Forum RPG médiéval-fantastique inspiré de la série Les Chevaliers d'Émeraude d'Anne Robillard
 

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 Tu n'es pas toute seule...

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MessageSujet: Tu n'es pas toute seule...   Ven 12 Fév - 23:39

Les terres d’Alombria ne seront plus jamais les mêmes sans père pour veiller sur elles. Il a été à l’origine de leur naissance, mais sa mort ne sera pas la fin de son œuvre. Après tout, il a passé les dernières années de sa vie à me préparer à son départ. Et je compte être à la hauteur de l’homme que j’ai admiré toute ma vie! La douleur tapie au fond de mon cœur, je continue tout de même d’avancer et de veiller au bien-être des miens. Parce que c’était ce que père faisais. Voilà déjà quelques jours qu’il nous a quitté. Son corps est exposé à la chapelle où des hommes et des femmes du royaume viennent lui exprimer leur sentiment. Mère, toute vêtue de noir, l’a longtemps veillé, mais sa dame de compagnie a réussi à la ramener dans sa chambre, pour lui permettre de se reposer un peu.

Je crois que les dernières volontés de notre père la bouleversent encore plus! Comme chacun d’entre nous. Il y a déjà quelques jours que j’en ai pris connaissance, et à la douleur se mêle l’angoisse d’une rencontre prochaine avec nos cousins. Depuis notre départ du château de Shola, nos relations avec eux ont été tout simplement inexistantes, ou presque. Certains de mes plus jeunes frères et sœurs n’ont probablement même pas de souvenirs d’eux alors que d’autres doivent nourrir certains ressentiments. Après tout, la dernière rencontre de Colombe avec Edgar s’est soldée par un combat. Il ne me reste qu’à espérer que tout se déroule le plus calmement possible aux funérailles qui auront lieux dans quelques jours.

Doucement, je me lève du bureau où père venait toujours s’asseoir pour se préparer à un événement important. Il venait y lire, y méditer. Il prenait le temps de remuer des parchemins, de tracer ses pensées à l’encre noire. Je soupire, me demandant ce que je peux faire de plus. C’est donc un peu perdu que je vais errer dans les couloirs. Je porte le noir du deuil. Les hommes et les femmes que je croise portent les traces du chagrin également. Certains baissent la tête, font la révérence. D’autres osent un petit hochement de tête en signe de salutations et d’appui. Un faible sourire étire alors mes lèvres, pour leur démontrer mes remerciements face à leur sollicitude.

Inconsciemment, mes pas me mènent vers les appartements de mère. Doucement, je manifeste ma présence par quelques coups sur la porte de bois. Sa femme de chambre l’entrouvre pour me voir. Elle s’incline rapidement en ouvrant plus grand pour me permettre d’entrer. Tout de suite, je remarque la présence de ma plus jeune sœur auprès de mère. Je dépose un tendre baiser sur la joue de mère, pour la saluer. Puis je m’approche d’Aemi. Une main sur sa joue, je lui souris tendrement. « Je suis là, Aemi, si tu as besoin de parler, ou simplement d’une présence amie. Tu n'es pas toute seule, petite sœur. » Aemi a toujours été plutôt tranquille, réservée. Elle ne déplace pas beaucoup d’air. Mais elle traverse la même épreuve que nous tous, même si elle ne le crie pas sur tous les toits. Pourtant, c’est bouleversant de perdre son père à un si jeune âge. De voir sa mère plongée dans la douleur. Je ne sais quoi lui dire pour la réconforter, pour lui manifester mon soutient. Je ne peux qu’être là, prête à l’écouter.
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MessageSujet: Re: Tu n'es pas toute seule...   Sam 13 Fév - 11:20

Depuis la mort de son père, Aemi se sentait dans un état second. De par nature, elle n'arrivait pas à exprimer ses émotions. À l'intérieur d'elle, plusieurs choses se bousculaient, et sa caractéristique tempérée tentait d'apaiser le tout tant bien que mal. Elle jouait beaucoup de son violon, depuis la mort de son père. Pour une fois, c'était pour elle que pour les autres. Son coeur la faisait souffrir et elle ne savait comment gérer cette souffrance. Elle restait près de sa mère, mais celle-ci semblait être dans un état végétatif. Elle ne parlait presque pas, ne mangeait pas vraiment, veillait la dépouille comme s'il eut pu se réveiller.

Temperance ne comprenait pas pourquoi sa mère agissait ainsi, elle ne la reconnaissait pas. Elle ne pouvait pas saisir l'importance du sentiment d'amour de sa mère qui se mourait en elle sans sa moitié. Elle tentait d'apaiser le coeur de sa mère, et le sien, mais la musique lui semblait soudain si éphémère. Si cela adoucissait sa mère, cela ne lui rendait pas son sourire rayonnant. Toute vêtue de noir, elle était assise dans le petit salon des appartements de sa mère, près de celle-ci. Un ensemble de thé sur la petite table semblait attendre qu'on lui prête de l'attention. Sa mère semblait dans un autre monde.

Quelques petits coups à l'entrée firent lever les yeux bleus de la princesse. Elle dégageait une sorte de douce nostalgie. Elle s'inquiétait pour sa maman. Ayant perdu son père, elle voulait s'accrocher à ce qui lui restait. Mais sa mère ne le voyait pas vraiment. Même que parfois, cela semblait un peu l'agacé. Elle n'était pas excessive, elle était seulement là, mais la veuve désirait de la solitude. Marian entra dans la pièce et la cadette sauta du divan pour saluer poliment son aîné. Après avoir embrasser leur mère, elle posa une main sur sa joue et lui souris. « Je suis là, Aemi, si tu as besoin de parler, ou simplement d’une présence amie. Tu n'es pas toute seule, petite sœur. »

Aemi baissa les yeux que les paroles avaient emplies d'humidité. Il est vrai qu'elle se sentait seule dernièrement, chaque membre de sa famille gérait ce deuil à leur façon. Chercher le réconfort de sa mère n'était sans doute pas la meilleure solution, elle ne le savait, sa mère aussi avait besoin de réconfort et elle n'arrivait pas à lui donner ce dont elle avait besoin. Car, en fait, ce dont elle avait besoin, c'était de ce qu'elle avait perdu. Jetant un regard triste sur sa mère, elle se demanda ce que l'avenir lui réservait. Mais elle était loin de se douter que cela serait encore plus triste.

Voyant sans doute que Marian pourrait s'occuper de la cadette, leur mère demanda à avoir un peu de solitude. La princesse hocha donc la tête pour acquiescer la tête et quitta la pièce la tête basse. « Tu n'es pas toute seule, petite sœur. » Non, bien sûr que non... Mais elle n'était pas du genre à se jeter dans les bras des autres pour avoir du réconfort, elle était plus tempérée. Elle gérait les choses de son côté, calmement. C'était juste que... un deuil, à douze ans... et son père en plus... ce n'était pas quelque chose qui pouvait réellement se gérer seule. Son coeur se serra et elle porta machinalement la main à sa poitrine en fermant les yeux. Tout ceci était si difficile...

[HRP: Si jamais tu veux un plus de paroles et d’interactions, fait moi signe, je trouverai un moyen de la faire réagir.]
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MessageSujet: Re: Tu n'es pas toute seule...   Sam 13 Fév - 16:20

Je ne suis assise auprès de mère et d’Aemi que depuis quelques minutes quand mère nous demande déjà de la laisser seule. Nous tournons tous autour d’elle, cherchant à la sortir de son engourdissement. Pourtant, elle vient de perdre l’homme de sa vie. Elle a passé plus de temps avec lui qu’avec sa propre famille. C’est la moitié d’elle qui a disparu alors que l’autre se meurt de cette perte. Pourtant, cette demande me blesse. Parce que la famille ne lui suffit plus. Elle ne lui suffira plus. Peut-être n’est-ce qu’une passade. Il lui faudra quelques mois pour atténuer la douleur.

Doucement, je me lève, tendant la main à Aemi, pour l’inviter à me suivre. Les yeux humides, ma petite sœur me précède alors que nous quittons la chambre de mère. Ma petite sœur n’a pas soufflé mot. Il faudra plus qu’une invitation pour lui retirer quelques mots. Elle a toujours été plus que réservée, trop tempérée. Je pose ma main sur son épaule, lui souris pour l’inviter à me suivre. Et je prends les devants pour la mener dans un endroit du château où nous pourrons trouver chaleur et réconfort : les cuisines.

Pas un mot pendant que nos pas nous mènent au rez-de-chaussée. À notre entrée, les filles de cuisine se dispersent pour nous laisser toute à notre intimité. Je pousse Aemi vers l’îlot où la matrone des lieux dirige deux cuisinières pour le dîner. Cette matrone, je la connais depuis toute petite. Elle était à Shola. Elle me préparait biscuits et autres gâteries quand j’étais la seule enfant du château. Un sourire et nous concluons une entente silencieuse. Elle ne soufflera mot dans notre conversation familiale, mais elle ne se gênera pas pour y apporter son grain de sel si cela est nécessaire. D’ailleurs, d’un simple signe de tête, elle a demandé à une fille de nous préparer un thé. Rien de mieux pour réconforter.

Je m’assois sur un tabouret autour de l’îlot, suffisamment près d’Aemi pour que nos mains se touchent. « Maman ne voulait pas être dure avec nous, tu sais. Elle n’arrive simplement pas à gérer sa peine pour le moment. Papa était une partie d’elle. Sans lui, elle n’est plus une personne entière. » Je ne peux rien ajouter pour justifier le comportement de notre mère. Je serre un peu plus fort la main d’Aemi, pour lui transmettre mon soutien, ma présence.

Une fille de cuisine dépose une théière près de nous, avec tasses, soucoupes et cuillers. Le sucre, le lait. Un plateau de biscuits tout juste sorti du four à bois. Des serviettes à déposer sur nos genoux, comme nous le faisons à table en général. Je prends un biscuit et le sépare en deux, tendant une moitié à Aemi. « Et toi Aemi, comment vis-tu cela? » C’est plus que le départ de papa. C’est la peine de notre mère. L’éloignement de nos frères et sœurs qui traversent le deuil chacun à leur manière. C’est aussi la rencontre avec nos propres parents qui se dessine à l’horizon. Il faudra bien en parler. La préparer à cette rencontre sans savoir ce qui s’y passera réellement.
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MessageSujet: Re: Tu n'es pas toute seule...   Sam 13 Fév - 17:14

Une main douce et légère se posa sur son épaule, Aemi leva ses yeux humides vers sa grande soeur. Elle lui souriait pour l'encourager. Cette chaleur lui faisait du bien. Elle inspira, réussit à rattraper ses larmes et expira. Elle la suivit comme elle le désirait, et ne prononça pas un mot. Son aînée n'en prononça pas davantage d'ailleurs. Se demandant où elles allaient, la jeune fille en oublia temporairement son chagrin et observa le décors qui défilait. Elles allaient vers... les cuisines?

Une petite poussée l'encouragea à avancer vers une sorte de petit îlot où la chef de cuisine les regardait avec un sourire tout à fait maternel. Temperance détourna les yeux pour regarder ses pieds. Elle ne se sentait pas très à l'aise ici. Grimpant sur un tabouret, elle posa ses mains sagement croisés sur ses cuisses et lança un regard curieux autour d'elle. « Maman ne voulait pas être dure avec nous, tu sais. » À ces mots, son coeur se serra de nouveau et elle baissa les yeux sur ses mains jointes, sentant les larmes montées à nouveau. Elle se mordit la lèvre inférieure.

« Elle n’arrive simplement pas à gérer sa peine pour le moment. Papa était une partie d’elle. Sans lui, elle n’est plus une personne entière. » Plus une personne entière? Comment pouvait-on être séparer en deux après la mort de quelqu'un? Elle aussi était peinée de la mort de Vertuas mais elle n'en était pas pour autant diviser! Elle ne comprenait pas cette affirmation. La main de Marian serrait la sienne devant ses yeux embués. Sa mère avait sûrement ses raisons. Elle n'avait pas le droit de lui en vouloir. Même si elle ne comprenait pas, elle devait accepter et laisser à celle-ci le temps qu'il lui faudrait.

Un bruit de vaisselle lui indiqua qu'on leur servait le thé, mais elle ne bougea pas son regard de sur ses mains, car elle savait que si elle bougeait, elle allait se remettre à pleurer. Elle avait verser assez de larmes, et ces excès, particulièrement en public n'était pas digne d'une princesse, encore moins une aussi réfléchie qu'elle. Une odeur de biscuits fraîchement cuisiné lui chatouilla les narines. Une moitié de biscuit apparut dans son champs de vision et elle releva légèrement le visage. « Et toi Aemi, comment vis-tu cela? » Elle soupira, décroisa ses mains et attrapa le biscuit qu'elle fit tourner entre ses doigts.

Elle ouvrit la bouche pour répondre et sentit la voix lui manquer. Ses yeux s'embuèrent à nouveau, sa voix s'enrouait. Elle renifla. Elle se racla la gorge et reprit : « C'est... difficile. » Elle savait qu'elle devait en dire plus alors elle prit un petit moment pour se contrôler et poursuivit. Sa voix tremblait et elle ne parlait pas fort. « Mère est... Mère ne me parle pas. Je ne sais... J'ai lu dans un livre ce qu'était le deuil... Mais ça... ça ne dit pas quoi faire... » Elle était complètement perdue, elle ne savait pas ce qu'elle devait faire, comment chasser ce poids qui compressait sa poitrine, et encore moins comment exprimer librement ce qui lui faisait mal.

Aemi n'avait pas faim, alors elle déposa simplement son biscuit sur le comptoir, car elle était en train de l'émietté sur sa robe sombre. Une larme s'échappa de ses yeux et roula sur sa joue. Elle la laissa filé. « Co-comment... Comment fais-tu, toi, Marian? Il n'y a que la musique qui m'apaise, si bien que je n'ose plus réellement saisir mon violon, car j'ai du mal à revenir à la réalité... à... tout ça... » Une autre larme suivit la précédente, et une coula de l'autre oeil. Elle renifla. « Pourquoi ça fait mal? » Une question à laquelle elle savait qu'il n'y avait pas de réponse, et qu'elle avait posée sur un ton calme, qu'elle avait même plus soufflé qu'autre chose.
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MessageSujet: Re: Tu n'es pas toute seule...   Jeu 18 Fév - 22:18

Les mots franchissent de peine et de misère les lèvres de ma cadette. Je dois tendre l’oreille pour les entendre. Ça me brise le cœur de voir ma petite sœur ainsi. Elle est trop jeune pour traverser une épreuve aussi dure. Et je lui demande de m’expliquer ce que moi-même, je ne suis en pas en mesure d’expliquer. Après tout, comment fais-je pour ne pas laisser la douleur prendre le pas sur tout ça? Peut-être est-ce parce que je suis préparée depuis des années au départ de père. Il le savait depuis longtemps qu’il était malade.

Je dépose le biscuit que je n’ai pas mangé, moi non plus. Je tends la main pour prendre l’une des petites serviettes que je tends à Aemi. « Les larmes ne sont pas une faiblesse, mais une preuve d’humanité, Aemi. Laisse-les couler, parce que c’est ce qui nous aide à vivre notre deuil. » Mais pourquoi est-ce que je ne pleure pas, moi? Je ne pourrais le dire. Je regarde ma petite sœur, le cœur brisé, et je pèse mes prochaines paroles. « Je ne sais pas quoi te dire, Aemi. Je peux te répondre pour moi, mais ce n’est valable probablement que pour moi. Je ne sais pas comment je fais, mais je me dis que papa m’a préparé à son départ depuis longtemps déjà. Et je n’ai pas de regrets. J’ai profité de tous les instants passés avec lui, les bons comme les moins bons. Mais c’est quand je suis dans son bureau et que je dois travailler que je trouve ça le plus dur. Je pleure souvent quand je tombe sur un parchemin où se trouve son écriture penchée, quand je trouve une note dont il se servait comme signet. Je vis ma peine au moment où elle se présente. » Combien de parchemin ai-je gâché par mes larmes? Je les sens monter, dans mes yeux. Mes doigts s’agrippent à la deuxième serviette, celle mise à ma disposition. Je la prends entre mes mains pour la tourner encore et encore sur mes genoux. Je résiste à l’urgence de les effacer de mon visage. Je dois rester cohérente avec mes paroles. Mes gestes doivent les refléter.

« C’est un moment dur à passer, Aemi. Et si la musique te fait du bien, laisse-la te faire du bien. Le retour à la réalité sera peut-être difficile un moment, mais la douleur finira par s’atténuer. Il faut s’habituer à la perte de papa. Apprendre à vivre avec son absence. Les premiers temps, on se rappellera tous de ses endroits favoris, de ses petites habitudes. On remarquera son absence. On ne l’oubliera jamais. Mais avec le temps, tout deviendra un plus doux souvenir. Et il finira par habiter dans notre cœur. » Je lui offre un maigre sourire alors que mes yeux sont remplis d’eau. Je n’ai pas envie de plonger plus loin dans cette douleur. Parce qu’avec la perte de notre père vient la réunion de notre famille. La grande famille.

« Tu sais que papa voulait être enterré avec son frère, n’est-ce pas? Les funérailles sont prévues dans quelques jours maintenant. Nous pourrons lui faire un dernier adieu digne de lui, en compagnie de nos cousins et cousines. » Se souvient-elle seulement de ces gens? Les plus vieux seront probablement plein de ressentiment à notre égard, puisque notre départ ne s’est pas déroulé dans la paix. Certes, il y a eu la paix, mais probablement parce que leur père, tout comme le nôtre, y tenait. Quant aux plus jeunes, je me demande s’ils auront reçu l’enseignement de leurs aînés. Pour ma part, je ne tiens pas à transmettre notre ressentiment à Aemi. Je tiens à ce qu’elle apprenne à connaître les siens sans la vision des plus vieux, qu’elle les aime tout simplement, sans toutes les histoires qui ont contaminés les sentiments des plus vieux. Et s’ils peuvent l’aimer eux aussi, elle, en tant qu’Aemi, et non en tant que membre de la famille de Virtuas, alors, je dis oui. Parce qu’elle mérite d’être aimée, ma petite Aemi. « As-tu hâte de les rencontrer, nos cousins et cousines? Te souviens-tu d'eux? » Un autre sourire, plus encourageant, cette fois-ci.
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MessageSujet: Re: Tu n'es pas toute seule...   Ven 19 Fév - 15:43

Marian lui tendit une serviette et Aemi la saisit pour éponger doucement son visage. Elle tenta de se recomposer un air calme plus princier. « Les larmes ne sont pas une faiblesse, mais une preuve d’humanité, Aemi. Laisse-les couler, parce que c’est ce qui nous aide à vivre notre deuil. » Cette fois, les larmes filèrent doucement, silencieusement sur le visage de la jeune fille. Elle ne voyait plus vraiment clair. Elle renifla et baissa la tête, un peu honteuse malgré tout de se laisser aller. Les paroles de Marian la rassurèrent, en quelques sortes.

Sa grande soeur était toujours si... et bien... un peu comme elle en fait. Elle était calme et ne montrait pas beaucoup ses émotions. Alors de savoir qu'il lui arrivait de pleurer, et souvent, rendait Temperance moins coupable de céder à cette pulsion. Son coeur se serrait si fort, cette douleur était difficile à tolérer et elle ne comprenait pas pourquoi la perte d'un être proche devait être ressentie de cette façon, au plus profond de soi. Elle avait sans cesse l'impression qu'elle allait tomber sur son père au détour d'un couloir, chaque réveil était plus difficile que le précédent et la vérité la frappait comme une gifle. Était-ce ainsi que se sentait sa mère?

Marian l'encouragea à se laisser aller à la musique. Aemi hésitait. C'était une sorte de fuite. Plus elle jouait, plus elle voulait jouer. Elle ne voulait plus s'arrêter, chaque arrêt la faisait souffrir, lui rappelait la dure réalité. Elle avait du mal à la supporter. Elle devait se retenir, se tempéré, sinon elle allait s'épuisé de la sorte. Se retenir de jouer était sans doute la meilleure méthode, afin de ne pas tomber dans l'excès, pour le moment. Si avec le temps, le souvenir se faisait réellement plus doux, le violon pourrait lui revenir naturellement. Pour l'instant, elle n'utiliserait que sa voix, et avec modération. Elle leva son visage humide vers sa soeur, juste à temps pour voir son léger sourire. Elle aussi, ses yeux semblaient se noyer.

« Tu sais que papa voulait être enterré avec son frère, n’est-ce pas? » Elle hocha la tête pour signifier qu'elle le savait. Les rumeurs avaient rapidement circuler. Dans ses cours, on lui avait parler de sa famille, de ses cousins. Mais avec la famille, le sujet était légèrement tabou. Son père n'en parlait pas beaucoup non plus, il avait parlé de leur oncle, son frère, mais pas de leurs cousins. « Les funérailles sont prévues dans quelques jours maintenant. Nous pourrons lui faire un dernier adieu digne de lui, en compagnie de nos cousins et cousines. » Elle hocha de nouveau la tête. Où sa soeur voulait-elle en venir? Ses idées étant portées sur un autre sujet, ses larmes s'étaient taries, ne serait-ce que temporaire.

Lors de la séparation des royaumes, Aemi avait deux ans. Elle n'avait absolument aucun souvenir de cette époque. « As-tu hâte de les rencontrer, nos cousins et cousines? Te souviens-tu d'eux? » Elle lui fit un sourire qui semblait l'inviter à parler. Pas trop sûre de ce que sa soeur voulait qu'elle dise exactement, elle hésita un peu. Est-ce qu'elle hâte? Difficile à dire. Elle n'anticipait pas cette rencontre réellement, il n'y avait pas d'excitation non plus. Elle renifla et entreprit d'essuyer délicatement son visage pour ne pas créer de rougeur sur sa peau délicate.

« Je... je ne sais pas. Non, je ne me rappelle pas d'aucun d'entre eux. J'ai eu mes cours de politique, j'en ai entendu parler, je connais leurs noms, mais sans plus. » Elle haussa les épaules et sourit doucement. « Ce n'est pas le sujet le plus à la mode dans la famille non plus... alors je ne pose pas de questions. » Elle regarda Marian dans les yeux. À l'évidence, c'était le moment d'en poser, là. « Je... je ne redoute pas leur rencontre. Je ne crois pas qu'ils soient des gens horribles. Père était un homme bon. Si notre Oncle était son jumeau, ses enfants ne peuvent pas être des gens horribles. » Cette affirmation était toute naïve.

Le concept de jumeau non-identique était un peu vague car son père et son oncle était en fait des jumeaux identiques, mais physiquement seulement. Ils étaient opposés de caractère. « Est-ce vrai que... que l'aîné est un homme mauvais? » Elle baissa les yeux et tritura sa jupe. « De toute façon, je ne pense pas que tous mes cousins soient tous pareils. Je ne voudrais pas que tout le monde pense que nous sommes identiques car nous sommes frères et soeurs. » Elle sourit. « Je n'aimerais pas être placée dans le même panier que Colombe. » En fait, son aînée Colombe était à peu près son exact opposé.
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MessageSujet: Re: Tu n'es pas toute seule...   Sam 19 Mar - 15:32

Ma petite sœur affichait une douce maturité qui faisait cruellement défaut à d’autres. Un sourire complice vint fleurir sur mes lèvres. « Je n’aimerais pas être placée dans le même panier que Colombe non plus », que je lui souffle avec un clin d’œil. Qui aimerait? Notre sœur Colombe n’est pas la fille la plus patiente que je connaisse, ni la plus sensée. Il n’y a qu’à voir la colère qui l’anime ces jours-ci à l’idée des funérailles de père. Ou plutôt, de la prochaine rencontre avec nos cousins et cousines. Edgar Pride, Renosan Envy, Khanrell Wrath, Noah Sloth, Mikhael Lust, Ava Greed, Philomena Gula. Sept cousins et cousines. Seul l’un d’eux attise la colère de Colombe pourtant. Un seul, depuis toujours.

« Tu sais, nos cousins ne sont pas foncièrement mauvais. Ils ont leurs qualités et leurs défauts, tout comme nous. Et tu as tout à fait raison. Ils ne sont pas tous pareils. Quant à l’aîné, Edgar, c’est une vieille histoire. Une vieille rancune… » Je soufflai un moment. Comment parler d’une tentative d’assassinat comme d’une erreur de jeunesse? Edgar n’était pas très vieux à l’époque, mais il avait conscience de son geste. Totalement conscience. Par chance d’ailleurs que Colombe ait été là pour père… Non, pas une erreur de jeunesse. « Edgar n’est pas nécessairement méchant. Il se croyait simplement dans son droit quand il a… fait ce qu’il a fait. Et il le croit probablement toujours aujourd’hui. Pour lui, nous avons usurpé son père, notre oncle, en fondant un autre royaume, en s’octroyant une partie du territoire de Shola, aujourd’hui nos terres d’Alombria. Cela lui donnait-il le droit de… de faire ça? Non. Mais ça explique pourquoi il l’a fait… » Alors que les mots franchissent la barrière de mes lèvres, je me rends compte que c’est difficile à dire, mais aussi à comprendre. Pourtant, je ne vois pas de meilleure façon de le dire, de l’expliquer.

Je reprends le biscuit laissé sur la table pour en rendre une bouchée. Aussi bon que dans mes souvenirs. « C’est peut-être un peu compliqué à comprendre. Moi-même, j’ai encore de la difficulté avec cette situation. Même si je comprends son geste, cela ne veut pas dire que je pardonne ou que j’oublie. Mais je comprends… » Une autre bouchée de biscuits. « Enfin, ne mettons pas Edgar dans le même panier que ses frères et sœurs. En gardant cela en tête, nous avons plus de chance de rencontrer nos cousins dans une ambiance plus… moins lourde, disons… » Un autre sourire, penaud. Notre rencontre sera tout de même pour des funérailles. Assurément, les larmes, la tristesse, la perte alourdiront l’ambiance. Inutile d’y ajouter d’autres sentiments qui rendront cette rencontre encore plus difficile qu’elle ne l’est.

« Je veux que tu me promettes, petite sœur, que tu garderas cet esprit ouvert, lorsque nous verrons nos cousins et cousines! Ainsi, tu nous aideras tous à traverser ce moment, à ta manière. » Je me lève doucement pour déposer un baiser sur la tête d’Aemi, la prenant dans mes bras. « Et s’il y a quoi que ce soit, Aemi, de jour, de nuit, que je sois occupée ou non, je veux que tu viennes me voir. Je suis là pour toi! » Un dernier baiser, une pression de la main sur son épaule. « Je te retrouve pour le souper, d’accord? »
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MessageSujet: Re: Tu n'es pas toute seule...   Dim 20 Mar - 12:06

La remarque de son aînée la fit sourire. Aemi baissa la tête sur ses mains, s'excusant mentalement à sa soeur. Ce n'était pas méchamment. Marian lui donna raison, ils étaient tous différents et l'attitude de Pride ne reflétait pas nécessairement celle de sa famille. Elle lui parla de un peu de lui. Affirmant qu'il n'était pas nécessairement méchant et cherchant à expliquer son comportement, sans pour autant lui donner raison.

Temperance fut impressionnée par la capacité de sa grande soeur à rationaliser un geste irrationnel. Cela expliquait le pourquoi il l'avait fait, en effet, sans pour autant lui en donner le droit vraiment... Elle comprenait un peu. Elle était jeune, mais pas idiote. Sans doute que pour son cousin, la seule façon logique pour lui de ravoir ses terres avaient été de tué l'usurpateur. Une chance que ce n'était pas tout le monde qui pensait comme lui. Ce genre de geste n'était-il pas passible de la peine de mort en retour?

C'était vraiment une situation délicate. Et dire qu'en tant que négociatrice, ce serait son rôle de gérer ce genre de choses. Une chance qu'elle n'avait pas à négocier ce contrat! Avec les funérailles, aurait-elle à le faire? Elle était trop jeune encore, mais même avec sa mentor, son aînée Nata, ce n'était pas le genre de chose dans quoi elle avait envie de s'embarquer. « Je veux que tu me promettes, petite sœur, que tu garderas cet esprit ouvert, lorsque nous verrons nos cousins et cousines! » Elle hocha la tête positivement et lui offrit un sourire un peu triste. C'est ce qu'elle ferait!

Marian se leva et lui embrassa la tête. La serra contre elle, Aemi se laissa aller à cette preuve d'affection dont elle avait tant besoin en ce moment, alors que sa mère lui faisait cruellement défaut. Elle versa à nouveau quelques larmes alors que sa grande soeur lui manifestait son chaudement son soutien et elle resserra un peu ses petits bras autour d'elle en hochant la tête. « D'accord. » Elle s'écarta et essuya ses larmes du revers de la main et lui sourit. « J'amènerai mon violon, aux funérailles. Je suis sûre que Père aurait aimé que je joue. » Elle renifla et baissa un peu la tête. « À ce soir, Marian. »



[Je crois que tu voulais fermer le RP? Alors voilà ~ ]
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