperçurent le regard perçant de la reine sur eux.

« Un corps haut d’environ 5 mètres, un poids pouvant aller à une tonne. Des écailles qu’aucune épée ne peut trancher, des ailes pouvant voler au-dessus des nuages. Une gueule capable de cracher des flammes à une distance de dix mètres. »

La jeune fille avait lu des livres entiers sur ce sujet, ces créatures venus de l’autre côté de la mer il y a maintenant plusieurs centaines d’année l’avait fasciné pendant plusieurs années. Pour elle ce n’était que des bêtes mythologique, elle n’arrivait pas à croire qu’on est pu en apercevoir au bord des côtes.
Aren était maintenant debout et ne s’amusait plus du tout de cette potentiel blague. Elle comprit tout d’un coup le sérieux de la discussion et sa peur la prenait de plus en plus.

« Une force de frappe capable de détruire un contingent entier de soldat ! Des centaines de morts recensés après leur passage et une guerre longue de plusieurs années.
C’est ça que vous avez vu avec vos amis ? Vous comprendrez que je n’ai pas vraiment envie de paniquer toute la population car quelques marins ayant un peu trop bu ont vu un gros oiseau.
»


Aren s’avait qu’elle allait loin en insultant le capitaine d’alcoolémie devant toute la cours, mais elle avait bien trop peur de la réalité. Comment être sûr que l’homme ne se moquait pas d’elle ? Une idée lui traversa alors l’esprit, Aren prit alors à part la première personne qui lui tombait sous la main et lui dit d’aller chercher la magicienne.
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Mer 4 Mar - 16:58

L’ordre qui avait d’abord régner dans la salle s’était dissipée et bien qu’il prit un instant à la reine pour réaliser qu’une telle possibilité existait. Il la vit donc prendre pleinement conscience de l’envergure de la chose et analysa sa réaction qui fut assez attendue. Elle n’hésita pas à lancer une flèche à son assemblée, ce qui ne manqua pas de faire sourire le porteur du message. Alors donc elle s’appréciait autant? Assez prévisible lorsqu’on donne autant de responsabilités et de pouvoir à une jeunesse qui tarde à éclore. Cette douce naïveté rendit une certaine chaleur à la situation alors que, profitant de l’étonnement général, Masa subtilisa une coupe d’un vin rouge vraisemblablement délectable à un serviteur qui ne savait plus trop s’il devait servir ou sortir. Ses minces lèvres s’installèrent délicatement sur le réceptacle et il savoura une lampée avant de descendre le coude, lentement, dans un bref calcul de bienséance.

Ainsi la reine fit la leçon à sa cours, elle qui avait décidément bien retenu les histoires fantastiques de son enfance – qui n’était pas très loin, se rappelait Maünh. Cette description cadrait bien avec ce qu’il avait vu ce jour-là, à quelques détails près évidemment. S’il avait d’abord douté de ce que ses perceptions lui avaient apporté, ce n’était plus le cas à l’instant de rencontrer cette fragile dirigeante. Alors les mots qui sortaient de sa bouche raffinée ne l’affectèrent guère : lorsqu’elle mentionna la tendance aux marins à boire un peu plus que la bonne société, il ne fit que lever son verre avec un sourire en coin, sourire qui dévoilait peut-être sa maîtrise de la situation. « Vous devriez peut-être en faire autant, vous me semblez plus nerveuse qu’il y a quelques secondes. » Des yeux du public foudroyaient son insolence et Mä n’en fit pas de cas : si leur avis face à ses habitudes devait changer quelque chose, ce ne serait certainement pas en ces lieux et en ces temps.

« Voyez-vous ma reine, chez les Denjis, une tribu de la côte ouest du désert, on apprend tôt à comprendre les traits des races d’oiseau que l’on peut observer pour ainsi pouvoir les distinguer rapidement et les chasser, s’il s’agit bien de ce que l’on recherche. C’est que l’oiseau sacré de ce peuple est très semblable au plus grand prédateur de l’homme autre que l’homme lui-même. J’ai moi-même vécu un temps avec eux, assez pour en apprendre beaucoup sur les traits les plus fins, les plus subtils de ces bêtes ailées. Au départ, ce jour-là, je n’ai pu que tenter de faire appel à mes connaissances afin de comprendre ce qui se déployait devant moi, mais je n’avais jamais rencontré une telle espèce sur mon chemin. Les pattes ne se différenciaient pas aussi facilement, le bec ne semblait pas se tracer de la même façon. La texture même de la bête, d’une des bêtes, était complètement autre. Ses yeux semblaient également beaucoup plus profond : peut-être s’agit-il d’un détail poétique que je vous partage à l’instant, mais ils semblaient en dégager beaucoup plus que le regard des autres animaux. »

Une autre gorgée de « sa » coupe et il fit signe à celui-ci qui lui avait « donné » de la remplir de nouveau, ce qu’il fit, obnubilé par la présence mystérieuse de Masa. Ce dernier prit un instant pour balayer la salle du regard et remarque quelque chose d’intéressant : ceux qui n’avaient aucune raison de rester restaient, ceux qui n’avaient pas le choix aussi, mais ceux qui auraient eut intérêt à rester et qui n’en avaient pas l’obligation partirent. Cela fit bien rire Maünh, mais il comprenait un peu : c’était une information de la plus haute importance, ce qui engendrait une responsabilité de seulement en entendre parler. Ils recevraient l’information plus tard et ainsi pourraient ne pas se commettre d’avance. La cours était un endroit bien particulier où l’oiseau indiscret perdait trop souvent ses plumes. « Ma reine, il est vrai que sur les quais nous buvons quelques verres, mais il serait trop facile de discréditer mon discours ainsi. Ces yeux ont vu et vécu beaucoup d’événements à travers les décennies et aujourd’hui comme demain pourront vous être utiles. Ne laissez pas les cicatrices qui recouvrent mon visage m’enlever le sérieux que vous me portez, mon cœur en souffrirait peut-être trop. » Il n’y avait jamais un mauvais moment pour détendre l’atmosphère et c’était peut-être le meilleur moyen qu’avait l’homme du désert pour conserver le pouvoir du rythme. Déjà son profile d’étranger lui permettait de captiver l’audience mais il faudrait bientôt beaucoup plus que de simples parures pour préserver le grappin.

Tout au long de cette conversation un peu trop solennelle au goût du nomade, un garde s’approchait de lui dans un angle qu’il croyait peut-être le dissimuler du regard tranchant de Mä. Ce dernier attendit au dernier moment avant d’intervenir, c’est-à-dire lorsque le défenseur d’Émeraude avait sa main à quelques décimètres seulement de la naginata, arme qui semblait rendre mal à l’aise les protecteurs de la reine. Le silence tapissait désormais la salle qui était songeuse, il ne prit donc qu’à Masa un seul petit rire subtile et communicatif pour arrêter net le garde dans son mouvement. « Il me fait plaisir d’être si convoité par vos hommes, madame, mais c’est votre attention et elle seule que je veux captive. De plus, ce que je constate est que le calme plat d’Enkidiev et le climat confortable d’Émeraude a mené vos hommes à la paresse; voyez où je me trouve. » Le garde téméraire en avait assez et celui-ci semblait encourager par sa troupe qui se rapprochait dangereusement du métèque, ayant volontairement attiré les foudres de la défense royale. Masa saisit le bras de l’assaillant face au danger prochain d’être désarmé devant ces hommes embarrassés qui ne cherchaient sûrement après tout qu’à retrouver leur prestige. D’un coup de pied léger à la poitrine il l’éloigna, emportant dans ce mouvement deux autres gardes qui se trouvaient derrière lui. Devant cette injure il ne dégaina pas Miüne : après tout, il ne pouvait rivaliser avec le nombre et surtout, il ne voulait pas du tout que cette altercation porte préjudice à son message et à celui qui suivrait. Ainsi, il déposa simplement sa seule arme sur le sol, à ses pieds, et s’excusa aux gardes qu’il avait troublé en s’inclinant légèrement devant eux, suivi d’un clin d’œil qui ne fit qu’empirer la haine qu’il motivait chez ses hommes maintenant belliqueux.

« Pourrions-nous en finir avec ce théâtre servile? Ce n’est pas que je n’aime pas me donner en spectacle, mais je ne me sens pas très à l’aise. Allons marcher, prendre un peu d’air. Je n’ai que peu d’attaches et tout mon temps est à votre disposition. »

Ainsi Masa pensait déjà à offrir ses services à la royauté, mais il ne dévoilerait pas ses intentions : il voulait devenir indispensable aux yeux des décideurs avant de se compromettre.
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Mer 4 Mar - 18:39


C'est dans des moments comme ça qu'il lui manquait un collègue, ou bien un apprenti, peu importe, toujours est-il que la confection des onguents et potions lui prenaient toujours beaucoup de temps. Elle devait préparer celles pour les résidents du château - roi, noble ou serviteur - car elle y endossait le rôle de guérisseur en plus de celui de magicienne. Mais elle fournissait également les médecins des campagnes environnantes pour les potions, qui demandaient des ingrédients rares qu'elle seule possédait de part son statut, ainsi que pour les filtres les plus complexes.
L'alchimie était quelque chose de sympa quand on y réfléchissait, mais devenait un calvaire lorsqu'il fallait remplir les placards ou qu'il y avait du retard de pris dans les commandes. Et ça, elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même.
La succursale de son bureau était un vrai laboratoire. Des coffres amplis de fioles vides prêtes à l'emploi, des sacs entiers d'herbes séchées en tous genres et des composants alignés sur les étagères étiquetées. Elle venait d'ailleurs de se rendre compte qu'il serait temps qu'elle vérifie son classement, à première vue, les derniers qu'elle avait utilisé n'étaient pas du tout à la bonne place ...
C'est en pleine décoction à base d'aloe vera et d'extrait de lavande qu'on vint frapper à la porte et qu'un valet de la reine entra sans même attendre son aval. Reposant le mortier en pierre qu'elle avait dans les mains, elle se tourna vers lui, assez curieuse d'entendre la raison de sa venue ici. Elle ne voyait pas ce qu'un valet de la reine pouvait bien lui vouloir à cet instant. A voir son expression affolé, elle fronça les sourcils et l'écouta lâcher son flot de paroles.

Un messager de Zénor vient de rapporter à la reine qu'ils auraient vu des dragons en mer, non loin de la côte ! Des tas de dragons ! Elle demande votre présence dans l'instant !

Des dragons ? Des dragons ?!! Ce devait être une blague ! Qu'est ce que feraient des dragons sur les côtes ?!
Mais ... C'est impossible ! Im-pos-sible ! Les étoiles, elles n'ont rien dit ! Ça ne peut être que ...
Ça c'était pas bon, pas bon du tout ... Parce que la présence de ces reptiles géants était tellement improbable, qu'Ilena ne pouvait pas en conclure qu'il ne s'agissait que d'un canular ! C'était si gros... et pourquoi voudrait-on nous faire croire à une telle chose ? Quel serait le but de cette mascarade ?!
En peu de temps, son visage était passé par toutes les expressions : incrédulité, surprise, incompréhension, colère et peur ... Comment était-ce simplement possible ? Il y avait bien plusieurs millénaires qu'il n'y avait pas eu de traces de ces monstres et il fallait bien entendu qu'ils réapparaissent alors qu'elle tenait la place du magicien d'Emeraude, titre reconnu dans tout Enkidiev comme celui du magicien suprême à cause des faits d'histoire. Voilà qu'elle commençait à regretter son poste ...

Elle laissa tomber onguents, herbes et filtres et dans un mouvement de jupon, elle suivit le valet en se forçant à reprendre son calme. Ce ne pouvait être qu'un mauvais présage...
Elle traversa son bureau, se promettant de relire toutes les notes concernant les dragons puis descendit calmement mais promptement les marches de sa tour. Elle n'avait certes pas une tenue appropriée pour la salle du trône, n'étant vêtue que d'une robe au drapé simple et lourd qui lui retombait aux chevilles sans broderies, ni froufrous. La forme en était de plus courantes et seul le tissus restait de qualité, sans être vraiment mis en valeur, mais le marron clair lui allait bien au teint. La reine ne lui en ferait peut être pas la remarque devant une pareille nouvelle. Après tout, elle n'était pas sensé venir à la salle du trône en cette journée.
Ils traversèrent les longs couloirs ouverts du château et le grand hall qui résonnait de leurs pas. Ils arrivèrent à la porte et il la lui ouvrit lui laissant juste le temps de lisser les plis de sa robe.

On avait une impression de chaos en entrant. Les conseillers et autres badauds ne savaient où se mettre - en tout cas pour ceux qui étaient restés - et à leur tête, ils ne semblaient pas passer un bon moment. La reine faisait une tête mémorable et la plupart de ses gardes étaient étrangement rapprochés de l'homme qui devait être ce fameux messager. Au second coup d'oeil, Ilena comprit qu'un combat venait de se dérouler en ces lieux. L'inconnu était d'une stature assez imposante, même par rapport aux gardes et sa tenue ne lui paraissait pas originaire de Zénor, mais il fallait reconnaître la qualité du vêtement. Sa couleur tranchait d'ailleurs avec le teint et la couleur foncée de la pilosité de l'homme. Mais ce fut plutôt l'arme de ce dernier qui attira son oeil : une lame peut commune dont elle avait oublié le nom mais qu'elle n'avait encore jamais vu en action, intéressant. Pourtant, ne voulant pas chercher à comprendre plus en détails, elle s'avança dans la pièce pour répondre à la demande de la reine.
Le messager en était à la conclusion :

« Pourrions-nous en finir avec ce théâtre servile? Ce n’est pas que je n’aime pas me donner en spectacle, mais je ne me sens pas très à l’aise. Allons marcher, prendre un peu d’air. Je n’ai que peu d’attaches et tout mon temps est à votre disposition. »

Dans ce cas, vous seriez gentil de rester à votre place et de vous faire discret. Je ne pense pas que vous soyez en position de demander quoi que ce soit. lui lança la magicienne sur un ton à la fois dur et glacial.
Il était reçu dans la salle du trône du royaume d'Emeraude et en profitait pour se faire remarquer et montrer de l'insolence envers la reine. Ilena ne supportait pas les gens qui se donnaient trop d'importance. Soit une personne possédait un statut qu'elle méritait et faisait ce qui lui incombait par tous les moyens, soit elle se taisait. Celui-ci avait délivré son message et la reine souhaiterait assurément connaître les faits plus en détails - et elle aussi - mais tant qu'elle ne lui avait pas demandé de narrer son histoire, il se devait d'attendre sans rechigner. En tout cas, Ilena avait été élevée comme ça. Après, elle comprenait que sa majesté Aren était assez ... spéciale et qu'il était peut être possible qu'elle ait provoqué cet homme, mais de là à en venir à un combat... Mais maintenant qu'elle se trouvait sur place, le danger était pour ainsi dire écarté. Peut être ne maniait-elle pas l'épée avec la meilleure dextérité, mais le combat magique, elle connaissait.
Qu'avait-il donc fait pour être considéré comme une menace ? La jeune femme était un peu trop intriguée par la scène à son goût. Mais il ne lui fut pas dur pour autant de rester concentrée sur la raison de sa venue. Elle fit semblant d'occulter le messager de sa vue et se présenta.
Majesté. Elle fit une révérence de convenance. On m'a rapporté l'événement, avec trop peu de détails, mais je suis à votre service. Vouliez-vous mon avis sur la question ?
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Jeu 5 Mar - 15:56

Pendant que la jeune fille récitait sa tirade l'homme avait réussi à se procurer une coupe de vin, dans le chaos de la salle, qu'il sirotait d'un air détendu. Aren lui enviait son calme face à la situation grave qui se déroulait, elle aussi devait garder contenance.
La réponse du messager l'acheva dans sa résolution de se détendre. L'insolence de l'homme lui plaisait, c'était tellement rare que quelqu'un lui tienne tête. Il semblait vraiment s'y connaître en volatile et puis le fait qu'il vienne d'une tribu du désert valait au moins le détour.

Aren était résolu à lui avoir une discussion avec lui quand l'altercation entre Maün et le soldat eu lieu. La jeune reine détestait la violence, elle pensait que c'était un moyen barbare de régler ses différents. Seuls les ignorants n'étaient pas capable de régler leur problèmes par la parole. Cela était vrai, le messager avait insulté ses soldats, mais en même temps ces derniers se relâchaient de plus en plus on devait les secouer un peu ! Le combat prit fin assez rapidement quand après que Maün eu remit en place le garde, l'homme présenta ses excuses au soldat et déposa son arme en signe de bonne foi.
Toutefois, Aren était toujours en colère qu'on est osé utiliser la violence en sa présence. Elle allait faire connaître son mécontentement quand la magicienne entra dans la salle :

« _ Pourrions-nous en finir avec ce théâtre servile? Ce n’est pas que je n’aime pas me donner en spectacle, mais je ne me sens pas très à l’aise. Allons marcher, prendre un peu d’air. Je n’ai que peu d’attaches et tout mon temps est à votre disposition.

_ Dans ce cas, vous seriez gentil de rester à votre place et de vous faire discret. Je ne pense pas que vous soyez en position de demander quoi que ce soit. »

Ilena portait des vêtements simples, on l'avait dérangé en pleins travail c'était certain. Mais si ce que disait l'envoyé de Zénor était vrai alors le travail de la magicienne devait être plus reposant que ce que pensait la reine.

« Majesté. On m'a rapporté l'événement, avec trop peu de détails, mais je suis à votre service. Voulez-vous mon avis sur la question ? »

La jeune femme soupira à la seule pensé de devoir mettre à jours toute cette histoire, et l'agitation qui régnait dans la salle l'agaçait. Les courtisans faisaient des allers-retours entre la salle du trône et les pièces contiguës et un chuchotement persistant se faisait entendre.
Après un dernier soupire la jeune fille se leva, fit un signe au messager et à la nouvelle arrivante et leur dit :

«_ Vous deux, suivez-moi. Les autres... Faites ce pour quoi vous êtes payé. »

Aren sorti de la salle sans se retourner, elle prit un long couloir dont les murs étaient recouverts de tentures vertes et des décorations les plus somptueuses. La jeune reine tourna à un embranchement à peine perceptible qui menait à un couloir beaucoup plus sobre, seule quelques peintures y étaient accrochées, c'était les cadeaux que les souverains aimaient le moins qu'ils exposaient ici. La demoiselle ne faisait pas attention aux deux personnes censés la suivre, elle espérait néanmoins qu'ils n'aient pas ralenti car trouver ces couloirs intimes étaient pratiquement impossible pour ceux qui ne les connaissaient pas.
Aren s'arrêta devant une petite porte en bois, elle n'avait rien de spéciale c'était une porte qu'on aurait pu trouver chez n'importe quel paysan. Pourtant la jeune fille entra dans la pièce et invita ses compagnons à faire de même.
Ils étaient rentrés dans un petit salon très peu meublé. On pouvait y voir une table et quelques chaises, seule la cire qui avait coulé sur la table prouvait que cette pièce était régulièrement utilisée. C'était le refuge de la jeune fille, certes la pièce ne semblait pas accueillante au premier abord et Aren aurait pu trouver un endroit plus confortable. Mais c'était une des rares pièces où elle pouvait être sûre qu'absolument personne n'allait y entrer.

La jeune fille s'affala sur une chaise et poussa un profond soupire, enfin seule. Enfin, il y avait bien Ilena et Maün mais eux au moins n'étaient pas bruyants. La reine retira sa couronne et la posa sur la table, tout en faisant un geste à ses compagnons de s'assoir.

« _ Je n'ai vraiment pas de chance ! Sur tous les rois et reines qu'Emeraude a eu en 2000 ans c'est sûr moi que c'est tombé ! J'imagine bien la réaction qu'a dû avoir le roi de l'époque de la première guerre. La jeune fille émit un rire plus jaune que joyeux. Je n'imagine même pas la tête que j'ai dû avoir quand vous m'avez fait cette révélation. Bon, j'imagine que c'est le moment de me comporter comme une 'reine'. Dites-moi en plus sur ces dragons. A quelle hauteur volaient-ils ? Quel nombre étaient-ils ? Dites-moi tous ce que vous pouvez. Et pitié le prochain qui m’appelle 'Votre majesté' sera renvoyé de cette pièce ! »
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Ven 6 Mar - 1:47

Masa termina ainsi sa deuxième coupe et la laissa au soin du serviteur le plus près; le jeune homme semblait déstabilisé car Mä ne put comprendre s’il agissait par politesse ou simplement sous l’effet de la stupeur. Le métèque savait ce qu’il provoquait chez les gens, surtout en cet instant où l’intensité dépassait largement la compréhension qui régnait dans l’assemblée. Une fois l’imaginaire de ces braves -et moins braves- gens complètement saisi, l’étranger n’avait plus à agir pour semer le mystère qui s’enracinait déjà dans les esprits. Ce n’était pas tellement réfléchi comme comportement, il le constatait à chaque fois ou presque. Ce petit moment de calme s’enchaîna très rapidement par une série de pas pressés qui se dirigeaient vers la salle où se tenait la discussion enflammée; une cadence soutenue, un touché au sol ferme mais délicat. Soudaine une dame à l’habillement peu soigné mais aux traits invitants fit son entrée dans la pièce et les premiers mots qu’elle exprima à la cours furent assez incisifs et étaient dirigés à l’intention singulière du guerrier du sud, lui qui ne put s’empêcher de sourire en se tournant davantage afin de pouvoir admirer celle qui n’avait pas hésité une seconde à lui faire comprendre sa vision hiérarchique de la situation. Seulement, les yeux de Mä étaient beaucoup trop occupés à scruter la moindre courbe de son corps ravissant pour porter davantage attention à son discours peu chaleureux. En échange de ses propos tranchants, le nomade lui offrit un sourire en coin, provocateur : « Bonjour madame, je me présente, Maünh Za du désert, mais vous pouvez m’appeler simplement Masa. Capitaine de l’Eidos, pour vous servir. » Il s’inclina légèrement devant elle; c’est qu’il sentait que si elle pouvait intervenir de la sorte, elle se devait d’être la magicienne que l’on avait appelé précédemment. « Et je ne voudrais pas vous contredire, précieuse magicienne, mais j’ai demandé à ce que l’on me fasse tribune et me voici. Après tout, c’est la reine qui en ce moment m’écoute. » Il se tourna un instant vers la reine pour lui envoyer un clin d’œil complice puis laissa la parole à qui voulue bien la saisir.

Se fut évidemment la reine qui brisa ce silence – évident car si ce n’était pas la magicienne ou elle-même, personne n’aurait osé le faire- en proposant à la nouvelle arrivée et au messager de s’isoler, sûrement dans le but de discuter plus sérieusement des circonstances de son arrivée à Émeraude. Il ne se fit pas prier lorsqu’elle ouvrit le pas. Peut-être pour déstabiliser la nouvelle venue ou simplement pour ne pas faire tarder les choses, il décida de suivre Aren – après avoir repris sa naginata- et de laisser la troisième place de cette file à la magicienne qui ne s’était pas encore présentée à Maünh. Il n’aimait guère se présenter sous l’autorité de la hiérarchie en place; c’était peut-être parce qu’il n’accordait aucune réelle importance aux autorités qu’il ne jugeait pas légitimes et qu’en cette mesure, il tentait de faire régner sa propre autorité en la légitimant aux yeux des autres, au meilleur de ses capacités.

Chaque détail esthétique intéressant qui défilait dans ce couloir splendide soustrayait Masa à ce qu’il devrait témoigner à la reine et à la magicienne d’Émeraude. Rapidement il fut déçu du paysage qui dans un seul tournant devint beaucoup moins intéressant, les murs affichant des pièces dont la qualité avait vraisemblablement négligée, peut-être par les artistes même. De toute façon, ces couloirs avaient déjà perdu leur intérêt aux yeux de Mä et celui-ci, avant d’arriver dans la pièce, se tourna pour faire face à Ilena ralentissant très lentement, dans un decrescendo contrôlé, le rythme de marche afin qu’au moment de prononcer ces paroles les deux gens, pour qui la relation s’était initiée dans le tumulte, se trouvent à une proximité intime : « Il faut excuser mon arrogance, il est rare de rencontrer une femme si splendide et au ton si ferme à la fois. Malgré vos haillons, l’œil vous trace une beauté généreuse. » Ainsi, avant de détourner son regard vers ses avants, il dessina les courbes de la dame d’un regard précis, sans pudeur mais surtout avec un désir ardent que l’on pouvait difficilement retrouver en ce royaume qui ne semblait pas connaître toute la chaleur que l’on pouvait trouver dans l’hémisphère sud. Par contre il n’était pas coutume d’être aussi direct, d’avoir si peu de pudeur, ne serait-ce qu’en paroles. Masa était un étranger peu importe où il se trouvait.

À leur arrivée dans la pièce Aren fut la première assise et l’on pouvait déceler sur son visage une sorte de soulagement, un apaisement qui était sûrement propre à l’intimité que procurait cette pièce aux trois gens réunis sous d’étranges circonstances. Masa fut tout de suite charmer par la modeste portion du château qui lui rappelait étrangement les salons où se rejoignaient les badauds plus ou moins brillants au nord du royaume, à Zénor. Une discrète fenêtre ouvrait le mur du fond sur l’extérieur et laissait pénétrer un mince rayon qui révélait un filet de poussière en mouvement, comme on pouvait s’y attendre en pareil endroit. D’ailleurs sur la partie moins fréquentée de la table, le métèque remarqua un amoncellement de vieilleries qui firent l’objet de sa curiosité un instant; il fallait dire que le rayon s’arrêtait à cet endroit précis. Ainsi c’est à cet endroit qu’il posa ses pieds après s’être assis auprès de ses interlocutrices avec qu’il avait le plaisir de partager un moment indéterminé. De sa poche il sortit une pipe et dans son foyer il inséra un peu d’herbe dont l’odeur se comparait dangereusement à celle de l’eucalyptus. Avant de l’allumer à l’aide de bouts de silex et de marcassite, il se tourna vers Aren et Ilena sans vraiment leur demander d’approbation, seulement pour leur indiquer ce qu’il s’apprêtait à faire. Une fois la pipe allumée, il put écouter, plus détendu, ce que la reine cherchait de lui, en plus de sa courte plainte qui témoignait de son manque de contrôle sur elle-même et sur la situation – qui n’était pas à reprocher car après tout qui aurait pu gérer cette situation invraisemblable?

« C’est difficile à dire, franchement : déjà il m’a fallu croire en ce qui m’arrivait, puis ensuite je devais mémoriser un portrait de ces bêtes qui étaient singulières dans ce lot, pour la plupart. Huit ou neuf au total ou enfin, dans mon champ de vision. La plupart étaient enveloppés de feu et devaient mesurer dans les sept, huit mètres. Rien de certain, comme je vous le dis. Du reste j’ai cru voir un dragon qui semblait décharger une énergie statique à tout moment, un peu plus petit que les autres et finalement, d’une taille similaire à ce dernier, un dragon de glace. Suis-je certain de ce que j’ai vu? Pas vraiment, pas en entièreté, mais je peux vous confirmer sur ma parole qu’il y avait à cet endroit, à ce moment, des dragons près de nous. » L’intensité avait monté dans son discours et il prit une courte pause pour se détendre, utilisant le prétexte de la pipe pour créer un silence envoûtant. « Vos questions...? Ah oui, ils volaient dangereusement près de l’eau à certains moments, mais très souvent ils étaient en mouvement et certains atteignaient facilement les nuages en quelques élans perceptibles. De terribles bêtes si vous voulez mon avis. Mais comme je vous l’ai dit tout à l’heure, c’est dans le regard d’un de ces dragons que j’ai perçu quelque chose de grave : croyez-moi fous, mais j’ai cru entrevoir le tracas d’une conscience presque humaine. »

Il s’arrêta à cet instant. Il n’avait pas vraiment autre chose à partager ou enfin, il n’y pensait plus. Peut-être que leurs questions lui ramèneraient des informations à la conscience, mais en attendant son esprit était préoccupé par le rôle qu’il pouvait peut-être occuper dans cette histoire; car une fois son conte terminée, il n’aurait peut-être plus la chance de s’y inscrire lui-même. Ainsi il décida d’instrumentaliser un peu ses propos, sans rien aggraver : « J’ai nargué vos soldats à la blague tout à l’heure, mais j’espère que vous avez compris le fond de vérité : personne n’est prêt. Comment pourrait-on l’être? On ne pourrait possiblement conceptualiser une telle menace, l’Histoire lointaine n’a pas ce pouvoir sur notre conscience. Je n’ai peut-être pas l’autorité - et il se tourna volontairement vers Ilena lorsqu’il s’exprima ainsi – nécessaire pour me prononcer sur la question, mais je crois qu’il serait sage d’y réfléchir, ne croyez-vous pas? »

Il n’y avait plus d’herbe dans sa pipe désormais. Le roturier s’en retourna au creux de ses songes.
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Ven 6 Mar - 8:52


La reine semblait déstabilisée par les événements mais arrivait à conserver son autorité. Le seul problème effectif aux yeux d'Ilena était le fait que la régente était décidée à laisser tomber toute convenance. En tout cas, plus que de coutume devant tant de ses sujets. En outre, elle appréciait la franchise d'Aren - trait de caractère qu'elle estimait, même si elle ne l'était peut être pas assez elle-même - mais désapprouvait un tel comportement de la part d'une souveraine, comme si être humaine et régente d'un royaume étaient deux choses incompatibles.
Mais ne se permettant aucun droit de reproche, la jeune femme garda le silence.
C'est de cet instant que profita le messager pour se présenter à elle. Il n'eut aucun scrupule à détourner son attention et même s'il eut un semblant de distinction en la saluant correctement - il avait donc compris qu'elle avait un certain statut - Ilena n'appréciait pas trop son comportement. Il lui paraissait trop décontracté, trop joueur et elle n'avait aucune confiance envers les personnes de ce genre. Alors quand il se permit de lui répondre, c'était la goutte d'eau de trop. C'était décidé, elle ne l'aimait pas.
Mais la reine avait repris la parole en leur intimant de la suivre, elle attendit donc qu'elle eut finit pour réagir à demi-mot aux propos de ce "Masa", juste assez fort pour qu'il l'entende :
Justement, maintenant que l'on vous a écouté, taisez-vous.
Et elle embraya sur ses pas et ceux d'Aren.

Connaissant la plupart des recoins du château - elle n'en était pas non plus à avoir visité les anti-chambres du couple royal ni les quartiers des serviteurs - Ilena prit tout juste la peine de lever les yeux sur le chemin qu'ils empruntaient. Même si ce couloir n'était pas celui qu'elle fréquentait le plus, il n'y avait rien de nouveau depuis son dernier passage. Elle observa donc celui qui la précédait pour étudier un peu le personnage. Il semblait prêter attention à ce qui l'entourait. Ayant des réticences à accorder sa confiance à des inconnus, la magicienne se demanda même s'il n'était pas en train de repérer des objets qu'il pourrait subtiliser au retour. Mais voyant qu'il se désintéressa assez rapidement de tous ces objets d'art plus ou moins dignes, elle revint sur son préjugé. Était-il inculte pour ne pas apprécier l'art ou avait-il justement conscience que ces œuvres n'étaient pas des meilleures qualités ? Pour sa part, elle s'intéressait tellement aux détails - et non à l'ensemble - que ce soit sur un dessin d'enfant ou un tableau de maître qu'elle avait bien du mal à faire la différence entre du médiocre et de l'excellent.

Partie dans ses réflexions, elle n'avait pas remarqué que celui qui la précédait avait ralenti le pas et elle failli lui rentrer dedans. Heureusement - si on veut, mais cela lui avait empêché de lui marcher sur les talons - il s'était aussi retourné et lui faisait maintenant face. Elle s'arrêta net en le voyant et attendit de connaître la raison de cette scène:
Il faut excuser mon arrogance, il est rare de rencontrer une femme si splendide et au ton si ferme à la fois. Malgré vos haillons, l’œil vous trace une beauté généreuse.
Trop près. Il était trop près ! La proximité entre eux ne lui était déjà pas agréable - ou en tout cas ne la rendait pas à l'aise - mais qu'il se permit de parler de ... ça dans cet instant ... Il en avait sacrément du toupet ! Mais bien qu'énervée par ses propos, elle n'en était pas pour autant rouge pivoine et sa colère n'était pas en cause. Les compliments qui lui avaient fait l'avait touché, malgré ce qu'elle voulait laisser penser, mais son regard ... dans d'autres circonstances peut être l'aurait-elle giflée !
Mais déjà s'était-il retourné pour pénétrer dans l'un des salons privés de la reine.

Il n'était pas question de se laisser déstabiliser de la sorte. Après avoir passé une main involontaire dans ses cheveux pour remettre une mèche en place - on aurait vraiment pu croire qu'elle souhaitait se mettre davantage en valeur - elle se gratta la gorge et les suivit.
Ce n'était pas la première fois qu'elle se faisait ainsi complimenter, mais elle avait l'habitude d'ignorer la plupart de ces hommes. Ilena savait qu'elle était, disons, pas désagréable à regarder, mais elle n'était certes pas du genre à en jouer, à part peut être pour profiter des réactions des autres à son égard pour imposer son statut. La scène qui venait de se dérouler l'avait perturbé surtout par le fait qu'elle n'avait pu éviter le messager et qu'elle avait du faire face à ses paroles et son regard.
Mais une fois installée dans le salon, elle reprit toute contenance et écouta la reine exposer sa vision des choses. Et voilà qu'il se faisait encore remarquer ... Sans en demander réellement le permission, ce Masa avait allumé sa pipe. L'herbe qu'il utilisait n'était pas la plus commune, reconnue pour être plus forte que la feuille de tabac. Mais qu'importe l'herbe, Ilena sentait déjà l'odeur lui piquer les narines. Aaah, cette manie des hommes avec leurs odeurs et leurs fumées ... Enfin, la reine ne lui avait pas interdit quoi que ce soit alors la magicienne garda le silence une fois encore. L'heure était grave.

Maünh Za leur décrit alors qu'il avait vu, ou du moins ce qu'il avait cru avoir observé. Son analyse était intéressante et complète, il avait apparemment un certain don pour ça, en dehors de celui de déstabiliser ses interlocuteurs. En tout cas, sa description ne laissait plus guère de doutes sur la véracité de ses propos. Et le fait qu'il y aurait eu des dragons aux caractéristiques différentes n'augurait rien de bon.
Les dragons ne sont pas des animaux communs. Je veux dire à part le fait qu'ils sont plutôt rares, surtout sur notre continent. Nos ancêtres ont fait l'erreur de les considérer comme de simples montures, comparement à nos chevaux. Je ne sais quels sont vos connaissances à tous deux sur cette affaire, mais d'après ce que j'en ai lu, il serait bon de les estimer aux égales des hommes insectes ou même à nous autres humains. Il ne sont pas doués de parole, au sens propre du terme, mais pour l'intelligence, je pense que c'est du pareil au même. Sauf qu'ils sont beaucoup plus massifs et dangereux qu'un humain de base.
Elle marqua une courte pause pour signifier son changement de sujet.
Pour ce qui est de réfléchir à la situation, je pense qu'il serait bon d'envoyer un message au roi au plus tôt, vous ne croyez pas ? demanda-t-elle en se tournant vers la reine. Pour ma part, je pense dépêcher des messagers auprès de mes collègues magiciens car un détail m’interpelle : je n'ai perçu aucune mise en garde parmi les étoiles ... L'un d'eux aurait peut être capté un message que je n'aurais pas su déceler, mais je pense que si cela avait été le cas, nous le saurions déjà.
C'est bien ce qui lui avait trotté dans l'esprit au moment où elle avait mise au courant de l'événement. Si les dieux ne leur avait pas transmis d'indice sur les temps à venir, c'est que quelque chose là haut avait changé. Les précédentes invasions avaient toutes été rapportées aux humains avant que la catastrophe n'arrive.
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Ven 6 Mar - 12:51

L'homme s'était confortablement installé sur une chaise et avait sorti une pipe pour fumer une herbe très odorante. Aren fut très surprise du manque de manière de Maün, personne n'avait jamais osé faire ce genre de chose devant elle, cela rendait l'homme encore plus intéressant.
La description qu'il fit des dragons était assez précise, la jeune reine le voyait de moins en moins inventer ce genre de détails. S’il lui restait encore quelques doutes sur l'apparition des dragons, ils étaient maintenant balayés.

Ce fut ensuite le tour de la magicienne de s'exprimer, elle semblait vraiment inquiète et avait l'air de ne pas y croire. Ilena concevrait un langage respectueux et presque protocolaire, quand la reine avait proféré sa menace de les faire sortir elle avait presque espéré que la magicienne se détendrait. Mais elle ne semblait pas prête à parler à Aren d'une façon disons plus amicale. La jeune fille en était peinée car il était très dur pour elle de se trouver des véritables amis qui l'a considérer comme leur égale et non comme leur souveraine.

Les dieux n'avaient vraisemblablement pas prévenus la magicienne, sur le coup Aren n'avait même pas pensé qu'ils aient pu le faire. A cette pensée la jeune fille eu un sourire amère. Qu'avait pu bien faire Emeraude pour que les dieux lui imposent deux des plus grands fléaux à la fois : une guerre contre des dragons et son propre règne. Il n'y avait pas de doute Emeraude allait couler. La jeune fille se sentait trahit son père avait été stricte en lui disant que régner était simple, elle se souvenait encore de ses paroles «Tu n'as qu'à écouter tes conseillers. Quand ce qu'ils disent te semblent juste accepte, quand ce qu'ils disent te semble injuste ouvre des débats jusqu'à ce que ça devienne juste ».
Comment faire en sorte qu'une guerre devienne juste ? L'empereur noir voudrait-il organiser un débat ? Non, elle le savez bien.
Quand Ilena fit mention du roi, Aren eu un mouvement de recul. Elle espérait que ses visiteurs ne l'aient pas vu. En effet, sa relation houleuse avec le roi était un secret qu'elle préférait cacher. C'était un détail bien trop intime et embarrassant de sa vie, et puis la cour s'empresserait se moquer d'elle s'ils l’apprenaient.

« Envoies tes messagers si cela tu veux. Ce qui m'importe le plus est de savoir comment nous allons combattre ses dragons. Maün a raison en ce qui concerne nos soldats. Ils n'ont jamais fait la guerre, pour tout vous dire je pense même que la seule chose dont ils sont capable s'est empêcher des altercations entre ivrognes. Vous vous imaginez bien que combattre des dragons est loin de leur compétence. Aren s'arrêta quelque seconde pour réfléchir, son sourire avait maintenant totalement disparu et elle affichait un visage très sérieux chose rare chez la jeune fille.
Ma priorité est d'avertir les autres rois. En effet, avant d'atteindre Emeraude, ces dragons vont devoir passer par plusieurs pays, nous devons mettre tout Enkidiev au courant. Mais nous devons tout de même faire attention de ne pas faire paniquer les populations. »

Les populations... voilà son point faible. Aren ne supportait pas l'idée de mettre en péril son peuple. On pouvait appeler ça de la faiblesse, mais la jeune fille ne supportait pas la mort, la souffrance et tous ce qui revenait au malheur. Elle se sentait coupable de devoir faire subir une guerre à sa population. Le devoir d'une reine était de protéger son peuple, et elle avait échoué. La jeune fille en était profondément bouleversée, elle qui avait des doutes sur sa capacité à régner.
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Ven 6 Mar - 19:24

La magicienne ne semblait pas très intéressée à joindre le tango que lui avait offert Masa : des réactions promptes, des regards foudroyants et une sorte de dédain pour sa personne qu’elle jugeait probablement pernicieuse pour sa caste, pour l’ordre des choses. Cependant, Ilena était également ébranlé, ce qui confirmait au métèque qu’elle ne l’avait pas encore catégorisé, qu’elle ne prétendait toujours pas le comprendre et si ce qu’il percevait était juste ou près de l’être, cela voulait dire que l’intrigue, cette vieille amie, pouvait encore jouer en sa faveur. Aren semblait de son côté être très préoccupée émotionnellement par les événements que lui rapportait le nomade du sud; certaines de ses paroles la trahissait, si son désir était de paraître en contrôle. Sa sensibilité impressionna cependant Maünh qui savait très bien qu’une si jeune personne pouvait difficilement concevoir comment elle pourrait gérer la situation et qu’en fait le principal était surtout que la dirigeante soit tourmentée par la situation, pas seulement pour elle-même mais pour la population entière du continent et surtout celle de son royaume.

Après son intervention il écouta attentivement ce qu’avait à dire Ilena et pour une fois il lui accorda un sérieux, chose qu’il ne faisait que très rarement. C’est que sa connaissance des dragons l’impressionnait et surtout confirmait ses propres intuitions, en plus de mettre en perspective ce que les Anciens avaient pensé du sujet. Définitivement, il se devait d’estimer celle qui ne lui transmettait que très peu d’affection : après tout, elle ne serait certainement pas à cet endroit à cet instant avec eux si ses compétences ne lui permettaient guère. Elle parla également d’une autre race qui n’évoquait à Maünh le lointain souvenir de l’Empire...

Puis elle évoqua l’existence d’un roi et Mä réalisa qu’il avait simplement écarté cette possibilité, insoucieux : après s’être présenté au palais il croyait avoir rencontré la plus haute direction des établissements, ce qui était probablement le cas sinon le roi se serait présenté. Après tout, il s’agissait d’une nouvelle importante. Ainsi, celle qui était au pouvoir repris la conversation à un autre endroit : on voyait bien que la magicienne étudiait la profondeur de la situation pour la comprendre au mieux de ses connaissances alors qu’Aren, en charge d’autant d’âmes, ne pouvait se détacher de la pratique, des actions qu’elle devrait entreprendre le plus tôt possible. Le métèque avait donc visé juste : son intervention plus tôt comportait un certain risque, mais il avait cerné la faiblesse des rangs militaires du royaume. Bien évidemment, ils pouvaient défendre la communauté des criminels, des catastrophes naturelles – au mieux de ce qu’ils avaient à offrir – mais qui était réellement près à affronter un tel ennemi? Noir, silencieux, mais surtout inconnu. Qui avait réellement affronter le sentiment d’urgence par rapport à ses propres moyens au point de clamer avec certitude qu’il pouvait faire face au danger qui attendait possiblement Enkidiev?

Masa lui même n’était pas aussi sûr de lui-même, cependant, depuis son grand voyage au fin fond du désert, un feu brûlait en lui, le feu de la gloire, le feu du dépassement de son état d’homme. Il avait fait vœux de devenir le plus grand, le plus fort, le plus craint et le plus aimer des vivants. Il se réveillait depuis, à chaque matin, avec l’envie de régner... de régner sur lui-même, de s’achever, d’atteindre son plein potentiel. Il voulait s’inscrire dans l’Histoire et la changer à jamais; il était donc hors de question qu’il ne soit pas le porteur du message qu’il avait rapporté à la reine. Il était impératif que Mä sorte de cette entreprise familiale car elle ne l’aurait jamais menée où il croyait pouvoir se rendre réellement.

« Voilà, Aren, l’enjeu dont je voulais vous faire part. Vous connaissez maintenant, à peu de choses près, ce que je connais de la situation. Mon travail de messager ici est terminé; je vous remercie pour cette tribune que vous m’avez poliment offert. » Mais au lieu de se lever et de partir, Masa pencha sa tête et ferma les yeux un instant. D’un point de vue extérieur, cela pouvait paraître comme le comportement d’un hérétique, d’un chamane aux tendances étranges. Après quelques secondes d’un silence inquiétant, la lumière qui pénétrait déjà à l’intérieur de la pièce se fit éclatante, puis aveuglante. La puissance qui se dégageait soudainement de la fenêtre réchauffait la peau de l’étranger au point de devenir une sensation presque désagréable tellement la chaleur était devenue intense. On entendit successivement la fenêtre claquée puis les murs craquer légèrement avant qu’un rayon prenant l’espace complet de la fenêtre fit briser les carreaux pour se buter au plancher de la petite pièce. Le spectacle lumineux dura quelques secondes tout au plus, mais l’intensité du phénomène fit paraître le temps plus long. Lorsque la situation redevint normale, Masa rouvrit les yeux et regarda successivement la reine, puis la magicienne; son regard s’arrêta sur cette dernière. Cette démonstration la concernait certainement davantage : le nomade du désert souhaitait pouvoir comprendre cette capacité qu’il avait à avoir un léger contrôle sur la lumière. «  Mais je ne suis pas venu ici simplement pour discuter de ce qui s’est passé ce jour-là à Zénor, non. Je suis celui qui le premier vit ces dragons, mais en tant que capitaine je n’avais aucune raison de quitter mon poste pour ce voyage un peu long : c’est que voyez-vous, je crois pouvoir amener à Émeraude une flamme qui ne s’est jamais éteinte pour les Zas, ces êtres du désert qui jamais n’ont eut de maison et qui jamais n’ont connu le confort et la sécurité qu’un État semble pouvoir procurer. J’ai connu la faim, j’ai connu la souffrance. J’ai connu l’échec, et de ces échecs j’ai connu la victoire. Croyez-moi, on peut certainement ne vivre que de réussites, mais apprendre à réussir passe par l’insuccès. Apprendre à réussir passe par la faim. »

Avant que quiconque ne puisse prendre la parole de nouveau – car Masa craignait qu’avec cette démonstration provocante il n’aurait peut-être plus l’occasion de plaider en sa faveur, surtout avec l’image que semblait avoir Ilena du métèque : « Cette relation qui semble s’être tissée entre l’astre de vie et moi-même n’est pas mon seul argument : j’ai guidé des hommes à travers le désert pendant des décennies, puis je les ai guidé sur les mers, et tout ce temps, j’ai combattu. Je ne suis pas un dirigeant qui prend ses décisions au fond de l’endroit le plus protégé du continent, sans vouloir vous offenser – il le cherchait un peu, honnêtement. Je suis au front et je ne connais rien d’autre. »

Ses yeux se fermèrent à nouveau. Cette fois le sort en était jeté : il avait définitivement brisé le calme qui s’était à peine instauré et ses cartes étaient sur la table. Resterait-il capitaine de l’Eidos ou passerait-il à une autre étape?
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Sam 7 Mar - 11:54


Ilena avait toujours du mal avec les familiarités de la reine. Autant entre elles, elle aurait pu comprendre, elles se côtoyaient maintenant depuis quelques années dans le château, mais elles n'en étaient pas proches pour autant. D'ailleurs, la magicienne ne se voyait toujours pas la tutoyer comme celle-ci se le permettait à son encontre, même si elle était son aînée. Mais qu'elle soit si familière en présence d'un inconnu la sidérait. N'avait-elle pas peur des commérages que cet homme pourrait lancer sur elle un fois de retour dans son pays ? Enfin encore une fois, elle avait le droit d'être humaine, "souveraine" n'était pas une race à part entière.
Mais qu'importe de la manière dont elle le disait, Aren avait raison. Le passé est le passé, ils n'ont pas reçu de mise en garde des cieux, mais les dragons étaient là et il fallait réagir. Qu'ils soient ou non très entraînés, les gardes des royaumes restaient des humains, bien entendu qu'il y aurait de la perte face à une horde de dragons, on ne pourrait sauver tout le monde en cherchant à protéger la population. Mais pour commencer, il fallait prévenir la coalition des seigneurs d'Enkidiev, comme l'avait envisagé le reine. Elles pourraient d'ailleurs envoyer leurs messages au même instant, ce serait toujours ça de gagné.

Elle en était à se faire une réflexion sur l'idée de trouver des personnes compétentes pour un tel événement, lorsque que le messager reprit la parole à son tour.
Maintenant qu'elles avaient pris les choses en main, il était prêt à les laisser, signifiant que son travail ici était terminé. Ilena s'attendait donc à ce qu'il prenne congé d'elles et qu'ils sorte, les laissant à leurs investigations. Mais il n'en fit rien. Encore une fois surprise par les réactions de cet homme, la jeune femme ne reprit pas le cours de ses pensées comme elle l'aurait voulu, mais prêta attention à ses interlocuteurs.
Aren était toute à ses réflexions et semblait très décontenancé. Elle devait sûrement se rendre compte de ce qui reposait maintenant sur ses épaules. Ilena avait bien remarqué que les deux époux royaux n'étaient pas proches l'un de l'autre, mais elle ne put s'empêcher de penser qu'ils feraient mieux de se retrouver pour y penser ensemble. Et puis malgré tout ce qu'on pouvait dire sur le roi Ian, il saurait essayer de rassurer sa femme. Peut être auraient-ils même besoin de rassembler tous les dirigeants d'Enkidiev pour cette cause, si seulement c'était possible...
De son côté, Maünh restait assis les yeux fermés et la tête baissée. Que lui arrivait-il d'un coup à celui-là ? Il faisait le fier, bouleversait leur journée, se permettait beaucoup trop de choses et maintenant il restait là avec elles en décidant de faire la sieste ?! Non, c'était beaucoup trop évident, bien sûr qu'il ne faisait pas un petit somme sur un coup de tête, mais Ilena ne s'attendait tellement pas à le voir rester sans rien dire ...

Mais bientôt, celui-ci fut le dernier de ses soucis ... ou le premier. Car sans prévenir, le rayon de soleil qui pénétrait dans le salon se fit aussi lumineux que l'astre lui-même. La jeune femme se redressa sur son siège et finit même par se lever devant cet événement totalement improbable. La lumière se faisait si éclatante que ses yeux ne la supportaient pas et elle mit sa main en visière pour essayer de comprendre le phénomène qui se déroulait devant ses yeux. Et elle ne mit pas longtemps. Cette espèce de méditation, cette lumière dirigé vers lui... Masa influait sur l'énergie solaire !
Elle n'en avait pas la preuve dans l'instant, mais la coïncidence était trop forte. La température montait, la pièce elle-même réagissait comme s'il se passait un tremblement de terre. Mais ce n'en était pas un. Les vitres explosèrent et le calme revint quelques secondes après.
Ilena n'eut pas le temps de lui dire le fond de sa pensée - d'ailleurs, elle ne savait pas réellement que penser d'une scène pareille, mais elle était encore une fois très énervée. Et puis sans lui laisser le temps de parler, voilà qu'il partait dans un de ces grands discours qu'il semblait si enclin à donner et ne se tut qu'au moment où il en était arriv" à sa conclusion : il était prêt à se battre.

N'empêche que cela n'excusait pas tout. Cet homme était à la fois la prétention incarnée et aussi maître de lui qu'Ilena ne pouvait juste plus le supporter, mais elle savait bien au fond d'elle que la moitié de la rancœur qu'elle lui portait était due à son attitude envers elle et l'autre n'était que pure jalousie de sa part. Mais il allait aussi trop loin !

Vous croyez que cela vous donne le droit de vous donner en spectacle ?! De faire comme si vous étiez le maître des lieux ?! Oui, VOUS avez vu les dragons, VOUS nous avez remis votre message et VOUS avez un pouvoir ! Mais moi j'en trois et je n'en ai jamais fait qu'à ma tête parce que je sais ce qu'est le respect d'autrui ! Je ne m'amuse pas à faire peur aux gens dans des circonstances comme celles-ci, ni à détruire des biens !
Oui, elle était en colère, oui elle s'énervait et était restée debout devant lui pour l'apostropher alors qu'elle avait perdu son calme et qu'elle n'avait donc plus le droit de le critiquer de la sorte, n'étant pas elle-même irréprochable, mais elle n'en pouvait plus de ses coups de théâtre, alors même qu'elle ne l'avait même pas vu à l'action en combat.
Si vous voulez vous rendre utile, soit vous repartez dans votre royaume pour transmettre les messages que nous aurions à remettre aux personnalités sur place, soit vous restez ici avec moi, et d'autres personnes douées de magie que nous trouverons mais vous auriez tout intérêt à cesser vos petits jeux !

Bon sang qu'elle allait trop loin, bon sang qu'elle perdait son calme, qu'elle devenait elle-même insupportable et qu'elle outre passait ses droits. Mais ce qui la calma instantanément, fut les mots qui venaient de sortir de sa bouche. Des personnes aux dons magiques ... venait-elle de proposer de remettre l'ordre des chevaliers d'Emeraude en place ? Avait-elle vraiment fait cette erreur ?!
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Dim 8 Mar - 16:38

Aren était plongée dans de noir pensée quand l'étranger avait repris la parole, son message lui était parvenu et maintenant il pouvait rentrer chez lui. Mais la jeune fille n'était pas dupe quelque chose dans son ton prouvait qu'il attendait autre chose. Une récompense ? Avait-il le culot d'attendre une récompense pour lui avoir apporté un message aussi terrible ?
Petit à petit la lumière du jour ce fit plus pesante, plus chaude. On aurait dit que le soleil était lui-même à l'intérieur de la pièce. La lumière se fit aveuglante et la chaleur étouffante pratiquement irrespirable. Il y avait quelque chose de pas naturel était en train d'avoir lieu. De la magie, c'était certain. Aren connaissait la magicienne, elle était très à cheval sur les bonnes manières et étaient capable de s'offusquer très vite quand quelqu'un les transgressait. Mais elle était sage et posée et n'aurait jamais osé sa magie comme cela, surtout si les répercussions concernaient toutes les personnes de la pièce.
Il ne restait donc plus qu'un seul suspect : Maün Za, le plus en plus mystérieux messager. Alors comme cela, cet étrange homme avait des pouvoirs. Et pas n'importe lesquels il maîtrisait l'astre de la vie. La jeune fille ne s'y connaissait pas beaucoup sur la magie, elle n'arrivait absolument pas à la cheville de la magicienne dans ce domaine, mais pourtant elle savait qu’influencer l'énergie solaire n'était pas chose commune.
Une question de plus se posait à son sujet, après un que voulait-il vraiment, se discernait un qui était-il.

Alors c'était cela que voulait cet homme, le pouvoir. La jeune fille émit un sourire qui n'avait plus rien de joyeux. Maün était alors comme tous les autres, profitant d'un moment de trouble pour s'installer dans une position confortable tout en arguant qu'il était plus apte à diriger qu'elle. Certes il ne voulait pas son trône, bien trop dur à obtenir, non ce qu'il souhaitait c'était le prestige dû au guerrier, une place indispensable qu'on était apte à fournir maintenant qu'une guerre allait éclater. Cet homme avait eu une chance incroyable le jour où il avait vu ces dragons, s'en était presque un signe divin.

Ilena, explosa avant la reine, ses dire prouvaient que leurs pensées étaient semblables pour une fois. L'homme était allé beaucoup trop loin, Aren apprécié l'insolence mais elle ne tolérait pas les gens irrespectueux. Cet homme osait la juger sans la connaître et ça elle ne pouvait le tolérer.

Son regard était maintenant devenu sombre qu'une colère nouvelle venait habiter. La jeune fille fit un signe à la magicienne de se rasseoir et de lui laisser la parole. Ses mots furent tintés d'un mépris à peine dissimulé et dont tout amusant s'était envolé.

« Mon peuple a toujours connu le confort d'un chez soi, il n'a jamais connu la faim ou la peur. Dois-je m'en blâmer ? Par tous les dieux non. Contrairement à ce que vous pensez, Emeraude est bien plus dur à gouverner qu'une simple tribu désertique. Ici, nous avons tout à perdre, chaque décision doit être mûrement réfléchie. Nous ne pouvons pas nous risquer à faire perdre cette position privilégiée à notre peuple. Suis-je dans l'endroit le plus sûr du continent ? Oui, et pour la simple et bonne raison que mes ancêtres l'ont bâti et que je me force à le garder sûr.
La question n'est pas de savoir qui de vous ou moi sait le mieux comment réussir. Mais si vous allez m'aider à garder Emeraude et Enkidiev en sûreté !
»

La jeune fille se tourna vers Ilena, son regard se fit plus doux mais le sérieux était toujours là.

« Réunir à nouveau l'ordre des Chevaliers d'Emeraude ? J'aime cette idée ! Ilena je veux que vous fassiez envoyer d'urgence une dépêche à chaque rois et reines du continent, il nous faut réunir la coalition des royaumes d'Enkidiev le plus vite possible »

Ses quelques mots finis, la demoiselle sut qu'elle venait de prendre la décision la plus importante de son règne. En faisant renaître cet ordre illustre, elle rentrerait dans l'histoire. Maintenant, restait à savoir si ce serait les hommes-insectes ou les humains qui auront survécu pour l'écrire.
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Dim 8 Mar - 20:09

Masa n’appréciait guère suivre la voie des formalités pour une raison bien simple : ils comprenaient les autres dans un rapport humain, et ce n’était pas en suivant une étiquette prescrite à une population entière qu’il lui était possible de comprendre réellement à qui il s’adressait. Dans la stupéfaction, dans l’improviste, on apprenait réellement à connaître un interlocuteur ou plutôt, dans cette situation précise, ses interlocutrices. Évidemment ce jeu qu’il leur imposait depuis un moment n’en était pas un entièrement : la ligne de ce qu’il pensait réellement et ce qu’il leur transmettait était impossible à tracer.  Ses façons de procéder comportaient toutes un certain risque, mais un risque calculé qui l’avait souvent mené à destination. N’importe qui pouvait suivre l’ordre établi et espérer atteindre une certaine gloire à un certain moment, si les circonstances étaient favorables; seuls les créateurs inventaient leur propre chemin, un chemin unique qui menait à une finalité bien singulière que seul le créateur lui-même aurait pu atteindre de toute façon. Maünh aimait à penser qu’il faisait partie de ce dernier type d’individu et s’il s’avérait que non, il incarnerait le créateur de toute façon. Après tout, il ne connaissait rien d’autre, et toute sa vie il n’avait pu que rêver à la gloire. Lorsqu’on marche toute sa vie dans le sable, on sait très bien que chaque pas vers l’avant implique un recul, et qu’il faut travailler davantage pour cette raison.

Ainsi, comme la nature nous l’apprend, à une action spécifique, une réaction opposée. Ilena se chargeait ainsi de remettre l’étranger à sa place, car après tout, il venait de détruire une fenêtre du palais très peu de temps après sa rencontre initiale avec la magicienne et la reine. Il était très conscient des limites qu’il transgressait avec son agissement, mais comment aurait-il pu en faire autrement? Aren n’aurait probablement pas voulu assister à la démonstration d’un homme de sa caste s’il l’avait invité à l’extérieur et que dire d’Ilena : à ce point de la conversation, il estimait qu’il serait difficile de la choquer davantage et donc elle l’avait peut-être déjà discréditer de toute compétence professionnelle. L’arrogance du nomade avait-elle atteint son paroxysme? Voyons. « Le maître des lieux? C’est mal me comprendre : je suis désolé si mes manières vous offensent, c’est que je n’ai jamais appris à faire la belle. Chez moi le respect, pour un chef, c’est de manger autant que le moins nanti de la tribu. Nous n’avons pas de carreaux... » Pour la première fois, les prétentions que l’on pouvait déceler dans le discours du grand homme n’étaient plus aussi claires. Elles s’étaient mêlées à une sorte de fierté que l’on avait blessé, comme si les commentaires de la magicienne l’avaient heurté. Après tout, Mä savait bien qu’il était insolent et que les fondations hiérarchiques n’étaient pas quelque chose qu’il considérait vraiment, mais il tenait par dessus tout aux relations humaines, ou enfin, à celles qu’il voyait comme importantes. Il n’exprimait pas vraiment le fond de sa pensée et évidemment que cela pouvait finir par énerver, mais l’ex capitaine n’allait certainement pas s’ouvrir si facilement à des inconnus qui restaient encore pour lui des gens bien confortables.

Masa croisa ses bras et descendit ses jambes de la table, détournant son regard de la compagnie, ne laissant que son profil droit à la vue des deux jeunes femmes avec qui il entretenait une conversation peu conventionnelle. Son sourire s’était estompé et il ne réagit même pas lorsque pour la première fois depuis le début, Ilena sembla concéder quelque chose au guerrier du sud; alors si lui-même s’était vu surpris par l’ampleur des choses, il n’était pas le seul à être dépassé par les événements. La tension montait et la magicienne ne fut pas la seule à se sentir attaquer par les propos et les gestes du nomade, car la reine elle-même avait senti le besoin de se justifier, d’expliquer la situation à Mä dans un élan ô si généreux de bonté. Évidemment, le guerrier l’écouta, mais le sentiment d’opposition refit surface lorsqu’elle dégrada sa tribu au statut de « simple ». Elle jouait au jeu que le guerrier lui avait imposé, mais était-elle prête à tenir jusqu’au bout? « Ô Aren je ne doute pas de vos compétences, mais ne faites pas l’erreur de croire que votre société bourgeoise se gouverne plus difficilement qu’une « simple tribu » du désert. Vos problèmes sont superficiels, il ne vous faut pas trouver une façon de nourrir ceux qui n’ont pas manger depuis des jours et ce à chaque jour. Il serait simple d’esprit de penser qu’à diriger de plus grands nombres vous êtes justifiée à banaliser les problèmes des quelques uns. »

Il exagérait peut-être son témoignage mais il démontrait son indignation au nom de sa tribu qui avait péri presque en totalité; trois Zas qui mourraient un jour. Le métèque reprit tout de même son calme, après tout, il venait de loin et avait presque atteint son but : la magicienne l’invitait finalement à rejoindre les rangs, et ce qui semblait se dessiner dépassait largement les attentes du roturier. Cependant, il ne désirait pas se contenter d’un rôle futile à jouer au royaume vert : ses années de travail et son caractère impassible l’obligeaient à garder un certain niveau. « Que ce soit bien clair, je ne suis pas venu ici pour devenir un garde du palais, qui ouvre et qui ferme la porte au rythme des passants. Je veux jouer un vrai rôle dans cette histoire et je veux que vous, il pointa Ilena, m’appreniez à parfaire mes compétences magiques. Je n’ai aucune envie d’être guidé par des incapables n’ayant vécus qu’assez de printemps à peine pour savoir que l’été suivait cette saison. Et de façon plus importante, je ne m’incline plus : si cela vous offense, vous pourrez toujours grimper sur un tabouret pour préserver votre sentiment du supériorité. »

Il déposa son index sur la table, ce qui laissa échapper un bruit sourd. Les choses devenaient de plus en plus sérieuses, mais en réalité, Masa avait déjà reprit son calme. Il se laissait certainement guider par les sensations que la vie pouvaient lui offrir, mais rarement trop longtemps par ses émotions. Il s’en détachait très rapidement lorsqu’il discutait avec des inconnus de la bonne société, particulièrement les figures d’autorité.
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Lun 9 Mar - 18:05


Il parlait bien mais était irrespectueux au possible ! Voilà maintenant qui la comparait à un chien ! Franchement, cet homme lui sortait par les yeux et ce, surtout parce que même s'il le disait d'une mauvaise manière, il n'en avait que ce tort car le reste était ce qui se rapprochait sûrement le plus de la réalité.
Elle le lui aurait bien répondu ce qu'elle pensait de son avis, mais la reine lui fit signe de se rasseoir. Ilena crut qu'elle allait lui faire remarquer qu'elle était allée trop loin, et son regard n'étant pas rassurant, elle se tut. Mais en fin de compte, celle-ci souhaitait juste prendre la parole à son tour car apparemment, le comportement du messager ne lui avait pas plus non plus. La magicienne reprit donc place sur sa chaise. Sa tension était bien descendue depuis qu'elle s'était rendue compte de son erreur et puis voir Aren lui demander de lui passer la main l'avait remis dans ses pénates. On avait beau dire sur cette jeune reine un peu trop impétueuse, elle savait se faire respecter à sa juste valeur ... la plupart du temps. Mais encore une fois, la personne en face d'elle l'avait cherchée et l'avait trouvé peut être un peu facilement. Elle se laissait trop aller à ses émotions... mais Ilena n'avait pas le droit de dire quoi que ce soit sur ce sujet.

Mais alors que la jeune femme croyait que sa gourde était passée à la trappe avec cette scène mémorable, Aren revint sur l'idée qu'elle avait amené : rassembler des gens doués de magie. Ce qui signifiait que l'Ordre des Chevaliers d'Emeraude était attendu.
Ilena n'y croyait pas et imaginait déjà la surcharge de travail. Rouvrir l'Ordre d'Emeraude ? Traditionnellement, n'était-ce pas le magicien d'Emeraude qui le dirigeait aux côtés du chef de l'Ordre ? Oooh, si jamais elle n'arrivait pas à faire changer la reine d'avis, exit sa petite vie bien organisée !
Elle s'apprêtait donc à l’interpeller - sans même savoir ce qu'elle pourrait bien dire d'intelligent ou même s'il était possible de régler ça autrement qu'à grands coups de chevaliers magiques - mais elle n'en eut pas le courage. Déjà était-elle dans le flou complet de son côté, mais faisant face à la reine qui lui intimait de prendre contact avec la coalition d'Enkidiev et qui semblait si sérieuse suite à cette décision, elle sut qu'elle avait perdu d'avance.
Eeeh, comment ça elle devait contacter les dirigeants d'Enkidiev ? C'était son rôle à elle, ça ! Le sien était de contacter ses collègues magiciens et d'attendre leur réponse ainsi que celle de la coalition pour mettre en ordre sa vie future ...

Elle avait toujours su qu'avoir le rôle d'un dirigeant n'était pas chose aisée et avait appris un peu en quoi il consistait en devenant magicienne. Mais plus elle en savait, plus elle plaignait ceux qui étaient au pouvoir avec toutes les responsabilités qu'ils avaient. Même Maünh Za semblait avoir souffert de ça. Son affrontement avec la reine sur ce thème si délicat le prouvait en fait aisément. L'une avait le poids de la réussite de ses ancêtres sur les épaules et l'autre avait connu la dure vie en terre sauvage.
Bien qu'elle n'était pas la moins servie au monde en termes de responsabilités, Ilena comprenait cela, mais se sentait tout de même assez petite dans cette histoire. Il faut dire qu'elle avait peur de ce qui allait maintenant lui tomber sur ses épaules à elle. A cause de ces dragons, à cause de cet homme et à cause d'elle ... Il restait la décision de la coalition mais la jeune femme ne pensait pas qu'elle allait changer grand chose.

Mais le messager avait apparemment bien l'intention de lui déplaire à chaque fois qu'elle commençait à lui trouver des qualités car sa réaction ne fut que dans le prolongement de tout le reste, un manque de respect de plus en plus déplacé. Il se croyait simplement irremplaçable. Quelle belle erreur elle avait faite en se disant que son expérience pourrait leur être utile... Mais c'est bien parce qu'elle comprenait sa provocation et le défi qu'il voulait leur lancer qu'elle ne s'énerva pas une fois de plus. A la fois écœurée et lasse, elle soupira et décida de ne plus perdre son temps ici.

Que ce soit bien clair, dit-elle en reprenant les mots de Masa, rien ne se fera sans la réponse de la coalition d'Enkidiev. Et même sans ça, je vais devoir prendre la responsabilité de l'Ordre, ce qui signifie que la décision de votre présence au sein de celui-ci me revient à moi seule. Elle se tourna vers Aren et finit. Majesté, je prendrais donc la responsabilité de les contacter puisque vous en avez décidé ainsi. Je vous souhaite à tous deux une bonne journée.

Elle ne prit même pas le temps de demander à Maünh Za de rester dans le coin pour qu'elle puisse le contacter. S'il était aussi motivé qu'il le laissait entendre, elle n'en avait pas besoin. Elle se permit de conclure sur un simple signe de tête et quitta la salle, les laissant tout deux.
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Mar 10 Mar - 16:34

La reine aimait de moins en moins Masa, d'homme plutôt intéressant il était passé à simple arrogant qui se pensait mieux que tout le monde par le simple fait qu'il avait vécu à la dure. Il ne connaissait pas la vie réelle dans un palais, et ne savait donc pas les contraintes qu'elles impliquaient. Un protocole stricte, des réunions qui n'en finissaient pas, être surveillée constamment et surtout devoir faire attention à chaque parole que l'on doit prononcer. Il était dur d'être un membre de la cour mais encore plus d'être un dirigeant. Ici, tout le monde cherche à avoir un poste haut placé, et si les hauts dignitaires ne respectent pas ce protocole c'est donner une chance aux ambitieux pour se révolter. Et cela valait même pour sa majesté la reine.

Il pensait peut être que le monde était rose par les frontières d’Émeraude, si seulement cela pouvait être vrai. Des gens mouraient sans cesse de faims et de froid, un an après son accession au trône un dignitaire qui était en bas de la hiérarchie à l'époque, lui avait fait lire les registres municipaux de l'année qui s'était écoulé en pleins conseils des ministres. Il lui avait dit 'regardez chaque sujets que vous avez tué par vos mauvaises décision !' Une digue construite trop tard, un impôt trop élevé, un mauvais traité commercial et c'était des centaines de personnes qui en pâtissaient.
La reine n'avait pas à subir la mort en direct d'une ou deux personnes de son entourage, non elle avait la vie de millier de personnes entre ses mains.

Il pensait alors pouvoir gérer la responsabilité des vies d'autrui ? En était-il vraiment capable ? Il se vantait d'avoir eu à s'occuper d'une tribu mais où était-elle maintenant ? Cet homme est un messager de Zénor, cela laissait deux options soit il s'était fait renvoyé de son poste de responsable soit il n'y avait plus de tribu. Dans les deux cas, cela n'avait rien de bon pour lui. Il avait échoué dans son rôle de chef !

Ilena savait ce qui lui restait à faire, contacter la coalition et d'après ses paroles elle prévoyait même la suite des événements en parlant d'un éventuel recrutement des chevaliers. La venue de ces combattants allait bouleverser le château, il faudrait les loger et les nourrir... Toute une organisation qui donna des frissons à Aren.
Lorsque la magicienne sortie de la pièce, une certaine tension s'installa. La reine restait seule avec un homme qu’elle n’aimait guère, et qui était décidée à saper l'autorité de la hiérarchie. La jeune fille croisa alors les bras dans une position de défi et fit un sourire qui se voulait moqueur.

« Êtes-vous idiot ? Vous voulez avoir une autorité sur d'autres mais à côté de cela vous êtes prêt à défier la hiérarchie ? De vos erreurs se sont vos soldats qui vont en pâtir ! Je n'ai certes pas apprit dans la vie dure, mais moi au moins j'ai appris de mes erreurs. Qu'avez-vous apprit de celles commises avec votre tribu ?? »

L'heure tournait et tout d'un coup la jeune fille prit conscience de l'importance du travail qui l'attendait. A défaut d'être tombé d'accord avec Maünh, il lui avait rappelé l'importance de sa tâche et du sérieux qu'elle devait y mettre, surtout maintenant qu'une guerre allait éclater. L'entretien touchait à sa fin et la jeune reine ne savait pas vraiment quoi faire de l'homme, le garder près d'elle ou le renvoyer chez lui ? Elle n'aimait pas vraiment sa présence mais en même temps elle savait que s'en faire un ennemi serait une erreur terrible.

« Du travail m'attend, si vous voulez rentrer chez vous je vous ferrais donner des vivres pour le voyage. Mais si au contraire vous vouliez attendre ici, la décision de la coalition je pourrais vous faire loger. »
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Mer 11 Mar - 18:19

Ce qui retint l'attention de Masa, des props de la magicienne, fut sa réponse qui n'était orchestrée qu'en fonction de la réouverture de l'Ordre. Peut-être que le nomade voyait quelque chose là ou il n'y avait rien, mais il interpréta par sa réponse qu'Ilena souhaitait qu'il joigne les Chevaliers d'Émeraude si une telle organisation devait revoir le jour. Après tout, elle aurait pu lui parler d'un rôle de chef de garde, de garde du corps personnel, mais elle ne le fit point. Cela lui plairait peut-être, après tout, il était vrai que l'Histoire en avait fait des héros, c'est donc sans doute puisque leurs responsabilités étaient importantes au sein de la communauté d'Enkidiev. Il restait tout de même humble face à son dessein, après tout, il avait déjà fait preuve de patience par le passé et rien n'était gagné par son passage à Émeraude. Le métèque souhaitait surtout être capable de parfaire ses compétences et par le fait même le rendre à ses semblables. Il est certain que son approche pouvait sembler égoïste : c'est qu'elle l'était. Seulement, elle était affirmée comme telle, ce que les honnêtes gens devraient comprendre puisque, avant toute chose, c'est pour soi que l'on agit.

« Au revoir, madame la magicienne. Ce fut une heureuse rencontre. » Évidemment qu'il y avait une touche de sarcasme dans son intervention, mais cela n'impliquait pas que Masa avait bel et bien apprécié cet entretien; après tout, ils avaient bien discuté et avaient même tirés des conclusions prometteuses pour la suite des événements. Le Za n'avait joué un grand rôle dans les décisions des deux dirigeantes, mais son message avait été livré et son importance arriverait sans doute plus tard dans cette affaire, si on lui laissait la chance de se démarquer. Prétentieux ou non, le guerrier du sud avait un potentiel indéniable et une expérience que peu pouvaient prétendre détenir. Si le vécu d'une personne n'était pas un argument suffisant à convaincre des compétences d'un combattant, Mä avait fait de chaque année une année d'amélioration constante et de détermination. Son expérience n'était pas le simple résultat des saisons qui défilaient, non, elle était le résultat d'un travail acharné.

Les deux êtres qui restaient dans la pièce gardèrent un silence très temporaire, seulement l'instant de se recueillir. Masa n'avait plus grand chose à dire : il semblait clair que les pourparlers étaient suspendus et que les décisions l'étaient également par le fait même. Alors qu'il porta son regard sur celle qui était restée avec lui, Mä vit un air provocateur se dessiner sur le visage de la reine, un air qui ne jurait pas du tout avec son comportement et surtout avec son âge. C'était une arrogance crue, qui ne dressait aucune différence entre son discours et ses gestes. Cependant, c'est en ouvrant la bouche que la jeune reine démontra son ignorance et commit une erreur peu judicieuse en insultant son interlocuteur. Si l'ironie du nomade pouvait être comprise comme une insulte, nul n'avait besoin de réfléchir pour comprendre la vulgarité d'Aren. Pour qui se prenait-elle? Elle avait véritable appris de ses erreurs? Quelles erreurs pouvait-on commettre à cet âge pour apprendre quoique ce soit? Le guerrier était irrité mais il vit en cette erreur de parcours de la part de la reine une sorte de victoire; elle s'était commise, enfin, et il pourrait détruire ce qu'il restait à détruire avant de partir. « À votre place je n'insulterais pas aussi grossièrement un étranger, il pourrait vous arriver malheur. Votre vulgarité trahit ce que vous voulez dégager; devrions-nous vous respecter comme on respecte le vieux saoulon au bout du comptoir la nuit venue? Un peu de tenu ne vous ferait pas de mal, vous qui semblez vous croire à la hauteur de votre titre. » Masa se calma un instant puis reprit : « Si je n'avais pas appris de mes propres erreurs je ne serais pas ici pour vous transmettre mon savoir. Cependant, au désert les erreurs sont souvent fatales : j'ai vu toute ma famille périr devant moi, et quand je vous dis famille je vous parle de tous mes proches sauf deux. Les Zas n'ont jamais été le bienvenue à quelque endroit, ni à Zénor, ni sur la côte ouest du désert. Un Za se déplace ou il meurt, et dans la plupart des cas, il meurt de toute façon. J'ai dirigé la dernière opération de ma tribu, celle qui nous donnerait la liberté et que tout le monde accepta comme étant la plus dangereuse de toutes nos missions. Et vous savez pourquoi? Parce que la vie ne valait pas la peine d'être vécue de toute façon dans nos conditions misérables... mais ces mots ne veulent rien dire pour vous, et ce n'est pas de votre faute. Vous ne pourrez jamais connaître cette impuissance face à la mort de tous vos proches, sauf si ces dragons annoncent réellement l'apocalypse. Si tel est le cas, vous penserez à moi lorsque vous verrez tous vos semblables mourir, et vous réfléchirez à la question que vous avez posé : qu'avez-vous appris? Que la vie n'est pas juste et qu'il faut tout de même continuer. Nous nous battons sans relâche pour la liberté et c'est ici ce que j'ai à offrir de plus précieux. »

Masa se leva très sèchement et prit avec lui toutes ses affaires. Déterminé, il se dirigea vers la porte pour enfin sortir de cet endroit, de cette discussion qui commencèrent à faire jaillir une colère en lui. Au pas de la porte, il se tourna une dernière fois pour regarder son interlocutrice : « Si vous n'aviez pas eut confiance en moi, vous seriez partie avec votre magicienne; vous ne seriez jamais resté avec un étranger que vous n'estimiez pas du tout, enfin, je l'espère pour votre peuple. J'en déduis donc que cet entretien n'est pas réellement terminé. J'irai à l'auberge, ce n'est pas la peine de me préparer une chambre, mais merci. Je reviendrai plus tard pour voir ce qu'il en est. Au revoir. »
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MessageSujet: Re: Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.   Sam 14 Mar - 15:08

Aren croisa les jambes d'un air profondément déçue, cet homme était définitivement comme les autres. Certes il venait du désert et avait eu une vie dure, mais à la fin ce n'était qu'un homme parmi tant d'autre. Comme tous les autres il s'arrêtait aux insultes de la jeune fille et n'écoutait pas son vrai discours. Comme les autres il pensait avoir tout connu juste parce qu'il était plus vieux qu'elle et campait sur ses positions. Il illustrait bien une phrase que sa mère disait souvent – au dire de son père – 'seul les idiots ne changent pas d'avis'.
Aren soupira profondément, ce qu'il lui avait dit ne l'avait pas ébranlée. Non, elle avait besoins de plus que les remontrances d'un simple étranger pour douter de sa compétence à régner. Une invasion par exemple.
Leur vision de la vie était bien trop différente pour qu'ils tombent d'accord. Pour lui, une vie de misère ne vaut pas la peine d'être vécu. Pour elle, chaque vie à un bonheur caché. Pour lui vivre dans un château signifiait qu'on n'était pas un dirigeant digne de ce nom. Pour elle, une reine devait représenter la sécurité pour ses habitants. La reine était une sorte d'image pour son peuple, si elle souriait son peuple souriait, si elle avait peur son peuple serai terrifié.
Le désert et Émeraude n'était pas comparable, Aren ne devait pas se dire qu'elle était mauvaise dirigeante. Bien au contraire son peuple était heureux. Depuis le début de l'année, les morts précoces avaient baissé, les mendiants et les orphelins étaient pris en charge. Bref, tous s'accordait pour dire qu'une ère de prospérité attendait la jeune reine.
Aren avait encore beaucoup a apprendre, elle le savait et s'était même ce qu'il l'a faisait tenir dans la vie. L'espoir que demain serait meilleur qu'aujourd'hui. L'espoir. Tout ce résumé à ce mot.

Qu'importait les grands débats sur sa légitimité à gouverner. Elle était là un point c'est tout ! Chaque personne a un rôle à jouer dans ce monde. Maintenant, Aren savait quel était le sien : repousser l'armée de l'empire noir ! Maühn semblait prêt à l'aider et c'était tout ce qu'il lui importait pour l'instant, de toute façon on ne lui demandait pas non plus de faire de lui un de ses principaux conseillers. La jeune fille n'aura qu'à l'éviter.

Faire des sacrifices pour son peuple, voilà comment se résumait sa vie. Un de plus, un de moins la demoiselle n'était pas à ça prêt. Si elle devait supporter cet homme arrogant pendant quelques temps pour que son peuple soit heureux alors Aren le ferait.

L'homme était maintenant à la porte et semblait furieux contre la jeune reine. Lui faire confiance ? Peut-être. En tout cas, elle ne s'était pas sentie en danger face à lui. Maünh fit une dernière impolitesse en refusant son invitation, mais Aren n'en était pas surprise après tout ce qu'il venait de lui dire.

Toujours assise sur sa chaise, la jeune fille fit un soupire lasse et répondit :

« Je ferrai en sorte que vous soyez tenu au courant des choses non confidentiel. Sur ce, vous pouvez disposez »

Avec cette réplique Aren voulait rappeler que l'homme n'avait plus aucun contrôle de la suite des événements. C'était maintenant au tours des royautés puis de la magicienne de prendre une décision. L'avenir de l'étranger était entre leur main, et la jeune fille voulait qu'il le sache.

A travers la fenêtre le soleil brillait haut dans le ciel, plusieurs heures avaient du s'écouler. La jeune reine pouvait dire adieu à sa pause, le travail l'attendait plus que jamais. Maintenant seule dans la pièce, elle fit un tour de la salle du regard où toute tension s'était maintenant dissipée, poussa un soupire de lassitude et se leva. Elle était la dernière personne du trio à sortir de la pièce, le visage crispé par les événements qui venait de se dérouler, la jeune fille retourna à son poste.
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Rencontre avec un roturier qui se veut extraordinaire.
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