Forum RPG médiéval-fantastique inspiré de la série Les Chevaliers d'Émeraude d'Anne Robillard
 

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 Un ordre naissant.

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MessageSujet: Un ordre naissant.   Sam 14 Mar - 19:30


Ce ne fut pas une surprise, devant une événement d'une telle ampleur - quoique l'on ne savait toujours pas si cet apparition de dragons était un vrai signe de mauvais augure - la coalition d'Enkidiev donna son aval pour la réouverture de l'Ordre des chevaliers d'Emeraude. Ilena s'y était préparé dès l'instant même où cette possibilité avait été mise sur le tapis... par elle-même. Mais l'ampleur de la tâche qui l'avait effrayée avant même qu'elle ne commence à s'en occuper ne fut rien comparé au travail qu'elle allait effectivement avoir.
Elle avait pensé à tout, tout du moins elle l'espérait. Maintenant que les missives avaient été envoyé dans chaque royaume pour lancer une recherche de personnages magiques dans tout le continent, elle allait devoir faire passer des tests à un nombre de personnes qui serait certainement incalculable. Peut être devrait-elle demander de l'aide à l'un de ses confrères ? Hm, moui, elle le devrait sûrement, mais elle n'en connaissait aucun suffisamment pour leur donner pleine confiance dans leurs choix. La jeune femme avait toujours eu du mal à donner sa confiance, mais sachant qu'elle devrait supporter les conséquences de chaque choix pris pour les années à venir, elle préférait que personne ne vienne empiéter sur ses projets et assumer l'entière responsabilité de la tâche.
Mais tout de même, combien lui fallait-il sélectionner des jeunes gens ? Elle avait étudié - ou disons, relu plus en détails les règlements et les manuscrits écrits par ses légendaires prédécesseurs qui avaient du gérer cet ordre. Voir comment ils organisaient leurs journées - plus généralement, elle essayait de trouver de quelle façon ils s'y prenaient pour gérer à la fois leur travail de magicien du royaume et celui de l'ordre - quels pouvoirs devaient posséder les chevaliers, comment le leur apprendre à différent niveaux de compétences, quels qualités devaient prédominer pour espérer forger de bons défenseurs du continent et bien d'autres choses encore. Toujours est-il qu'il lui fallait donc mettre plusieurs générations en place en un temps réduit car c'était un état d'urgence. Il leur fallait donc des chevaliers prêts à combattre au premier instant mais aussi former la relève. Ce qui signifiait, donner des cours de magie à trois niveaux différents, apprendre à chacun à contrôler son pouvoir, tout en leur inculquant les règles de l'Ordre d'Emeraude et vérifier leurs connaissances sur l'histoire et la nature de leurs ennemis. Au moins tout ça. Il y avait tout de même un point moins négatif, le maître d'arme du château et tous les soldats des environs s'occuperaient de la formation au combat tout en s'entraînant eux-mêmes.

Les messagers devaient juste être arrivés dans les royaumes les plus lointains que déjà des habitants d'Emeraude se présentaient à elle pour obtenir un entretien. Elle ne savait pas encore trop comment organiser ces recrutements et même où cela se passerait. Elle avait bien conscience que chaque tranche d'âge aller poser ses propres difficultés : les adultes arriveront avec de grands espoirs pour leur vie future et devront peut être retourner à leurs travaux après l'avoir rencontré et lui en voudront, les futurs écuyers auront la fougue de la crise d'adolescence - les jeunes adultes aussi avec un peu de chance - et il faudra savoir leur parler, et les futurs élèves ... comment dire, c'étaient ceux qui lui faisait le plus peur. Des gamins à peine sortis des couches, elle qui avait quitté les seuls enfants qu'elle avait connus dans sa vie à l'âge de six ans ... des gamins qui pleureraient, qu'il faudrait à la fois rassurer, écouter, avec qui il faudra se montrer patient et compréhensif ... et elle n'était déjà pas doué pour la moitié de ces choses. Enfin, il était clair qu'elle ne pouvait organiser pareillement l'accueil des adultes et des enfants.

Mais elle n'y était pas encore. Même si ça arriverait à une vitesse folle, il fallait aussi qu'elle arrête de se monter la tête sur ses journées futures et qu'elle gère ces préparations au mieux. Elle devait aussi prendre de l'avance en ce qui concernait son travail habituel si elle ne voulait pas prendre du retard par la suite. Bon sang, il allait vraiment lui falloir un collègue au royaume, il fallait qu'elle en touche deux mots à la reine...
Et en ce début de journée, elle allait devoir faire affaire avec l'homme qui leur avait remis ce message funeste venant de la côte. Ça n'allait pas être une partie de plaisir. A leur rencontre, le climat s'était rapidement dégradé entre eux. Cet ancien meneur d'hommes venu du désert avait un tempérament très dérangeant, à la fois fier, imbu de sa personne mais semblant posséder des connaissances intéressantes. Mais de quel irrespect il avait fait preuve envers la reine et elle, Ilena en était encore malade. Ce "Masa" voulait peut être faire croire qu'il n'avait pas la bienséance pour se tenir dans une cour, mais il avait pourtant un manière de parler très subtile pour un simple soldat, il allait falloir qu'elle vienne à bout de ce personnage pour décider si oui ou non il pourrait les aider plus efficacement qu'il ne les gênait.
Et malgré tout ce qui s'était passé depuis, la jeune femme n'avait pas oublié la façon bien particulière qu'il avait eu de lui faire des avances. Ses mots avaient été soutenus mais son regard... manquait cruellement de subtilité. En y repensant, elle en avait encore froid dans le dos. En même temps, il semblait si bourru... et agile, que s'en était dérangeant. Il avait déjà toute une vie derrière lui apparemment, si ce n'est eux, si elle avait bien suivi, il avait donc de l'expérience, mais quel âge avait-il vraiment ? Et puis, il avait beau leur avoir fait comprendre qu'il était là parce qu'il voulait rentrer dans l'histoire ou je ne sais quoi de semblable, son arrivée si prompt avait quelque chose d'étrange. N'était-il pas responsable d'hommes à Zénor avant tout ça ? Qu'est ce qui l'avait vraiment amené à tout quitter ?

Il était donc revenu à la cour ces derniers jours, apparemment Aren lui avait donné quelques permissions, et était venu à sa rencontre pour qu'ils reparlent de la "presque" proposition qu'elle lui avait faite et qu'il avait semblé prendre pour acquis. Elle lui avait donc signifié que les recrutements n'avaient pas commencé et qu'il devrait attendre comme les autres, mais à bien y réfléchir, plus vite elle se ferait la main, plus vite elle serait opérationnelle pour la suite et l'avait envoyé faire face au maître d'armes du château pour qu'il teste ses compétences en combat. Ce ne fut que sur un coup de tête qu'elle s'était décidée à venir attester ces compétences de ses yeux et les retrouvait donc dans la cour.
Elle n'avait pourtant pas grand chose à y faire ni à lui dire, elle garda donc le silence et resta en arrière le temps d'observer les hommes qui semblaient se préparer.
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Lun 16 Mar - 18:08

Volonté de puissance

Un silence presque complet et la pression cillait dans ses oreilles; la lumière pénétrait son être par rayons ondulant sur la surface, se multipliant circulairement autour de lui. Il ferma ses yeux un instant pour apprécier la sensation que lui procurait ce scénario qu'il avait attendu depuis longtemps : à Zénor, c'était de façon journalière qui se réveillait de la sorte, mais à l'auberge où il séjournait les dispositifs étaient très humbles. Masa fut donc heureux de pouvoir profiter des bains du château, le jour de sa convocation : plus tôt dans la semaine il était retourné au palais afin de rencontrer Ilena, mais cette dernière semblait trop occupée par les récents événements pour dialoguer avec lui, alors le nomade ne put que soutirer cinq minutes à la reine afin d'en apprendre davantage sur ce qui se déroulait, sur ce qui en était de lui. Il ne respectait pas vraiment les manières d'Aren, mais c'était sûrement réciproque : le guerrier n'avait pas l'habitude de se laisser accessible aux gens qui n'en valaient pas la peine. Malheureusement, afin de progresser dans sa quête il avait besoin d'elle, et ce fut donc convenablement qu'il se présenta à celle qui serait peut-être bientôt sa supérieure hiérarchique. Non, il ne pliait pas l'échine, mais il tâchait de ne pas l'humilier, sachant très bien qu'elle aussi était victime de sa fierté. Mä aurait nettement préféré la magicienne, car même si elle n'avait pas laissé signe d'appréciation en sa faveur, il lui reconnaissait une sagesse absente à la reine : elle ne tolérait pas les transgressions du prince secret, mais elle semblait voir en lui le potentiel qu'il avait tenté de dévoiler entre quelques répliques excessives. Et plus encore, l'entretien lui avait appris à mieux reconnaître la relation que les deux nobles entretenaient ensemble, et Maünh remarqua les subtiles regards d'exaspération qu'Ilena avait présenté paraître en réaction aux remarques cinglantes de sa supérieure immédiate; l'art de Masa était cru, mais criant de vérité, en certaines mesures, provoquant plus souvent la haine que l'acceptation de ce qu'il amenait par les manières qu'il choisissait. Évidemment, il faisait dans la provoquation.

Après un temps respectable, il sortit la tête de l'eau. Sa séance de méditation matinale tirait à sa fin et de toute façon la salle des bains commençait à être plus achalandée, ce qu'il n'appréciait guère réellement : certains aristocrates ne respectaient pas le confort que conférait le silence en ces lieux sacrés et Masa n'avait pas le désir de s'irriter de leurs conversations futiles. Il quitta donc promptement, laissant en spectacle son corps nu, quelques instants, aux membres de l'élite qu'il voulait choquer. Ses appartements étaient à proximité : après quelques nuits dans l'auberge, il avait semblé préférable au métèque d'accepter la première offre de la reine et de résider quelques temps au château, désireux de rencontrer ceux qu'il considérait déjà comme ses futurs collègues ou voisins. Après tout, même si la magicienne se devait de refuser ses services, rien ne l'empêchait de rester dans ce cercle venimeux, celui du prestige; déjà il avait rencontré un assassin et reconnaissait son talent. À deux ils pourraient probablement accomplir de grandes choses, nobles ou moins. Mais c'est à Ilena qu'il voulait prêter sa lame car il lui reconnaissait une puissance certaine et savait bien qu'elle pouvait l'aider à s'accomplir, à atteindre un potentiel qu'il ne se connaissait peut-être guère. Il n'avait pas envie de faire le mal, mais il le ferait si c'était la seule manière qu'il trouverait afin de s'affranchir des limites que l'être humain se voyait imposer.

Sa préparation était presque complète pour la journée : il avait bandé ses chevilles et ses tibias jusqu'aux genoux avec un ruban noir, le même qui couvrait ses poignets et le début de ses mains. Ses cheveux étaient attachés et on pouvait voir un foulard rouge torsadé sa couette. Quant à son habillement, Masa portait une de ses robes traditionnelles du Désert : quelques nuances de rouge, un tissu d'une qualité incomparable. Elle était composée en quelques couches rapiécées, donnant une allure un peu décrépite à l'objet, mais c'est bien cela qui faisait son élégance, selon le prince. Il n'avait pas réellement peur de déchirer quoique ce soit, c'était la nature même de son accoutrement. C'est ainsi qu'il quitta pour la cour où l'attendait le maître d'armes qu'Ilena voulait qu'il rencontre afin de tester ses compétences en combat. Un dénommé Godric, guerrier réputé au titre mérité. Sachant qu'il allait le combattre, Mä aurait bien pu l'observer pendant ses séances d'entraînement, mais il se refusa à cette possibilité, jugeant qu'il serait lâche de le faire, mais surtout car il ne croyait pas vraiment avoir besoin d'informations pertinentes à son sujet pour en venir à bout. Confiant quant à ses chances, il craignait tout de même l'échec, car après tout, si Émeraude avait un champion, c'était très sûrement lui : son échec à la cour le classerait donc au dessus de lui, ou dans la marre d'autres combattants qui se présentait au palais rêvant pouvoir prouver leur valeur au royaume entier. C'est ainsi qu'il arriva au lieu de rencontre.

Godric se trouvait au centre de ce qui ferait office d'arène. Déjà on pouvait remarquer la présence de quelques curieux qui s'étaient attroupés autour de l'homme, flairant quelque chose puisqu'il n'avait pas l'habitude d'être en armure, même lors de ses entraînements, et ce n'était pas l'endroit qu'il choisissait d'habitude. Le champion portait une cotte de mailles impressionnante, des épaulières, des genouillères mais des bottes souples. Son casque recouvrait complètement son visage lorsque sa visière était abaissée, ce qui n'était pas le cas à l'instant où Masa fit son apparition dans l'arène. Son air était solennelle, sa mine sereine et son esprit complètement occupé par les moindres gestes de celui qui se présenterait probablement comme un adversaire dans les prochaines minutes. Il tentait d'y trouver une réponse, de décomposer son énigme afin de prouver sa valeur de combattant. Son pas se fit plus lent jusqu'à un arrêt complet lorsqu'il fut à quelques pas seulement de celui avec qui il danserait la danse des condamnés. Mä s'inclina devant lui, politesse que lui rendit Godric : si le métèque ne saluait qu'une caste de malheureux, c'était celle des guerriers, car ils partageaient tous une triste fatalité, et que leur courage frôlait dangereusement la folie. « Masa, prince de Maëdja. » Le maître d'armes sembla surpris de cette présentation mais en fit de même; il était sans doute ébranlé par le titre de noblesse du nomade puisque « Maëdja » pour la presque totalité de la population du continent ne voulait rien. Le prince aimait le mystère.

« Bon matin, Masa. Heureux de faire votre rencontre; Ilena m'a convoqué afin de tester vos compétences, votre valeur au combat et votre étoffe de guerrier afin de vérifier si oui ou non vous êtes à la hauteur de ses attentes. Je vois que vous êtes armé d'une naginata. Ce n'est pas une arme facile à manier, nous allons rapidement découvrir s'il s'agit d'une parure ou si vous méritez seulement de la manier. Évidemment, ce combat n'en est pas un à la mort : je vous prierais donc de respecter les règles non-écrites d'un combat d'entraînement à l'amiable. »

Le prince acquiesça et détacha sa naginata de ses liens afin de se positionner convenable en vue de l'affrontement ultime. Godric esquissa un sourire à la vue des pieds de Masa que rien ne protégeait. Avait-il saisi pourquoi il en était ainsi? C'est que le nomade préférait avoir le pieds libre pour une meilleure préhension, que ce au sol ou sur son adversaire en cas d'acrobatie. Il ne reconnaissait pas les vertus de l'armure puisque chez lui, elle était en tout point un désavantage, à cause de la chaleur ainsi que de la réduction de la mobilité qu'elle imposait. « Allons. » Masa proposa cette formule afin de débuter la cérémonie, ce qu'accepta le maître d'armes qui aurait sans doute préféré l'autorité que procurait l'action de provoquer le début des affrontements. En tout temps le nomade désirait contrôler le rythme, et c'était la véritable raison de son agissement : il trouvait un moyen de déstabiliser Godric, et ce serait par la danse.

Le maître d'arme fonça sur Masa avec bravour, mais ce dernier savait évidemment qu'il n'avait aucune chance s'il embarquait dans ce type d'échange : il devait préserver la distance qui les séparait mais surtout, il ne pouvait guère le confronter en face à face. Il devait profiter de ce que lui offrait son arme mais surtout ce qu'il savait de la situation : si Godric continuait à mettre tant d'effort afin d'initier l'échange, il perdrait ses forces rapidement, portant un poids beaucoup plus lourd que Mä. De plus, son épée longue pouvant rivaliser avec la portée de Miüne, le nomade devait lui aussi réfléchir grandement avant de se commettre à une attaque. C'est pourquoi il décida simplement de prendre un pas décisif vers l'arrière au moment où son opposant s'élança pour qu'ainsi ce dernier fende l'air, après quoi le nomade ne fit que commencer à tourner autour de Godric qu'il avait fait son centre de rotation. Ce dernier ne saisie pas tout de suite la manœuvre et le prince décida de contre-attaquer pour cette raison, se propulsant dans les airs après une brève course avant d'envoyer sa nagina en diagonale vers le bas, ce qui surprit son adversaire sans le déstabiliser puisqu'il bloqua para le coup, ce qui eut pour effet d'envoyer la lame de la naginata frapper son épaulière, fendant l'armure par le fait même. Un peu de sang coulait sur sa cotte de mailles et les deux hommes s'arrêtèrent un instant : Masa ne sut pas tout de suite si c'était parce qu'il était aller trop loin ou simplement car il avait surpris Godric et ce dernier s'en voyait légèrement humilié. Il opta pour la deuxième réponse puisque ce dernier se remit en position de combat, dans un mouvement plus décisif que précédemment, ce que Mä interpréta comme un signe que le combat devenait de plus en plus sérieux. Godric envoya trois coups d'épée de suite à la verticale en direction du nomade qui les para tous, au même rythme, puis lorsque le quatrième s'achemina vers la cible du maître d'armes, Masa fut plus rapide et évita le coup, entendant la lame sciller près de son oreille. Tout de suite il se lança sur son adversaire mais l'homme en armures saisie la naginata – le plus grand défaut de cette arme- et cela eut pour effet de surprendre le danseur. Furtif, il prit sa main libre pour enlever le casque du guerrier d'un mouvement précis, puis effectua une rondade, toujours en tenant son arme, pour donner un coup de pied sur la mâchoire de son assaillant, ce qui eut pour effet de le déstabiliser, assez pour qu'il échappe son épée. Cependant, il offrit comme réponse au métèque un coup de poing dans le ventre assez puissant pour lui couper le souffre et le désarmer à son tour.

S'en suivit un événement intéressant : Masa tomba et et Godric se jeta sur lui afin de lui assener une série de coups puissants au visage, et bien que le prince secret en para la plupart, son visage ne pourrait tolérer la situation plus longtemps. Pour cette raison il se recroquevilla et avec la puissance de ses jambes il fit lever le maître d'armes et l'envoya au sol, près de sa propre tête. Mä se releva et cracha le sang qu'il avait en bouche, attendant que se relève également son adversaire. Celui-ci semblait complètement outré : « Enlever mon casque? Vous n'avez donc aucun respect pour l'art du combat? » . Il s'approcha de l'homme du désert et l'agrippa par son vêtement exotique, près du cou. Celui-ci ne se défendit pas mais soutint son regard, aucunement désireux de tomber dans l'arrogance que la cour lui connaissait désormais : « Le respect? L'art? C'est l'action de qui mène à tuer que vous décrivez ainsi? Le respect d'un adversaire n'est bon qu'afin de ne pas le sous-estimer, du reste cela vous mènera à la tombe. Et un art? Je vous en pris, si le meurtre peut un jour être nécessaire, il ne peut jamais être justifiable. Un art, non mais... » Tous deux prirent leur distance et Masa ne savait pas du tout comment réagir. Venait-il de perdre toute chance d'intégrer les rangs?
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Mar 17 Mar - 18:48


Elle vit donc l'étranger dégainer son arme et les deux hommes se mettre en position. Il n'y avait aucun doute dans le fait qu'il s'agissait d'un affrontement qui allait opposer deux techniques de combat. Ilena ne savait pas si Godric avait proposé un quelconque équipement à son adversaire, mais toujours était-il que l'un était couvert de métal de haut en bas alors que l'autre portait juste quelques tissus à l'allure reprisée et ses pieds étaient nus. La jeune femme se demandait réellement si Maünh Za avait refusé par pur orgueil ou s'il aimait simplement se battre comme ça, même si elle penchait vers cette seconde solution. Après tout, pour une telle armure, il fallait tout de même y mettre le prix et cet homme venait de la basse classe. Et puis vu le teint de celui-ci, sa peau devait être beaucoup plus en contact avec les rayons solaires qu'avec les plaques de métal et les côtes de mailles.
Par curiosité, elle avait aussi pris le temps de chercher le nom de l'arme qu'il utilisait. La connaissance était un véritable pêché chez elle, elle ne pouvait se résoudre à rester dans l'ignorance. La naginata - arme rassemblant des caractéristiques présentes chez l'épée double et la sabre - n'était pas une arme courante au royaume d'Emeraude et elle n'avait du avoir qu'un occasion ou deux d'en voir avant se rencontre avec le voyageur, l'une d'entre elles avait été un trophée de guerre exposée dans une salle d'armes. Mais par rapport aux gravures qu'elle en avait vu et des souvenirs qu'il lui restait, celle de l'homme paraissait quelque peu différente, même si elle possédait toutes les caractéristiques des naginata.

Godric lança la première attaque de front. Connaissant le maître d'arme plus de réputation qu'autre chose, Ilena se doutait que cette manœuvre servait principalement à tester la réaction de l'adversaire et le résultat fut plutôt probant puisque l'étranger leur fit la démonstration d'une belle esquive. Outre la présence d'une arme rare dans son dos, ce déplacement vif mais simple leur apprit qu'il n'était effectivement pas un débutant en la matière. Après tout, elle n'avait pas eu l'occasion de le voir à l'oeuvre dans la salle du trône à son arrivée, mais elle en avait eu vent. Pour une fois elle n'avait pas poussé le vice à aller glaner des renseignements auprès de la reine ou de n'importe quelle autre personne présente ce jour pour avoir leur avis, mais ce n'était que parce qu'elle était plus douée avec les livres qu'avec les être humains. Et puis après tout, cet homme l'avait suffisamment énervée pour qu'elle décide qu'il ne valait pas le coup de trop s'intéresser à lui.
Masa mit en place sa propre technique en commençant à tourner d'un pas agile autour du garde. Ilena ne se serait pas attendue à le voir utiliser des mouvements semblables car l'homme avait tout de même une stature assez imposante, mais cela ne semblait pas le gêner. C'est même à cet instant qu'il porta sa première attaque, aussi surprenant qu'un serpent en pleine extension.
La jeune femme avait gardé une certaine distance par rapport à l’arène improvisée, contrairement à certains badauds qui semblaient se retenir de scander en faveur de leur héros, mais elle était pourtant extrêmement concentrée sur leurs échanges. Elle ne s'était pas permis de s'adosser à un mur vu qu'elle avait appris à bien se tenir, mais gardait un pose plus décontracté qu'en réunion. Après tout, elle n'était pas le centre de l'attention ici. Mais lorsque l'attaque de Maünh toucha, elle ne put s'empêcher de se redresser et de se rapprocher. Avait-il réellement réussi à passer entre les protections du maître d'armes ? Cela était surprenant mais après tout, celui-ci n'avait pas eu à affronter tant de guerriers aux techniques si différentes depuis longtemps sûrement, mais il aurait dû se tenir plus aux aguets, ce qui était facile à dire en tant que simple spectateur.
Les deux hommes reprirent le combat après une courte pause et celui-ci se lança avec une combativité plus accrue. Godric fonçait toujours et feintait avec intelligence mais en put toucher son adversaire. Il réussit pourtant à lui tirer son arme des mains et sans trop comprendre la scène, Ilena vit le voyageur confisquer le casque du garde, le surprenant assez d'un même temps pour récupérer son arme et réussir à rouler en la gardant en main. Bien que ce ne fut pas le coup le plus décisif du combat, cet exploit impressionna la jeune femme plus que le reste. Bientôt les deux hommes entraient à nouveau en contact, Masa touchait le sol, réussissait à retourner la situation et on vit du sang pour la seconde fois de leur affrontement.

N'y tenant plus, Ilena était à présent aux côtés des intrus et s'apprêtait à intervenir. Elle savait bien qu'elle n'avait aucun droit de réaction, ce n'était pas son territoire, mais voir qu'un combat aussi court pouvait engendrer tant de violence ne lui plaisait guère. L'atmosphère entre eux devenait un peu trop tendue pour ce qui ne devait être qu'un test d'aptitudes. Godric était très à cheval sur les règles régissant son "art", ce que la jeune femme comprenait sans mal, mais encore une fois, la réponse de l'étranger lui parut plus dans le vrai, ou presque.
Il avait encore du sang au coin de la bouche et le maître d'armes semblait porter son épaule droite plus basse. Ils s'affrontaient à présent du regard mais la magicienne ne put dire s'ils étaient sur le point de reprendre le combat où ils l'avaient laissé. Ils étaient en tout cas assez remontés et elle ne put se résoudre à s'occuper de ses affaires.

Messieurs, il serait peut être temps que vous reposiez les règles à plat ou que vous fassiez une pause. dit-elle de là où elle se trouvait avant d'avancer dans leur cercle. C'était sa façon de s'annoncer auprès du garde qui pourrait ne pas apprécier son apparition dans sa zone de combat. Il était peut être d'ailleurs aussi insatisfait qu'elle le fasse de cette manière mais du moins, elle y avait mis les formes. Je vous prierais de m'excuser mais en arrivant ici je n'avais guère l'impression d'être témoin d'un simple test d'aptitudes et j'ai peur que vos talents guerriers à tous deux vous l'ont fait oublier, d'où mon intervention.

Il ne respecte pas la plus simple règle du combat ! Comment voudriez-vous que je réagisse devant un tel affront ?!
Énervé par la situation précédente, il ne fut pas prompt à lui faire une quelconque remarque mais à la suite de ses quelques mots, son regard laissait bien entrevoir qu'il n'appréciait pas de se faire sermonner par une personne qui n'avait aucun droit en cette place et qui plus est, par une femme plus jeune que lui ! Le sire n'était pas connu pour être plus misogyne qu'un autre mais les événements l'avaient peut être rendu acariâtre... Ilena, à présent à leur hauteur, ne se sentit pas à l'aise sous ses yeux mais elle n'était pas du genre à regretter ce qui avait été fait et décida d'accepter les conséquences dans une certaine mesure. Elle réfléchit l'espace d'un instant et lui demanda :
Aviez-vous pris le temps d'annoncer vos règles avant le début du combat ? Je sais bien que l'ignorance n'excuse pas tout - et de plus notre homme nous a presque avoué qu'il n'en aurait fait qu'à sa tête - mais peut être est-il possible que ces lois de "l'art martial" ne soient pas communes à tous les royaumes ...
Elle ne s'était pas privé pour jeter un regard lourd de sous entendus à l'étranger lorsqu'elle avait évoqué un éventuel manque de connaissances. La jeune femme était assez persuadée que ce n'était pas le cas, d'où sa réaction à son encontre. Mais l'observant, elle ne put que se rappeler des blessures qu'avaient subi chacun d'entre eux. Une fois calmés, peut être prendrait-elle le temps de leur proposer un quelconque soin...
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Dim 22 Mar - 1:55

Maünh resta bien passif lorsque Ilena fit son entrée; il s'attendait un peu à la voir ce jour-là, après tout, la magicienne ne pouvait qu'être curieuse de voir se construire devant elle l'Ordre qu'elle semblait mettre en place, d'un pas titubant, certes, mais avec une détermination qui palliait convenablement au manque de ressources évident auquel elle faisait face. Après tout, ce n'était pas qu'un simple regroupement de malheureux qu'elle tentait de rallier, c'était une institution prestigieuse qui s'était taillée un nom imposant dans l'Histoire, tellement qu'il était assez difficile pour n'importe qui de l'ère présente de concevoir l'ampleur de la situation.

Lorsqu'elle l'accusa du regard, Masa ne fit que s'en détourner pour mieux cracher au sol. Il se doutait fort bien qu'un tel comportement, surtout en temps d'exercice, ne serait pas le bienvenue, mais comment pouvait-il tenter de se démarquer si ce n'était par ce que la vie lui avait appris? Les chevaliers et les paladins ne vivaient pas aux endroits où l'on ne distinguait que deux saisons : la vertu semblait suivre le climat, ou enfin, la conception différait peut-être d'un endroit à l'autre. La magicienne termina son intervention rapidement et, ayant repris un peu de courage et de force, Godric s'approcha à quelques pas seulement du nomade, lui soufflant à l'oreille que le combat continuerait jusqu'à ce que l'un d'eux soit mis en échec, c'est-à-dire au moment où la vie de l'un dépendrait du bon vouloir de l'autre. Le maître d'armes chuchota probablement pour ne pas alarmer Ilena qui semblait très capable de mettre fin à cette confrontation si les deux hommes ne trouvaient pas un terrain d'entente qu'elle jugerait, elle aussi, juste et pertinent dans le cadre de l'exercice évaluatif. Mä acquiesça, lui qui ne se troublait pas face au mécontentement de son adversaire. Après tout, celui-ci s'était en quelque sorte vengé de ses manières en lui assenant quelques coups de poing féroces au visage. Au moment de constater son état, le métèque était toujours bien prêt à combattre.

Avant que Godric ne puisse amorcer la seconde partie de leur belliqueuse rencontre, Masa détacha le bâton de sa naginata pour n'en faire qu'une épée courte; sous sa robe se camouflait une blessure à l'épaule gauche qui compromettrait l'utilisation d'une arme à deux mains, il devait donc composer avec ce qui lui restait. Cependant cette partie de Miüne n'avait rien à envié à sa composition complète : l'épée courte permettait au guerrier du Sud d'attaquer de tous les angles, à l'instar de l'arme longue qui pouvait, comme l'expérience l'avait prouvé tout récemment, se retourner contre son maître et possesseur. Son assaillant n'eut pas l'air surpris ou enfin il n'en transmit rien à celui qu'il était venu auditionner. Tout était dans l'ordre pour le premier assaut qui par tradition fut lancé par l'hôte, plus prudent qu'à la première occurrence sans non plus tomber dans une sécurité absurde; Godric savait qu'il avait réussi à blesser son opposant et tenterait de lui rendre la tâche pénible. C'est donc avec un coup visant le flanc qu'il débuta l'altercation, coup qui fut dévié par un mouvement de lame de Masa, vif et précis qui mena même son adversaire à être débalancé par l'événement. Le Za ne put en profiter, ne disposant pas de la portée requise à une punition en bonne et due forme. Le candidat décida toutefois d'accélérer le pas, voulant déstabiliser le maître d'armes au moment de constater sa position dans l'arène. La condition physique du combattant de l'État n'était point déficiente, mais son équipement le restreignait à suivre ce que lui dictait Mä, et il s'agissait précisément de l'avantage dont il avait besoin. Sa disposition aux coups sournois était nécessaire à la complétion de ses actions, à une victoire à en devenir.

Ses techniques rappelaient vaguement le serpent, avec plus d'élégance peut-être que l'animal. Cet agir ne semblait pas digne de respect en ce royaume, et cela dépassait Maünh au plus haut point : fallait-il vraiment attaquer de face pour prouver sa valeur? Comme si l'issu d'un combat n'était déterminante que si un guerrier avait fait preuve de noblesse et qu'il n'avait rien caché à son adversaire. Dévoiler était trahir pour les gens du Sud et Masa participait activement au recouvrement de ses intentions, telle une tempête de sable. Gagnant en confiance, il décida d'affronter une fois de plus Godric, fondant sur lui à toute vitesse et lorsque se croisa le fer, Mä se prit de fantaisie et n'arrêta pas ses élans : à chaque coup percutant les lames, il tournoyant sur lui-même, mais à chaque fois sa lame atterrissait au bon endroit et à chaque fois il gardait son opposant bien en vue. Il s'y prit à quatre reprises avant de se reculer en souriant; beaucoup d'énergie y était passée mais cette méthode de provocation semblait fonctionner à merveille contre celui qui ne semblait pas avoir l'habitude de s'illustrer sous un autre registre que celui de l'étiquette cavalière. En reculant, Masa plaça sa main gauche dans son dos et dans un mouvement frénétique il balançait son majeur et son annulaire au creux de sa main afin de saisir le rythme du puissant fantassin. Lorsqu'il fut à peu près certain de l'avoir lu convenablement, il garda cette même main dans son dos, mais cette fois-ci levée, à la manière des mousquetaires. Godric accepta ce paradigme et se livra de la même façon à son adversaire. S'en suivit quelques coups rapidement et lorsque le nomade s'en fatigua, il recula un instant en faisant tournoyer sa lame, non pas par arrogance mais pour bien comprendre sa motion, son poids : c'était un rappel qu'il s'offrait puisque la situation ne le dépassait pas encore.

Quand viendrait donc le coup fatal? Il n'en fallait pas douter : après une erreur commise par l'un des membres du combat, puisque, dans le moment, aucune ouverture ne semblait possible et les combattants semblaient s'égaler en matière de compétence, au grand désarrois des deux hommes qui avaient d'abord cru fermement à leur supériorité individuelle. Les prouesses de l'un engageaient l'autre à en faire davantage, et en se relançant ainsi ils en étaient arrivés à une scène captivante qui faisait toujours plus de curieux – on pouvait compter autour d'une quarantaine de têtes à la cour et le chant qu'entonnaient ses bien pensants favorisaient certainement Godric. Cependant, une telle musique ne faisait qu'alimenter pareillement Masa qui se nourrissait bien sûr du manque de confiance en ses moyens de la part de ces inconnus. Tout était à prouver, à chaque moment, mais particulièrement à cet instant précis : Mä frappa puissamment sa lame sur l'épaulière déjà percée du maître d'armes, qui cria de douleur. Ce n'était pas l'endroit visé du métèque mais s'en fut la destination de Miüne. Son adversaire ne céda pas, profitant de cette prise pour débalancer le concurrent qui s'effondra presque aussitôt, par faiblesse, surtout. Il commençait à ne plus avoir l'énergie nécessaire à amortir les puissantes attaques du garde d'Émeraude. Au sol, il s'aida de ses mains pour se relever en un seul mouvement, mais Godric le prit par surprise en courant vers lui.

Au dernier moment, Maünh esquiva la première tentative sournoise de son adversaire; tous deux savaient pertinemment ce qui venait de se produire. « Échec. » La pointe de l'épée courte du nomade se trouvait sous sa gorge. Le silence gagna l'assemblée qui se dissipa, ne désirant offrir davantage de sources d'humiliation à leur champion. Au moment de constater leurs blessures, il fut sans équivoque celui qui s'en tira le mieux alors que le Za perdait son sang à une vitesse inquiétante, tellement qu'il s'effondra au sol lorsqu'il fut clair que la séance était levée. Le gagnant avait perdu conscience momentanément.
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Lun 23 Mar - 20:18


Lorsqu'elle avait accusé Maünh Za du regard, il s'était simplement retourné pour cracher un peu de sang. Ce geste rendit Ilena furieuse car tout ce qu'elle voyait dans ce geste, c'était un sentiment de dédain. Oh bien sûr, ce fier homme qu'il était n'avait pas détourné le regard parce qu'il savait qu'elle avait raison mais qu'il ne voulait pas le reconnaître, non, elle ne le connaissait que peu encore, mais avait déjà compris ça. Mais comment osait-il la dénigrer d'un façon aussi ...abjecte ?! Encore s'il avait s'agit de Godric, elle aurait compris, elle n'avait rien à faire ici à venir donner son avis, mais lui au contraire était quelqu'un de plutôt poli. Mais tout ce qu'elle comprenait là dedans était que l'étranger avait pris ses aises, qu'il n'en avait rien à foutre de sa présence et qu'il n'allait pas se rabaisser à suivre ses recommandations.

Et de toute façon, les événements suivants ne lui firent que confirmer ce qu'elle pensait. A peine avait-elle donné son avis sur la question que les deux hommes se firent des messes basses juste devant son nez et mimèrent leur intention e reprendre le combat. Furieuse, Ilena se retint de taper du pied comme une gamine et serra autant les dents que les poings lorsqu'elle quitta la zone de combat contre son gré.
En même temps, elle le savait d'avance qu'elle n'aurait pas du intervenir, elle ne pouvait s'en prendre qu'à elle-même. Mais à présent, sa seule envie était de les laisser se battre jusqu'à la mort s'ils le voulaient et de retourner à ses affaires sans perdre son temps à regarder la fin du combat. En plus, il n'était pas impossible qu'il dure sur le temps.
Elle se retourna tout de même vers eux une fois sortie de la zone. Masa semblait changer de tactique car il avait choisi d'utiliser la seconde fonction de sa naginata en retirant le long manche qui lui avait valu d'être désarmé au tour précédent. Mais malgré que cet argument soit suffisant pour expliquer ce changement, la jeune femme se demanda s'il n'y avait pas une autre raison, comme une possible blessure qui le gênait après s'être fait passé à tabac. En tout cas, elle avait beau observer, elle ne distinguait pas particulièrement de différence dans son maintien, ou en tout cas aucun qui aurait pu le gêner à garder l'épée longue ...

La magicienne se trouvait bien puérile de vouloir bouder ce combat qui promettait d'être assez épique, mais elle n'en décida pas moins d'aller voir ailleurs. Laissant les badauds se rapprocher, elle fit mine de repartir de là où elle venait, puis se ravisa en posant les yeux sur la réserve d'armes. C'était une bonne idée ! Cela faisait un bon moment qu'elle n'y avait pas mis les pieds et puis par curiosité, elle aurait bien voulu voir si celle-ci exposait aussi des naginata. C'aurait été étonnant, vu qu'on y trouvait principalement des épées de toutes tailles, poids et formes, vu qu'il s'agissait de l'une des armes les plus courantes, mais après tout, l'arme de cet homme du désert n'en était-elle pas une aussi ? Bien qu'elle savait qu'elle se ferait sermonner bien comme il faut par n'importe quel connaisseur, pour elle, tout ce qui possédait une lame faisait partie de la famille des épées !
Elle se dirigea donc vers la salle et y entra, le regard empli de curiosité.
La réserve était non loin de la zone de combat, ce qui était plutôt logique et surtout bien plus pratique pour la garde, aussi bien qu'elle avait du passer non loin de la bataille pour y accéder, mais elle s'était retenue d'y jeter un oeil. Enfin, elle avait tout de même eu le temps de remarquer que l'un deux essayait de donner un rythme plus soutenu à l'échange.
Par habitude, elle se dirigea de suite dans le coin où reposaient les produits manufacturés sous forme de lances, car elle savait qu'il s'y trouvait aussi quelques bâtons de combat. C'était en fait le type d'arme qu'elle magnait. Bien qu'elle n'était pas une combattante dans l'âme, on lui avait enseigné quelques cours lors de son apprentissage et on lui avait naturellement mis cette arme dans les mains. C'était la plus adaptée aux magiciens et jeteurs de sorts, il parait. En tout cas, ce fut effectivement celle qu'il lui fallait. Disons qu'elle n'avait pas l'air très douée pour répartir le poids de son corps pour l'utilisation d'une arme à une main et manquait de coordination pour utiliser des armes doubles, à moins qu'elle n'ait simplement manqué d'entraînement. Du coup, un bon bâton, qui équilibrait lui-même son poids dans chaque mouvement - tout de moins quand il était équilibré et que l'on savait le manier - c'était bien adéquat !
Elle saisit en main celui qui attira le plus son oeil, son petit préféré : manufacture en bois dur et de teinte foncée - il s'agissait certainement de noyer - produit en torsade et présentant un globe de métal de la taille d'une paume à chaque extrémité : un arme pour cogner bien fort sous le menton des adversaires ! Elle la prit un main et en caressa le bois lissé. Peut-être avait-il été travaillé pour avoir cet aspect, peut être avait-il juste était usé par son utilisation, mais Ilena penchait pour la seconde solution, autant par romantisme envers cet objet qu'elle admirait que par son oeil plutôt habitué à analyser les détails.

Elle fut sortie de ses contemplations par un cri qui avait l'air d'être aussi surpris que douloureux. Ne pouvant se résoudre à rester sans réaction face à ça, elle sortit de la réserve d'armes et se tourna vers la zone de combat. Le temps qu'elle arrive à distinguer ce qui se passait entre deux curieux qui semblaient devenus bien silencieux, elle ne put que constater la chute de Maünh Za.
Là, il ne fut plus question pour elle de râler, de lancer une quelconque remarque sur le fait qu'elle avait eu totalement raison d'intervenir auparavant vu dans quel état ils étaient, car elle était beaucoup trop sérieuse quand il s'agissait de venir en aide à des gens.
Elle écarta d'une main ferme les personnes qui se trouvaient sur son passage et regagna la zone d'affrontement. Godric était en train de se relever comme il le pouvait - il semblait vraiment épuisé et embarrassé dans son armure un peu cabossée - mais Masa semblait bel et bien évanoui. Ilena accorda un brf regard au maître d'armes et alla examiner l'état de l'étranger. Il n'était pas couvert d'égratignures de partout, mais les plaies qu'il avait, petites ou non, laissaient écouler pas mal de sang. Il n'y avait plus qu'à espérer qu'il ne fasse pas de l'anémie parce que dans ce cas, il lui faudrait plus d'énergie que d'habitude pour le guérir. Soupirant, les sourcils froncés, elle prit tout de même son pouls et lança à la foule :
Apportez de quoi le transporter au lieu de rester là ! Reprenant pour elle plus que pour les témoins, son ton se fit plein de reproches. Ces hommes ... ils ne savent jamais quand s'arrêter ! Tout ça pour quoi, hein ? Elle haussa à nouveau la voix et s'adressa au maître d'armes en lui accordant un oeil plus attentif : vous semblez en meilleur état que lui, je vais donc m'occuper de ses soins et je viendrais peut être vous proposer mes services par la suite.

Qu'il réponde ou non, elle ne prit pas le temps de l'écouter. Déjà des gens du château cherchaient à déplacer l'homme à terre et elle dut les apostropher pour qu'ils comprennent qu'on ne devait pas bouger quelqu'un si l'on n'était pas sûr de l'état dans lequel il se trouvait. Un peu plus et ils auraient pu lui causer un traumatisme qu'il lui aurait été difficile de réparer en peu de temps ! C'est donc une fois qu'elle les avait écarté qu'elle demanda à ce qu'on lui fournisse une paire de ciseaux. Elle n'était pas chirurgienne mais possédait des dons de magie qui pouvait sauver des vies et elle voulait faire les choses comme il faut.
Ne se demandant pas une seconde si l'homme allait être furieux ou non qu'on lui ait découpé sa tenue préféré, elle se servit du ciseau pour pouvoir visualiser la peau du blessé et jauger un peu mieux des dégâts. Et puis d'abord, c'était sa faute à lui aussi s'il était dans cet état, et encore plus s'il portait une tenue qu'elle ne chercha pas à connaître pour la retirer correctement. Et c'est sans plus de cérémonie qu'elle posa sa main sur le torse de l'étranger et qu'elle commença ses soins. Une douce lumière émergea autour de sa main et elle ferma les yeux pour se concentrer. Elle n'était pas capable de visualiser les endroits touchés dans sa tête, mais elle sentait plus facilement de cette façon si le travail était terminé ou non. Après quelques instants, elle rouvrit les paupières et le temps que sa vision se rétablisse, Ilena comprit que la civière était arrivée. Elle avait les idées moins claires à présent, cela irait peut être jusqu'aux vertiges, mais ça ne durait jamais longtemps quand les soins n'étaient pas trop conséquents. Toujours est-il qu'il ne s'était pas réveillé à la fin, mais ce n'était pas inquiétant pour autant, son corps et son esprit avaient sûrement besoin de repos.

Vous allez pouvoir le transporter, mais je ne sais où il nous faut l'emmener...
Peut être dans l'aile de la garde royale, pour faire comprendre à Godric qu'il lui devait un service après l'avoir amoché autant pour un simple test. Mais y avait-il seulement une chambre de disponible là bas ?
L'un des serviteurs qui aidait à mettre l'homme sur la civière lui vint en aide.
Il loge au château depuis peu, ma dame, on pourrait l'y conduire.
Ilena n'en croyait pas ses oreilles ! Comment ça il avait une chambre au château ?! Comment avait-il obtenu ça encore ?! Bon d'accord, il était déjà arrivé que l'on héberge des messagers au château avant leur départ, mais celui-là n'était même pas un émissaire royal et en plus il n'avait plus de mission à terminer à leurs côtés ! En tout cas, toujours pas officiellement. Décidant de laisser ça de côté, elle acquiesça à cette idée et suivit les porteurs.

Il n'avait normalement plus besoin d'elle à présent et peut être juste besoin de repos. Il se trouvait même qu'il allait ouvrir les yeux d'un instant à l'autre, mais elle préférerait s'en assurer. C'est sur cette constatation que la jeune femme se dit que sa bonté allait la perdre un jour, ou qu'en tout cas, elle perdait son temps à force d'aider ceux qui en avaient besoin au lieu de s'occuper de toutes les affaires qui l'attendaient.
Une fois que le blessé fut installé sur son lit, elle s'installa sur un tabouret trouvé là et se permit de décompresser. La fatigue la gagnait à présent.
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Mar 24 Mar - 1:23

Masa n'avait qu'eut le temps de constater la plus grave de ses blessures : ses doigts avaient palpé son épaule et il sentie une douleur strident parcourir son être. Un vif coup d’œil lui confirma qu'il s'agissait bel et bien d'une plaie ouverte provoquée par la lame de Godric dont il n'avait pris conscience jusqu'à cet instant précis. Le sang perlait sur sa paume comme sur son torse et le métèque sentit son corps l'abandonner, ses battements de cœur avaient déjà ralentis et avant même qu'il ne puisse se rendre compte qu'il tombait, ses yeux s'étaient retournés. Sa carcasse percuta le sol violemment dans sa chute et un peu de terre releva dans l'air. Soudain, les curieux qui avaient déjà quitté la scène revinrent sur les lieux puisqu'il semblait y avoir encore de la souffrance à apprécier, en tant que spectateur bien sûr. Puis, la magicienne qui avait quitté les lieux tôt fit son apparition et s'occupa elle-même du blessé, dans toute sa vulnérabilité. On le renvoyait à sa chambre...

À son réveil, le nomade ne bougea pas d'un poil. C'était dans ses habitudes de rester le plus furtif possible en telle position, puisque dans ses différences aventures dans le Désert, il ne pouvait se permettre de se faire repérer, surtout dans une position de vulnérabilité suivant le sommeil. Il entrouvrit ses yeux, assez pour percevoir la magicienne à ses côtés, les rayons du soleil plongeant sur son visage et dessinant son profil assez pour faire apparaître ses traits délicats, étincelants à cet instant. Son nez n'était pas tellement fin, mais il plaisait au nomade, légèrement retroussé et arrondi. Il pensa à cet instant qu'elle devait être très mignonne, plongée dans le froid, avec les teintes rougeâtres qui pourraient ainsi apparaître à l’œil attentif. Et que dire de ses lèvres? Invitantes, dans leur rondeur parfaite. Humectées elles devenaient irrésistibles, surtout pour Masa qui ne savait refuser les invitations fréquentes de ses désirs. Pourtant, sa respiration à l'instant de reprendre conscience était haletante, alors au lieu de la percevoir sous ses charmes et par le voile de la convoitise, il l'accepta un moment pour le sens maternel dont elle faisait preuve. Après tout, il y avait probablement une infirmerie au château, et elle aurait très bien pu le laisser aux soins de ces gens compétents, mais Ilena semblait avoir décider de l'accompagner et de veiller sur lui. Bien qu'il n'avait pas encore communiqué, il en était reconnaissant et son masque avait tombé.

Timidement, il approcha sa main de celle de la magicienne et la saisit doucement lorsqu'elle fut à portée. Mä ne voulait pas l'effrayer, mais il désirait lui faire part de sa gratitude. « Et nous voilà encore tous les deux... Je commence à croire que vous ne sauriez vous passer de mes propos cinglants. » , chuchota-t-il, d'un air naïf mais soucieux, et pour une fois son sourire ne révélait pas d'intentions tordues, il était bien sincère. Il sentit une légère résistance puisque, évidemment, ce contact ne devait pas plaire à celle qui l'avait vraisemblablement soigné. « Merci, Ilena. Je me doute bien que vous êtes derrière ce travail de maître et cela me touche énormément. » Il lâcha prise par la suite, ne désirant pas retenir la magicienne dans ses mouvements. Sans prétention, le Za savait bien que son comportement devait être déstabilisant, pour ce qu'il avait présenté jusqu'à cet instant. Mais la demoiselle était entrée dans son intimité, et il ne savait qu'offrir le confort lorsqu'on pénétrait dans cette zone autrement inaccessible. Un léger silence plaisant gagna la pièce et à cet instant Masa tenta de se relever, afin de s'asseoir pour pouvoir discuter avec sa garde-malade, tentative qui s'avéra un échec à cause des douleurs musculaires qu'entraînèrent le mouvement pourtant très routinier. Il comprit alors que sa récupération n'était pas complète et qu'il aurait avantage à rester calme dans les jours à suivre. De toute façon, son sort se trouvait plutôt littéralement entre les mains de celle qui l'accompagnait dans ce moment de fragilité.

À sa deuxième tentative Maünh réussie à se redresser et lorsqu'il fut bien installé, il toussa un peu, ce qui eut pour effet de ramener à la surface cette douleur presque insupportable. Le nomade se tourna et constata qu'on avait pris soin de ramener Miüne, comportement irréprochable à adopter envers un guerrier qui s'était effondré. Il commençait d'ailleurs à réaliser pleinement la situation dans laquelle il se trouvait; sa robe tombait plus qu'à l'habitude et à ce moment il constata qu'on l'avait coupé, ce qui le fit sursauter légèrement. Mä ne laissa pourtant pas sa réaction l'emporter puisqu'il comprit entre-temps la raison de cette entrave à l'esthétisme. Un soupire subtile transgressa le silence mais l'occupant des lieux ne fit qu'ouvrir un tiroir de sa table de nuit pour y sortir une aiguille. Puis, il tira de son vêtement un long fil qui ne devrait pas détruire le vêtement afin de réparer la bévue. Cependant, il n'était pas très à l'aise à cet endroit : après tout, pendant l'entièreté de son séjour, il n'avait pas dormi dans son lit. C'est à même le sol qu'il trouvait le sommeil, car le confort de la noblesse ne lui plaisait guère et qu'il s'agissait pour lui d'un rappel sur les dangers du matériel. Il voulait se sentir chez lui, il voulait se dorer la peau au sommeil. C'est pourquoi il fit mine de quitter le lit en approchant sa main de l'épaule d'Ilena. « Vous permettez? J'aimerais bien que l'on s'entretienne sur le balcon, je m'y sentirais mieux, je crois. » Et avec l'aide de son interlocutrice, ils se rendirent à l'extérieur où les attendaient un banc bien confortable. Ainsi, ils ne pouvaient être face à face, mais c'était une disposition qu'appréciait Maünh : un paysage angélique accompagnerait une discussion probablement intéressante, même s'il se doutait que la magicienne n'aurait pas de compliments à lui faire. Une fois installé, il retira la robe, ne laissant que son pantalon le couvrir; cela était loin de lui déplaire, Mä adorait la sensation du vent percutant sa peau révélée. Il se mit donc au travail, rapiéçant le vêtement qui était déjà composé de différents morceaux. L'étranger n'était pas doté d'un talent particulier pour la couture, mais il savait se débrouiller. Ses compétences en artisanat lui venaient à peu près toutes de sa mère qui lui avait enseigné la débrouillardise à plusieurs niveaux avant de le laisser à cette vie.

Le guerrier ne savait pas comment interagir avec Ilena : son profond manque de subtilité avait peut-être franchi les limites que la magicienne était prête à pardonner. Après tout, il transgressait souvent. C'est qu'en fait il prônait la destruction de ce qu'on établissait avant de rétablir les choses sur des bases plus spontanées. Une révolte qui se transposait dans plusieurs éléments de sa vie. Cependant, il ne s'en excuserait pas. C'était sa formule traditionnelle afin de tester ceux avec qu'il aurait à passer un moment de sa vie. Peut-être n'était-elle pas nécessaire, mais elle s'était démontrée effective par le passé et il ne connaissait pas autre chose. « Cela pourra vous paraître invraisemblable, mademoiselle, mais sachez que c'est la première fois qu'il m'est permis d'investir des appartements, et je ne vous parle pas du luxe qui se retrouve dans ceux-ci, mais la simple présence d'un lit est nouvelle pour moi. Les Zas ont été beaucoup de choses, mais ils n'ont jamais été les bienvenues, ni à Zénor, ni chez les différentes tribus du Désert. D'un côté ils représentaient la sauvagerie, et de l'autre la civilisation. La tragédie résidait dans l'inversion des deux perspectives qui ont rendu impossibles l'accueil de notre peuple en terres du Sud. Avec deux de mes confrères, nous sommes les seuls à avoir obtenu la citoyenneté à Zénor, et malheureusement avec nous s'éteindra l'Histoire de notre communauté. » Il toussa légèrement et reprit aussitôt : « Le fait est que je n'ai jamais connu une vie arrêtée, même lorsque j'occupais le rôle de capitaine. Et même là, le sacrifice de ma liberté ne m'a jamais semblé en valoir le coup : nous assurions la sécurité des navires, mais ce n'était que pour une société marchande ingrate et non pas pour un peuple honnête et soucieux. Après avoir dirigé les opérations des Zas, le sentiment de devoir assurer l'avenir d'autrui m'a toujours manqué. Vous savez, j'axe beaucoup mes propos sur ma personne, mais c'est que je crois fermement en mes capacités de rassembleur. Je vous ne demande pas de me faire confiance, j'avais simplement envie de vous offrir un peu de perspective sur cet étrange type du désert qui est venu tout foutre en l'air. » Et il regarda le ciel comme on regarde l'avenir : avec inquiétude, mais dans un mystère rassurant qui n'en finirait jamais de finir.
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Mar 24 Mar - 14:03


Les coudes posés sur les genoux de manière peu aristocratique, Ilena se tenait l'arrête du nez comme pour retenir sa tête de tomber. Elle savait bien qu'après chaque soin elle était assaillie par la fatigue. La meilleure solution d'y remédier était de manger un peu, tout d'abord des ingrédients sucrés pour remettre du punch et ensuite amener un peu de vitamines. Elle avait donc une certaine hâte à ce qu'il se réveille pour partir d'ici et aller manger un morceau. Elle retint un bâillement et sentit quelque chose lui toucher la main. La jeune femme releva vivement la tête mais n'eut pas le réflexe de retirer sa main. Ce contact n'avait été qu'un frôlement au départ, elle ne s'était pas posée de questions.
Mais à cet instant, c'était bien Maünh Za qui lui tenait la main. Se rappelant le toupet qu'il avait eu à lui faire des avances à leur rencontre mais aussi de la façon dont il l'avait dénigré à la zone de combat, Ilena voulut retirer sa main mais lorsqu'elle croisa son regard, elle ne sut plus vraiment comment réagir. C'était étrange, il avait l'air à la fois plus vieux et plus fragile, elle ne lui avait jamais connu cette expression. En même temps, elle ne l'avait rencontré que trois fois, mais cet homme était tellement atypique qu'elle n'avait pu s'empêcher de l'analyser à chaque instant. Elle ne se serait pas attendue de le voir dans une telle situation de vulnérabilité. Malgré elle, la jeune femme se laissa attendrir et en oublia presque sa rancœur.

« Et nous voilà encore tous les deux... Je commence à croire que vous ne sauriez vous passer de mes propos cinglants. »

Sa voix n'était pas vraiment la même que d'habitude non plus, mais malgré son état, il continuait tout de même à faire des réflexions douteuses. Bien qu'en cette situation, ses propos sonnaient à la fois ironiques et doux. Ilena leva les yeux au ciel mais se contenta de rester silencieuse car il n'avait pas insisté de son côté. Il alla d'ailleurs jusqu'à la remercier très sincèrement de son aide. La jeune femme ne faisait pas étalage de ses dons en aidant les personnes autour d'elle pour avoir une quelconque reconnaissance, mais cela mettait toujours du baume au cœur d'entendre des mots gentils.
Quand il relâcha sa main, elle se redressa distinctement sur son siège de fortune pour reprendre une certaine contenance. Elle ne pouvait simplement pas rester avachie sur elle-même devant quelqu'un et surtout pas face à un inconnu, ce n'était pas ... enfin, elle était irrécupérable de ce côté là.
Bien sûr, ce contact l'avait gênée. Elle n'était pas du genre à se laisser toucher par les gens et le fait que ce soit cet homme n'aidait pas à dissiper ce sentiment. Malgré ses mains usées et donc pas forcément agréables au premier abord, il avait été délicat. Et puis de toute façon, il n'y avait pas à polémiquer sur ce simple contact, hein.

Ilena pensa qu'elle allait prendre congé et partir au plus tôt, mais ce malin de blessé eu la bonne idée de lui montrer le peu de jugeote qu'il avait en essayant de se relever si tôt après son malaise. Avant même qu'elle ne s'en rende compte, elle avait bondit de son siège pour l'arrêter dans son mouvement. Bon sang, mais quel idiot. On prenait de la sagesse avec l'âge il paraissait, mais ce n'était peut être pas le cas de tout le monde.
En fait, ce n'était pas vraiment son malade qui l'énervait, mais plus le fait qu'elle ne pouvait s'empêcher de s'occuper de lui alors qu'elle l'avait déjà soigné et qu'il ne lui restait donc plus qu'à prendre du repos. Il était majeur, il n'avait pas besoin d'une nounou ! Enfin, il n'aurait pas du en avoir besoin ...
Sur cette dernière pensée, elle décida donc de bien le laisser faire ce qu'il voulait, mais elle n'allait juste pas s'attarder.

Quand il essaya à nouveau de bouger, elle resta donc à le regarder d'un air réprobateur. Son visage se crispait et il laissait entendre des sons qui transparaissait la douleur qu'il devait sentir. Les pouvoirs de guérison n'était pas un remède à tout pour autant, et bien qu'elle aurait peut être pu l'aider encore un peu - mais en sacrifiant un peu trop de son énergie - elle n'en fit rien. Quelques courbatures n'étaient pas grand chose ... et il les méritait.
Une fois installé, il sembla se rendre compte des dégâts qu'elle avait fait sur sa tenue. Le tissus fendu laissait entrevoir son torse et Ilena le remarqua pour la première fois d'un regard de femme. Elle détourna alors un peu trop vivement la tête alors qu'il s'apprêtait avec sa table de chevet d'où il sortit de quoi recoudre son vêtement. Mais il était bien visible qu'il ne se sentait pas franchement à l'aise, il gigotait un peu trop. En même temps, qui aurait été à l'aise à faire de la couture assis dans un lit et portant encore l'habit à rapiécer ? Il finit alors par lui demander son aide pour pouvoir se lever. La jeune femme soupira devant un malade aussi peu conscient de lui-même et lui prêta main forte, essayant de continuer à réagir comme elle se l'était dictée.

Elle l'aida à s'installer sur le banc disposé sur le balcon et après une hésitation, elle s'installa à côté de lui. Il n'avait pas eu de réaction signifiant qu'il attendait son départ et semblait même l'inviter à passer du temps en sa compagnie. Peut être attendait-il qu'elle reste pour s'assurer de son état de santé ou qu'il avait compris qu'elle ne voulait justement pas le laisser par pure conscience professionnelle. En tout cas, la situation n'était pas claire. Mais elle resta et n'ayant toujours pas dit grand mot, elle était également étrangement silencieuse, trop dans ses propres pensées pour trouver quoi lui dire.
La situation suivante ne l'aida pas. Ce n'était pas qu'elle était puritaine ou quoi ce se soit, mais elle commençait à trouver déplacé le fait de se trouver dans la chambre d'un inconnu alors que celui-ci n'était habillé que de moitié. Il était clair qu'elle n'était pas décontracté et gardait le regard devant elle. Ce n'était qu'au moment où il commença à parler qu'elle se permit de tourner la tête pour observer l'étoffe qu'il entretenait. Elle était certes usée et avait été recousu de nombreuses fois, mais elle fut étonnée de constater que le tissus n'en était pas pour autant de mauvaise qualité. Elle l'écoutait songeuse et finit par s'introduire dans la conversation.

On ne peut dénigrer le fait que vous vous mettez en avant, il est clair que c'est quelque chose qui semble important pour vous, lança-t-elle sur un ton totalement détaché. Je finis par me dire que c'est dommage, vous faites le fier mais vous vous sentez toujours obligé de vous justifier, c'est assez contradictoire.
Elle ne fit pas effet de l'Ordre ni de quoi que ce soit d'autre d'important pour la suite. Elle n'avait pas commencé à faire passer ses entretiens et ne pouvait décemment pas dire si elle trouverait une centaines d'hommes et de femmes plus aptes que lui à adouber. Mais il était clair dans sa tête que tant qu'elle n'aurait pas statufié sur tout cela, ces affaires ne le concernaient pas. Elle reprit donc sur la même lancée, se permettant une question indiscrète pour prouver son intérêt :
Vous ... êtes tristes à penser que vos enfants ou ceux de vos anciens compagnons ne seront pas des Za ? Sans trop savoir s'il allait répondre, elle se permit de caresser un bout du tissus entre ses doigts pour en tester la texture. C'est une belle étoffe en tout cas ...
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Mer 25 Mar - 19:50

Masa n'avait rien d'un couturier de renom, mais sa dextérité compensait largement pour les manquements liés aux techniques qui lui étaient inconnues. Sauf à cet instant où ses mains tremblaient tellement il était faible. C'est pourquoi malgré la discussion plus ou moins sérieuse il ne pouvait s'empêcher d'afficher un sourire, conscient de ce qu'il démontrait à la magicienne et à lui-même. Au moins il faisait du progrès, lentement. Bien que le nomade la refusa longtemps dans sa vie, la patience s'était frayée un chemin de force et bien qu'il réussissait péniblement à la combattre en temps normal, il devait l'accepter vu son indisposition, c'était ainsi. Il fut d'ailleurs un peu surpris de l'intervention d'Ilena, non pas qu'elle sortait de l'ordinaire mais bien parce qu'elle était précise, et qu'en toute circonstance elle paraissait juste. Cela fit réfléchir l'étranger qui n'avait pas pensé à la question, lui qui toujours s'offrait spontanément à son auditoire. Alors, pourquoi livrait-il donc autant d'assurance en un moment et en un autre il se sentait dans l'obligation de se justifier? « Déjà vous semblez avoir compris que je n'ai pas de mal à m'affirmer et qu'en cette mesure oui, je suis bien fier. Cependant il y a une distance à percevoir entre l'objet de ma fierté et celui que je présente aux gens. Je ne suis pas fier d'être capable de courtiser, je ne suis pas non plus fier de mes talents de combattant – même s'ils se sont encore une fois avérés à la hauteur -; je ne considère pas les autres comme des êtres humains inférieurs, à l'instar de ce que vous pourriez croire. Déjà, je ne fais pas l'erreur d'être centré sur moi-même mais d'oublier les autres, loin de moi cette idée saugrenue. Non, je vais vous le dire, je suis fier d'affirmer ce que j'ai pu réaliser au sein d'une communauté, des sourires que j'ai pu voir se tracer, et je crois que la meilleure façon pour moi d'aider mes semblables, c'est d'utiliser mes qualités de rassembleur. Vous pouvez critiquer mes manières, mais vous pouvez difficilement nier qu'en tant qu'élément perturbateur, j'ai uni nombre d'entre vous sous mon discours. Maintenant, je ne justifierai pas mon comportement en son tout... ce serait bien difficile. Pour ce qui est du besoin de clarifier mes pensées, c'est que je crois que si quelqu'un veut se voir accorder de l'importance par ses camarades, il doit être en mesure d'expliquer pourquoi à chaque instant, et c'est ce que je vise : que l'on voit en moi un premier de fil à chaque fois que l'on me voit. »

Mä se rendait bien compte de la distance qu'il y avait entre Ilena et lui : cette distance, il avait grandement participé à la construire. C'était un peu ambiguë comme rencontre, autant dans son contexte que dans la discussion elle-même, comme si les interlocuteurs, de peine et de misère, tentaient de lier leurs mondes l'espace d'une conversation. Chose difficile par le manque de proximité de leur vécu. Où ils semblaient se réunir toutefois était dans l'investissement émotionnel; si leurs opinions différaient souvent en toute vraisemblance, chacun réagissait à partir du cœur et voilà ce que le nomade trouvait de bien en la magicienne, car elle avait beau se comporter avec professionnalisme en paroles, ses réactions étaient presque toutes dictées par son sentiment. Voilà la différence entre un dirigeant et un meneur, sa capacité à ressentir émotionnellement la vérité de ce qu'on pouvait prouver par la raison. C'était pour Masa la seule façon de se convaincre du bien-fondé de quelconque entreprise.

Le nomade avait du mal à préciser sa pensée et l'on pourrait remarquer quelques hésitations marquées dans son discours, ne sachant pas trop comment s'y prendre, confronter à son besoin de se justifier, ironiquement. Mais ce fut réellement ce qui suivit qui établie une différence marquée dans la conversation : Mä ne s'y était pas attendu il ne s'était que très rarement fait répondre lorsqu'il parlait de son passé, de sa tribu. Il fut heureux et surpris de l'intérêt que porta la magicienne à la conversation, toutefois sa question vint susciter en lui de fortes émotions. C'est pourquoi il resta silencieux tout d'abord, ravalant sa salive, les yeux plissés. Il avait réagi intérieurement à deux moments en ce question, le premier étant la partie portant sur les enfants : évidemment qu'il avait réfléchi à la question après son retour à Zénor, mais le contexte ne s'était jamais prêté à un tel projet. Bien sûr Masa avait aimé des femmes et de toutes les façons, mais jamais la situation avait semblé propice, puis la possibilité s'en était allé avec ses amantes. Lui était avant tout amant de la liberté, et c'est pourquoi il n'avait jamais fait le pas et probablement pourquoi il n'avait été capable d'entretenir une relation durant plus que quelques années. Puis la fin des Zas...

Les souvenirs se propulsèrent à travers sa mémoire et Masa fut happé de souffrance face au terrible dessein des siens. « Je ne crois pas, au final. Il est certain que j'ai connu toute la signification de l'amour avec les miens, mais la misère nous a toujours suivi, fléau accablant. Fut une époque où nous disposions d'installations, de campements plus ou moins fixes pour ceux qui ne pouvaient pas se déplacer ou qui devaient s'occuper autrement qu'en traversant le Désert afin de subvenir à nos besoin. Les médecins, les vieillards, les enfants... Un jour nous revenions de mission et il fut remarqué que l'éclaireur couvrant la zone Est du campement était mort. Nous avons donc craint le pire, et en se précipitant vers le campement, nous savions que nous faisions face au pire: les flammes dansaient sur le camp de la mort. Les médecins, les vieillards... les enfants. Les guerriers qui étaient restés pour surveiller les alentours furent décimés également, n'ayant rien pu faire devant un assaut aussi violent envers notre peuple. À cet instant beaucoup des survivants abandonnèrent la vie et se contentèrent de marcher, et de marcher jusqu'à ce que la mort viennent les chercher. Peu d'entre nous cherchèrent l'espoir, mais nous avions le désir de vivre, et c'est sur sa présence que nous comptions. Quant à la nature de cet acte de terreur, il ne nous ait jamais été donné de la découvrir; quelques pistes seulement nous ont poussé à croire qu'il s’agissait d'assassins de Zénor envoyés par des marchands influents de Zénor, croyant peut-être à la sédentarisation des Zas, ce qui aurait été dangereux pour les affaires. »

Le nomade, n'en faisant qu'à sa tête, décida de se lever pour aller chercher sa naginata; cette fois la douleur qu'il s'infligeait paraissait négligeable à côté de ce traversait son âme. Une fois assis de nouveau, il pointa un des dessins qui était gravé sur la lame, à l'opposé du tranchant : on pouvait y voir une maison brûlée, et si l'on regardait le reste de l'arme, il était possible de voir une autre demeure. Ces symboles étaient en fait une ligne du temps qu'avait gravé Masa, se mariant bien aux dessins qui y figuraient déjà. On pouvait voir leur expatriation légale de Zénor, la trouvaille d'une autre partie de la tribu disparu depuis des décennies, la découverte du gisement de jade qui avait apporté la prospérité à l'humble communauté pour un moment. La naissance de l'étranger figurait-elle aussi et au bout de la série se trouvait le périmètre du royaume d'Émeraude; il n'y avait rien après, qu'un vide laissé au futur.

« Il faut comprendre que l'accomplissement de soi je ne cherche pas le prestige, je cherche simplement à m'affranchir de tout ce qui vraisemblablement me retient. C'est la liberté de l'âme que je recherche, à travers la perfection interne. Et quand je parle, et quand je pense, j'essaie de penser pour ces dizaines de malheureux qui sont morts sans maison, qui auraient souhaité voir le jour, rien qu'une dernière fois. Un Za bouge car il doit se défaire ce qui le ligote à chaque instant. En trouvant ce chemin vers l'affranchissement, j'espère pouvoir le montrer aux autres et qu'ensemble nous construisions un demain plus doux. Alors on peut m'en vouloir d'attendre la nuit avant d'attaquer, comme ce Godric, mais il n'y pas de noblesse quand il est question de protéger les vies de ceux que l'on porte en affection. » Masa ne respectait pas souvent ceux dont il tentait de préserver la mémoire par ses agissements reprochables, ses interventions cinglantes et cette manie de réagir toujours sous impulsivité.

Sentant la tension qui s'était installée sur le balcon, Mä réfléchie à un sujet de conversation qui pourrait les impliquer tous les deux, sans non plus vouloir tomber dans quelque chose de trop officiel, sachant très bien de toute façon qu'Ilena, par souci de professionnalisme, ne discuterait pas avec lui de détails qui ne seraient pas préalablement précisés et finaux. À la solde de ses songes, le métèque ne remarqua pas qu'il influençait à l'instant le rayonnement solaire, et ainsi jaillie l'idée : « Et vous, qu'est-ce qui vous rend spéciale? » Il faisait bon de respirer l'air frais et de laisser au vent le soin de caresser les peaux. Après tout, peut-être que Masa finirait un jour par s’acclimater.
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Jeu 26 Mar - 6:30


Sa dernière remarque tomba à l'eau, mais ce ne fut pas important. Elle avait essayé d'amener la discussion sur quelque chose qui aurait pu les rapprocher sur un sujet, parce que après tout, elle savait reconnaître les étoffes de bonne facture et vu qu'il en portait, peut être qu'il s'y connaissait assez... mais le sujet était peut être un peu trop féminin. En tout cas, ils n'en eurent pas besoin pour que le dialogue se fasse, Masa parlait bien et lorsqu'elle l'écoutait, elle arrêtait de penser à ce qu'elle faisait là. Ses histoires étaient intéressantes.
Il avait beau dire qu'il n'était pas fier, dans le sens égocentrique, mais il parlait beaucoup de lui. Mais à bien y réfléchir, que ce soit le cas ou non, Ilena trouvait que le fait d'entendre des récits de ce genre ne pouvaient qu'aider à connaître au mieux son monde. Pour sa part, elle n'avait aucune connaissance sur la vie de nomade ou dans des territoires peu propices au confort, autre que les définitions que l'on en faisait. Parler avec une personne qui avait l'expérience de la vie en général enrichissait chacun. Et la jeune femme aimait réellement apprendre, c'était d'ailleurs peut être ce qui la retenait là.
Et ces connaissances pouvaient aussi être un plus pour l'Ordre. Beaucoup de ceux qui se présentaient à elle étaient jeunes, dans les environs de son âge, manquant d'expérience mais en devenaient intéressants du fait même que l'on pouvait encore leur apprendre bien des choses. Il fallait être honnête, son but était de les façonner à l'image qu'ils devaient représenter : des personnes droites, aimables et disponibles pour aider leur prochain, des exemples pour tout un continent. Elles devaient être rassurantes. Cet homme pouvait leur apprendre le sens de la vie, mais Ilena n'était pas sûre que lui confier une telle tâche était une bonne idée. Il avait justement un rapport à la vie qui n'était pas satisfaisante à son goût, mais il possédait les qualités de la franchise et de l'honneur, même si encore là, il ne respectait pas les mêmes critères que tous. Est ce qu'en apprendre plus sur lui l'aiderait à se décider ou cela compliquerait encore plus les choses ?

Quand il répondit à sa question sur le propos des enfants, son récit lui apprit déjà que sa vie ne lui avait pas paru mauvaise et qu'un enfant pouvait en apprendre beaucoup en vivant de cette façon, mais que cette vie là était bien trop dangereuse et difficile. En fait, elle s'attendait à cette réponse. Cela se voyait jusque dans ce accoutrement et sa façon de se présenter, qu'il tenait à ses racines, mais elle avait déjà compris que cela avait été loin d'une vie de rêve et son histoire ne fit que le confirmer. Combien de malheurs avait-il vécu durant sa vie ? Et quel âge avait-il réellement ?

Il m’interrompit pas son discours, mais il posa tout de même son travail de couture pour se lever et rejoindre seul la chambre d'où il revint instantanément, son arme à la main. Elle n'avait pas réagi plus que cela à son mouvement, à part sur le fait qu'étant faible, les déplacements ne lui étaient pas recommandés et lorsqu'il se présenta sa naginata à la main, Ilena fronça les sourcils. N'en avait-il pas eu assez pour vouloir la manier aussi rapidement ? Mais lorsqu'elle vit l'objet, la jeune femme reprit sa neutralité, comprenant qu'il n'avait pas l'intention de faire des exercices. Elle était aussi belle de près qu'elle était impressionnante de loin et la magicienne la regarda comme un objet d'art pendant qu'elle l'écoutait.
Le faisait-il exprès de se vendre comme un produit du marché ou l'intention était seulement de se dévoiler pour que l'on comprenne plus son point de vue ? Franchement, Ilena avait du mal à faire la part des choses entre les deux. Parce qu'elle avait du mal à faire confiance aux gens ? Parce qu'elle avait eu des préjugés sur lui dès qu'elle l'avait entendu ouvrir la bouche ? Peut être bien, mais elle préférait être comme ça puisque de toute façon on ne pouvait connaître une personne sur le bout des doigts, autant ne pas se prononcer. En tout cas, elle n'avait pas oublié ce qu'il avait dit lors de leur rencontre, qu'il n'était pas là pour devenir un garde parmi tant d'autres, c'était peut être aussi à cause de ça qu'elle le pensait plus égocentrique que ce qu'il disait. Mais en y réfléchissant, elle se rendit compte qu'elle l'avait effectivement jugé assez vite, car lorsqu'il leur avait raconté un peu son histoire, elle n'avait retenu que le fait qu'il avait mis en avant son côté de meneur d'hommes et avait ça sur le dos de l'égoïsme. Alors, c'était simplement qu'il ressentait le besoin de protéger les autres ? Non, après tout, il venait d'avouer qu'il aimait la liberté, mais après tout ce qu'il avait vécu, comment pouvait-il croire que de le fait de diriger des hommes allait lui laisser la liberté de les guider comme bon lui semblait ? Elle s'apprêtait justement à lui faire part de son avis lorsqu'il lança sur un sujet tout autre : elle.

Son coeur fit un bon dans sa poitrine. Lui demandait-il réellement de parler d'elle ? Disons que contrairement à lui, Ilena n'avait pas l'habitude de se confier comme ça, elle se trouvait gênée de devoir dévoiler son passé à un étranger, mais après tout, ce n'était qu'un retour des choses. Elle l'écoutait, lui posait des questions et lui ne savait rien sur elle. Mais de toute façon, y avait-il vraiment des choses à savoir ? Justement, rien ne la rendait spéciale...
Euuh, eh bien, j'ai grandi en découvrant que je possédais des pouvoirs magiques et toute jeune, on m'a envoyé chez un magicien pour qu'il m'apprenne à les contrôler et à devenir une vraie magicienne, voilà tout.
Bien entendu que ce n'était pas tout, elle avait eu une famille, elle avait voyagé, connu des gens formidables, vécu des aventures et avait été amoureuse, mais sur le moment, face aux récits qu'il faisait, rien ne semblait lui avoir tant d'importance dans sa propre histoire. Donc, pour mettre un peu de piment dans sa réponse, elle décida de faire une peu de démonstrations.
Je peux faire ça, commença-t-elle en mimant un geste de la main après avoir regardé autour d'elle. Un nuage de poussière se souleva du sol du balcon et dansa devant leurs yeux avant de se compresser en une seule masse qu'elle laissa retomber doucement en un seul et même tas de poussière. Après tout, ce n'était que des grains de terre, terre qu'elle pouvait influencer. On avait maintenant l'impression que quelqu'un avait balayé le pavé. Je peux faire ça... continua-t-elle en le regardant dans les yeux, disparaissant et réapparaissant en une seconde grâce à son don d'invisibilité. Et ça ... finit-elle en faisant apparaître une petite poignée de pétales de fleurs qui tombèrent dans sa paume. Sans compter les pouvoirs que j'ai appris auprès de mon maître et que je vais essayer de transmettre à tous nos futurs chevaliers.
En regardant les pétales délicats qui se trouvaient dans sa main, elle repensa à tout ce temps qu'elle avait passé à le cacher ou à juste se sentir honteuse de posséder un pouvoir aussi inutile. Mais maintenant, elle l'avait vraiment accepté comme faisait partie d'elle-même. Elle avait bien réussi à redonner le sourire à des petites filles comme ça ! Mais les jardiniers eux n'en étaient pas très heureux ... pour ça qu'elle essayait vraiment d'en prendre une quantité infime ou de tenter de se servir dans la prairie plutôt que dans les jardins du château.
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Mer 1 Avr - 0:52

Rien ne le fragilisait davantage que le constat auquel il faisait très souvent face, celui du déracinement qu'il avait subi, de la famille qu'il avait perdu. Enfin, presque rien : le souci d'un autre envers lui lorsque de violentes réminiscences surgissaient l'amenait à perdre pied, à être complètement débalancé, comme saisi de court par ce qu'il y avait de bon en l'être humain, par la portée des gestes, inépuisables lorsqu'ils étaient motivés par le sentiment. Alors il était là sur le balcon, à n'oser regarder son interlocutrice de peur d'engager une larme menaçante dans sa descente. C'est d'ailleurs pourquoi il n'osa pas parler : toute sa concentration était nécessaire à la parure, à ne pas se laisser aller à la passion, à se maintenir face à celle qu'il avait plus tôt violenté de ses manières vagabondes. Il chercha rapidement à porter son attention ailleurs afin de ne plus avoir à fournir d'efforts, c'est pourquoi après avoir posé sa question, il continua son travail, puisque si la tâche était simple elle était également gourmande en matière de temps, ce qui en fait donnait un prétexte à Masa pour s'occuper tout en profitant de la compagnie de la charmante magicienne; cette dernière savait pertinemment que seul le temps pouvait maintenant l'aider, mais elle avait décidé de rester tout de même, aidée probablement par les manœuvres du métèque, mais tout de même, elle était restée. Il s'agissait de sa décision et Ilena semblait l'avoir prise; égoïstement peut-être, Mä ne voulait pas lui rappeler qu'elle était libre de partir à tout moment. Il appréciait ce moment, car après tout, il s'en était allé à Émeraude dans l'espoir de nouveau, et c'est ce qu'il vivait à chaque instant. L'expérience l'amenait également à croire que c'était par le contact des gens que l'on pouvait réellement comprendre la culture d'un territoire.

Éveillé aux autres à la suite de s'être renfermé sur lui-même, Masa prit pour seule considération les paroles de la mignonne demoiselle, et c'est à cet instant qu'il remarqua qu'un court silence avait suivi sa propre question, et qu'au regard que lui présentait Ilena le nomade comprit qu'elle avait été déstabilisé par ce changement du point d'intérêt de la conversation. Ses paroles étaient hésitantes et l'oratrice semblait assumer à demi ses propos. Était-elle craintive? Ou encore nerveuse? Il n'en savait rien, mais il comprenait la réaction car après tout, il la suscitait souvent : son exotisme, le mystère qui se dégageait d'un étranger, d'un être d'ailleurs, le mettait dans la mir des gens et ceux-ci devenaient facilement impressionnables lorsqu'il parlait de ses expériences. On semblait oublier facilement son âge... et c'est ainsi qu'il comprit ce qui clochait ou enfin, l'élément qui manquait peut-être à la magicienne : son âge.

Avait-elle honte de ne pas avoir vécu autant d'aventures? Maünh aurait pu lui révéler l'information qui l'aiderait à comprendre, mais il préférait taire ce détail, non pas par vilenie mais bien car il se plaisait à voir les gens tenter de le deviner. C'était un jeu auquel il s'adonnait lui-même et très souvent il arrivait à sa fin avant l'autre participant, ce qui rendait la suite encore plus amusante car il pouvait se divertir en recouvrant ce qu'il fallait à l'autre pour établir un jugement. De toute façon, à cet instant, Ilena se livrait d'elle-même : elle semblait se présenter en toute honnêtement, simplement comme elle se voyait, humblement et dans un manque flagrant de fierté. Elle résuma sa vie à quelques lignes, celles qu'aurait pu facilement deviner Masa s'il avait cherché à le faire. Ces mots ne la différenciaient pas des autres magiciens du royaume, ni même de sa collègue, à la limite. C'est pourquoi le métèque ne se satisfit pas de la réponse de son interlocutrice et qu'il attendit une sorte de rétribution, car il ne pouvait se contenter d'aussi vides informations, il ne pouvait se soustraire à cette idée qu'elle voilait une histoire précieuse, à la hauteur de la vie, à la hauteur de ce qu'elle en était devenue. Le grand homme protesta par le silence, attendant avec impatience la suite du récit, ne désirant pas reprendre pour lui laisser la chance de se soustraire à cet entretien qui devenait réellement intéressant.

Faute d'obtenir gain de cause par la parole, Masa se contenta amplement de la réponse que lui offrit Ilena : cette dernière accepta de lui partager ce qui la rendait précieuse au regard des autres, au peuple qu'elle défendait et peut-être à ses propres yeux, elle qui semblait négliger son amour propre – ce qui n'était pas un défaut en soi, mais selon Mä reconnaître ses propres forces était une nécessité pour quiconque prétendait au pouvoir. Ainsi, elle commença la démonstration en faisant léviter la poussière qui se trouvait sur le balcon : Masa fut sincèrement impressionné, lui qui n'avait pu témoigner de la magie des autres qu'à de rares occasions par le passé. Évidemment, il se doutait bien qu'Ilena ne lui divulguait pas l'étendue réelle de cette influence qu'elle avait sur cet environnement, mais il s'en contenta, heureux de constater de ses yeux les compétences de celle qu'il avait déjà choqué trop de fois en une seule vie. Elle poursuivie son théâtre en apprenant à Mä qu'elle pouvait se dissimuler, disparaître complètement de sa vue. Surpris, il ne cacha en rien le fait qu'il se voyait imposé de la situation : un tel contrôle le dépassait tout simplement. Que pouvait-elle cacher d'autre? Déjà elle avait monté dans son estime : bien qu'il se doutait des talents que pouvait maîtriser son interlocutrice, il n'en connaissait pas l'envergure et s'était vu confondu.

Si la dernière démonstration aurait pu paraître bien futile à l’œil inattentif, il en fut bien autrement pour Mä. En fait, c'est ce qui suscita en lui le plus d'intérêt, et il tenait à l'expliquer à Ilena : « De tous vos pouvoirs, c'est bien celui qui m'étonne le plus. Sans rien lui enlever, c'est le moins utile. J'irais même jusqu'à dire qu'il n'est utile du tout, et en cela la plupart des gens s'y arrêteront avec un roulement de yeux, un hochement de tête, mais moi j'y vois ce qu'il y a de plus beau : vous voyez, bien qu'il soit miraculeux que vous soyez dotés de compétences vous permettant de disparaître à la vue des Hommes, de contrôler votre environnement à un tel point qu'il vous a semblé facile de déplacer ce tas de poussière précédemment, il ne pourrait y avoir en ces magies l'unique caractéristique d'exister simplement pour exister, d'être une beauté en soi. Ce que vous pouvez matérialiser en ces pétales, c'est la beauté, la beauté vierge, la beauté pure qui a une valeur pour elle-même et non pour quelconque autre raison qui pourrait profaner sa clarté à mes yeux. C'est l'espoir qui s'y renferme. »

Une fois assuré qu'il s'agissait bel et bien de la fin, Masa tenta de se concentrer afin de démontrer sa propre maîtrise, bien qu'il ne se trouvait guère imputable de telles actions tellement la puissance du phénomène le dépassait. Entièrement. Complètement. À cette heure, il était quand même plus facile pour le métèque d'avoir main prise sur la lumière, et il l'établie instantanément en reproduisant ce qu'il avait fait à sa rencontre avec Ilena imposant aux rayons du soleil la destination d'une marguerite solitaire et bien en vue des deux personnes. La force qui frappa le sol ne tarda pas à s'éteindre, rappelant ainsi les aristocrates à l'ordre, eux qui s'étaient arrêtés sur leur chemin, pris de court par Mä. « Vous savez, il m'est difficile de m'attribuer les mérites d'une telle compétence : la responsabilité semble être partagée entre moi et entre une chose, ou plutôt une conscience qu'il m'est impossible de concevoir, ni dans le temps ni dans l'espace. Elle semble si loin... et pourtant, elle m'accompagne à chaque fois que je porte cette puissance à la terre. Parfois elle semble me guider, parfois elle m'abandonne et je ne redeviens qu'un simple être humain. Mais je sais qu'elle est là, quelque part, et qu'elle veille jusqu'à la prochaine frappe. Elle me suit, me parcourt et s'harmonise avec mon âme. »
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Dim 5 Avr - 13:32


L'homme laissa ses émotions passer librement sur son visage. Elle le vit donc impressionné au premier abord, puis surpris, peut être même abasourdi, mais elle ne sut déchiffrer sa dernière expression lorsqu'elle avait fait la démonstration de son dernier pouvoir personnel. Il n'avait pas ricané ou éclaté de rire, il n'avait pas levé un sourcil en signe de dépit et n'avait non plus montré un autre signe de total désintéressement. C'était déjà ça, Ilena était contente et il ne baissait pas de son estime. Mais elle ne chercha pas à comprendre plus. Cela ne lui ressemblait pas, mais la raison en était pourtant simple : elle ne voulait pas comprendre, de peur d'être désillusionnée.
Et elle le fut l'instant d'après. Autant elle n'avait su deviner ce qu'i avait ressenti devant ce qu'elle venait de lui montrer, autant il ne se priva pas de le lui dire. Inutile. Ce n'est pas comme si elle ne le savait pas, mais l'entendre lui faisait toujours aussi mal apparemment. Ce n'était pas avec un tel pouvoir qu'elle allait pouvoir aider Enkidiev et même si elle n'avait pas envisagé de partir elle-même au combat, elle savait très bien que ce n'aurait pas été avec de tels pouvoirs qu'elle aurait pu être d'une grande aide. Pourquoi ne pouvait-elle pas invoquer des esprits, posséder une force surhumaine ou contrôler des éléments destructeurs ? Non, elle, elle pouvait se cacher, faire du jardinage et appeler les pétales de fleurs...
Elle en était à déprimer lorsqu'elle prêta attention à la suite de son discours. Il comprenait la réaction que pouvaient avoir "la plupart des gens". Ilena lui accorda son attention du fait qu'il s'excluait de cette catégorie. Intéressée, elle l'écouta sans dire un mot.
... mais moi j'y vois ce qu'il y a de plus beau : vous voyez, bien qu'il soit miraculeux que vous soyez dotés de compétences vous permettant de disparaître à la vue des Hommes, de contrôler votre environnement à un tel point qu'il vous a semblé facile de déplacer ce tas de poussière précédemment, il ne pourrait y avoir en ces magies l'unique caractéristique d'exister simplement pour exister, d'être une beauté en soi. Ce que vous pouvez matérialiser en ces pétales, c'est la beauté, la beauté vierge, la beauté pure qui a une valeur pour elle-même et non pour quelconque autre raison qui pourrait profaner sa clarté à mes yeux. C'est l'espoir qui s'y renferme.

Ces paroles firent battre la coeur de la jeune femme plus vite. C'était un discours qu'elle n'avait jamais entendu et qui la réchauffait de l'intérieur. Cet homme parlait décidément bien, mais ce n'était pas sa façon qui la rendait comme ça. C'était sa vision des choses. Bien qu'il fut un vagabond qui avait vécu toute sa vie à la dure, loin de tout et de tous, il avait un tel regard sur les choses, un tel intéressement de la vie, qu'il en était impressionnant. L'espace d'un instant elle se rappela du discours de son ancien maître qui lui avait redonné le goût de la magie en lui disant que ce pouvoir, aussi inutile qu'il pouvait paraître pouvait permettre de redonner le sourire aux gens et qu'il avait au moins la caractéristique de ne pas être destructeur. Mais le discours de Masa, parlant d'espoir, de beauté et de vie la transcendait d'une toute autre façon.
Ayant conscience de réagir comme une gamine, la magicienne essaya de se ressaisir et baissa la tête en espérant que la rougeur de ses joues allait disparaître rapidement.
Il ne lui fit aucune remarque sur son comportement et garda le silence. Ilena en fut plutôt satisfaite et finit par relever la tête en se grattant la gorge. Il ne la regardait pas, c'était un soulagement. L'homme semblait d'ailleurs bien concentré sur lui-même et avait fermé les yeux. Reconnaissant la position qu'il avait pris la dernière fois, elle comprit qu'il lui faisait une démonstration à son tour.
Redevenue elle-même - et donc sérieuse - Ilena fronça les sourcils mais le laissa faire. Tant pis pour lui s'il puisait dans ses dernières forces, mais c'était loin d'être recommandé. Elle sentit alors l'énergie se canaliser près d'elle et réchauffer l'air ambiant. Bientôt, la lumière changea d'angle et de destination et alla engorger quelques fleurs de la cour de ses bienfaits. La jeune femme eut d'ailleurs peur que cela ne les fasse carboniser plus qu'autre chose. Et à cet instant, le phénomène surprit deux nobles qui passaient par là. Ceux-ci levèrent les yeux et lorsqu'elle croisa leur regard lointain, Ilena se sentit mal à l'aise. Elle, la magicienne d'Emeraude, s'affichait au balcon de la chambre d'un invité royal. Elle n'avait pas pensé à cela mais elle espérait que les gens n'allaient pas jaser. Cela risquerait de mal tourner.
Elle écouta donc ce qu'il en avait à dire mais se montrait un peu moins attentive. Et quand elle répondit, elle fut un peu plus froide qu'auparavant.

C'est une question que l'on peut effectivement se poser. Contrôlons-nous réellement nos pouvoirs ou les éléments ont-ils juste décidé de venir à nous ? Je ne sais pas, mon travail a toujours était plus pratique que théorique ici, et avec les temps à venir, il n'y aura pas tant de temps à accorder à cette question.
Là dessus, elle se leva et lissa les plis de sa robe.
Malgré tout cela, votre contrôle est loin d'être mauvais, il s'agirait juste de développer pour voir en quoi il peut vous être utile, à moins que vous ne le saviez déjà. C'est ce qui nous sera le plus utile à savoir rapidement. Elle renchérit sur un ton de reproche : par contre, ce n'est vraiment pas prudent de votre part de faire ceci alors que votre état de santé et si précaire. Je vous conseillerais de manger au plus tôt. Pour ma part, je devrais y aller. Cette conversation est plus qu'intéressante mais je... j'ai des choses à faire et il faut aussi que je reprenne des forces.

HJ:
 
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Lun 13 Avr - 3:12

Étions-nous libres après tout? Ce n'était pas la question initiale de Masa, mais toujours il s'y rapportait, dans un effort d'en prouver l'effectivité. Comment le pourrait-il? En se dépassant, en octroyant les droits que les Dieux se réservent et en les mettant en lumière. Ce moment, il l'appelait Brillance : un mélange du plus important chaos et de la lucidité la plus aiguisée. Un mélange d'angoisse et d'amour, de fragilité et d'invulnérabilité. La liberté se trouvait probablement où la raison se butait, où elle ne pouvait offrir à l'être humain plus de réponse, et s'il était probable que de la compromettre relève de l'impossible, en tenter l'expérience était noble et nécessaire au sens que Mä portait sur la vie.

Il la sentait, cette conscience. Dans ses moments noirs elle l'appelait, l'attirait, le portait à reprendre le mouvement, à s'offrir de la perspective. Il en devenait malade, il en était accro et rien ne pouvait l'en détacher. De toute façon, pourquoi s’accaparer d'un tel désir? Loin du crime, cette liaison relevait d'une puissance que l'on ne saurait mesurer. Peu importe à quelle point cette amie était donc détachée de lui, leur intimité était assurée, et en cela, il ne pouvait vraiment se réfléchir sans elle, mais s'il en aurait été possible auparavant. Avant Maëdja.

Le nomade avait compris que ses mots avaient touché la magicienne : elle en fut définitivement surprise et sa réaction suscita chez Masa une sensibilité nouvelle, bien qu'il savait ses paroles percutantes, il n'avait pas idée qu'il était possible de percer le caractère sérieux de celle qu'il considérait déjà comme une amie. Avait-il réussi lui aussi à se trouver une place dans l'estime d'Ilena? Il l'espérait un peu, autant par amour de la tendresse que par égoïsme, car Mä s'offrait toujours la première place, mais on lui enlevait quelques fois, et peut-être avec raison. Pourtant il résistait à cette douce fatalité, voulant s'inscrire dans les cœurs de chacun de la plus belle façon. S'il été amant de son propre désir, le sien passait en partie par celui des autres, c'est pourquoi ceux qu'ils chérissaient se voyaient amener dans un certain confort lorsqu'ils étaient à proximité de Masa. Protéger la meute.

Et comme l'impala que l'on intercepte au creux de la forêt, Ilena se redressa prudemment et fit disparaître de sur son visage les magnifiques rougeurs qui accompagnaient ses rondeurs caressant l'âme. S'il lui avait accordé son respect depuis la première rencontre, rien ne l'empêchait d'éprouver pour elle une ardente volonté. Ce n'était pas nouveau chez le nomade et il vivait très bien avec cette franchise. Les plus nobles s'en cachaient peut-être, les couples mariés frôlaient le ridicule, mais il était impossible pour l'être humain de ne pas être sensible aux charmes des danseurs. Et elle dansait, comme bien des charmantes. Enfin, Masa se doutait bien que la magicienne souhaitait partir. Il avait peut-être trop insisté, peut-être était-ce simplement une réponse diplomatique à la proximité dans lesquels ils s'étaient engagés en discutant sur le banc de ses appartements. Qu'importe : elle se leva et déplissa sa robe, comme une préparation à l’au-revoir, comme pour effacer les traces de ces derniers moments. Un pincement vint achaler le prince qui ne souhaitait pas que se termine ainsi leur rencontre, car la solitude lui plaisait mais la compagnie d'une amie aussi, surtout à cet instant où il s'était mené à la blessure et que seul avec lui-même, les distraction se faisaient plus discrètes et lui laissait donc le champ libre pour penser au mal que lui procuraient ses quelques douleurs. « Ô mais je vous en pris Ilena, restez avec moi. Le vent est bon et qu'il est doux de pouvoir discuter ainsi. Je resterai poli si c'est pour me permettre de respirer encore un peu vos effluves », ria Masa, ne pouvant s'empêcher de la taquiner un peu. Il savait pourtant à quelle genre de réaction s'attendre mais il aimait à s'adosser au mur.

Voyant que la magicienne n'était pas à l'aise à l'idée de lui prêter l'oreille davantage, Masa n'insista point : il valait mieux ne pas forcer les choses et Ilena pourrait interpréter les choses de la mauvaise façon. Difficilement il se leva et la raccompagna jusqu'à la porte d'entrée, d'où elle était venue et d'où elle s'en allait. « Que l'air frais vous apaise, chère amie. Nous nous reverrons très bientôt, j'en suis certain. »

Une semaine plus tard. Les jardins, fin de l'après-midi.

L'homme vieillissant s'était rétabli de ses quelques blessures : toute la semaine on avait pris soin de lui, même si par orgueil il avait refusé quelques traitements car il jugeait qu'on le prenait en pitié et cela n'était pas digne du prince qu'il était. Il passa donc le plus grand de son temps dans sa chambre, dans les bains ou à flâner avec des promeneurs qui jouaient de la musique du Sud pour subsister. D'ailleurs, ils étaient si talentueux que la cour leur avait permis de jouer dans les jardins, endroit où se retrouvaient souvent les bien pensants qui composaient une grande partie de l'aristocratie émerienne. C'est pourquoi, afin de célébrer sa liberté de nouveau sienne, il alla à leur rencontre en cette fin de journée où le soleil laissait en spectacle les ombres des nombreux arbustes se dessiner sur le sol. En sortant de l'aile du château où il résidait, il les entendit très bien. Masa chemina, suivant les traces de mélodies qui révélaient peu à peu la location du spectacle. À son arrivée, il salua les seuls gens de l'endroit qu'il respectait sincèrement, les quelques poètes, les épicuriens. Ils ne manquaient jamais une occasion de manquer à leur devoir pour le plaisir, et bien que Mä était incapable de décrocher à ce point, il les respectait. Eux, ils dansaient aussi. Ils s'enflammaient sous le rythme puissant du flamenco et n'en décrochait guère qu'à la toute fin de la chanson.

Quant à l'étranger, il se contenta de profiter de la musique en retrait, fumant, comme à son habitude. Il fermait les yeux et hochait de la tête, emporté par les sonorités démentes qui provenaient des différents instruments sur place. Lorsque Masa ouvrit les yeux, il fut surpris de voir la magicienne, qui elle aussi se dissimulait au loin, de l'autre côté. Il alla donc rapidement la rejoindre, car cela faisait déjà un certain temps qu'ils ne s'étaient pas parlés. « Et bien, je vous prends sur le fait : vous osez vous procurer du plaisir ainsi! Qui êtes-vous donc? » Un sourire sur le visage il baisa sa main et l'invita à danser.
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MessageSujet: Re: Un ordre naissant.   Dim 19 Avr - 6:23


Demain, sa vie allait changer. Demain commençait les recrutements officiels des chevaliers et elle n'aurait pas de temps pour elle avant un bon moment. Elle était d'ailleurs consciente que vu qu'elle allait à présent devoir enseigner à des enfants, elle n'aurait plus jamais autant de temps libre. L'arrivée de ces dragons avait bouleversé sa vie. Celles de bien d'autres aussi.
Lorsque la musique était arrivée à ses oreilles, elle était en route pour retourner chez elle, ayant passée le temps du repas avec la famille royale. A peine les avait-elle quitté que sa tête s'était remise à tourner en tous sens, le sujet principal y étant sa peur de n'avoir pas pensé à tout pour les rendez-vous qu'elle allait avoir. Mais les notes chaudes de cette musique exotique s'étaient insinuées dans ses oreilles et avait peu à peu réussies à lui délier les pensées, l'amenant à être plus sereine. Elle avait donc commencé à écouter les variations passionnées, à la fois douces et entraînantes qui l'apaisaient. Ilena se surprit alors à se diriger vers le jardin du château où se déroulait le spectacle. C'était sa dernière nuit avant le grand commencement, alors elle pouvait se permettre quelques plaisirs.

Il lui était déjà arrivé de se joindre à de tels concerts par le passé, mais cela restait extrêmement rare. Autant elle avait de grandes connaissances en matière de magie, d'histoire, de biologie, autant elle n'y connaissait que très peu de choses en art. Juste les bases qui lui servaient à montrer à ses interlocuteurs qu'elle n'était pas non plus une inculte. Ce n'est pas que tout cela ne l'intéressait pas, mais elle était juste mal à l'aise au milieu de tous ces artistes qui se donnaient à leur passion devant tous pour partager un bon moment et permettre à tous un instant de détente. Ilena n'était pas du genre très sociable et avait simplement l'impression de ne rien avoir à partager de son côté. Et ces rassemblements attiraient surtout les artistes dans l'âme et ce n'était pas son monde. et puis venir toute seule l'intimidait un peu. Alors, lorsqu'elle arriva auprès du public, elle resta à bonne distance du spectacle pour ne pas avoir à se mêler à tous ces gens dont elle ne connaissait que la moitié de vue.
Il y avait aussi quelques originaux, de ceux qui laissaient leur passion diriger leur vie et n'écoutant que leurs envies. Il y avait donc la fameuse Dame Margaret et ses gens de compagnie ainsi que quelques hommes plutôt sérieux qui se voulaient érudits sans avoir trop ouvert de livres de leur vie. Mais les plus artistes d'entre eux étaient auprès des musiciens, assis à profiter d'une oreille connaisseuse ces mélodies entraînantes alors que d'autres plus expressifs dansaient avec maîtrise, les yeux fermés.

Maintenant qu'elle arrivait à se détendre, Ilena aurait donné cher pour pouvoir s'adosser à n'importe quoi. La fatigue était en train de lui tomber dessus. Elle voyait les danseurs et les musiciens sans trop les regarder et se laissait bercer par la musique.
C'est à cet instant qu'elle remarqua un mouvement dans son champ de vision. Quelqu'un se dirigeait dans sa direction. Elle accorda alors un peu plus d'attention à cette personne et fut surprise en reconnaissant Masa, le messager étranger, le potentiel chevalier. Et il était clair en le voyant qu'il s'avançait vers elle et non juste dans sa direction. Toujours d'allure aussi fier, toujours aussi imposant et ... Il n'était pas beau à proprement parlé, un certain charme, ou bien du charisme, peut-être même les deux, Ilena ne savait pas trop.

« Et bien, je vous prends sur le fait : vous osez vous procurer du plaisir ainsi! Qui êtes-vous donc? »
La jeune femme ne fut pas surprise qu'il ait cette opinion d'elle, soit qu'elle était trop sérieuse, ou qu'elle ne savait pas s'amuser, mais ça revenait au même. La pointe de sarcasme était clairement annoncée, mais derrière chaque sarcasme se cache un fond de vérité. Il arriva à ses côtés et lui fit un baise-main qui la mit un peu mal à l'aise et l'invita à danser.
Je... Il ne vaut mieux pas. Je ne sais pas danser... ça.
Autant dire qu'elle ne savait pas danser du tout, à part quelques caroles, mais cette danse tenait plus de l'estampie, malgré qu'aucune estampie n'était aussi sensuelle. Mais son refus ne fut pas assez franc pour l'empêcher de l'amener plus près des danseurs.
En face de cet homme, elle ne put que repenser à la dernière fois qu'ils s'étaient parlés, au moment où il lui avait avoué qu'il appréciait sa compagnie et avait-il aussi parlé de son parfum. La jeune femme n'en avait été que plus gênée. Elle avait pensé que les avances qu'il lui avait faites lors de leur rencontre avaient été oubliées et qu'il n'ne était plus question, mais elle s'était apparemment trompée et y repenser à cet instant, alors que la musique était un peu trop chaleureuse, Ilena se sentait comme une petite souris.
HJ:
 
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